Influenceuses : l’arnaque des cours pour devenir riche sur Instagram

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Écrit par Virginie Dumoulin

Mon goût pour la liberté : internet, lectures, culture, et quelques tutos utiles.

La promesse était simple. Quelques vidéos, un téléphone, un peu de “mindset”, et la promesse d’une liberté financière depuis son canapé. Ce qui s’est construit, en réalité, ressemble de plus en plus à un vieux schéma bien connu repeint aux couleurs des réseaux sociaux.

Beaucoup de ces cours sont du genre :

« Vous avez payé 30 euros pour ce cours. Remettez ce cours dans Chat-GPT, appropriez-vous-le, puis revendez-le à quelqu’un d’autre. »

Pour moi, c’est complètement fou. De nos jours, l’économie de l’arnaque ne concerne plus les Cadillac roses ou les huiles essentielles. Il s’agit de vendre de la création de contenu sur Internet, surtout sur Instagram. La création de contenu comme carrière a discrètement repris la structure et la psychologie d’un système de marketing multi-niveaux, en particulier pour les jeunes mères à qui l’on promet des revenus, une identité et une autonomie.

Les plateformes regorgent de contenus affirmant que tout le monde peut le faire, que le succès n’est qu’à quelques vidéos courtes, et que l’échec serait un problème d’état d’esprit plutôt qu’une réalité structurelle. Cette nouvelle industrie de type MLM est monétisée via des cours, du coaching et une multitude de PDF sur l’image de marque personnelle.

Mais comment la création de contenu est-elle devenue un système pyramidal numérique ? Pourquoi tant de jeunes mères s’y retrouvent piégées ?

Quand Internet est devenu le nouveau quartier

Là où les gens se regroupent en ligne, quelqu’un finit toujours par tenter de leur vendre quelque chose censé les rendre riches. Les MLM fonctionnaient déjà très bien à l’époque des réunions Tupperware organisées dans les quartiers. Puis certains se sont rendu compte que le quartier pouvait devenir virtuel. Un groupe Facebook, même composé de parfaits inconnus, pouvait servir de terrain de vente.

Voir le site du gouvernement sur les réseaux de vente à la boule de neige, de vente pyramidale ou schémas de Ponzi

Avec l’essor des groupes Facebook, il est devenu facile de réunir des personnes partageant les mêmes aspirations. Et immédiatement, quelqu’un s’est demandé comment monétiser cette communauté. Vernis à ongles, leggings, promesses d’indépendance financière, statut de patronne sans jamais aller au bureau. Le discours visait directement les personnes restées à la maison pour élever leurs enfants.

influenceuse de beaute

Les années 2010 ont marqué une réinvention numérique de la culture MLM. Les marques de produits de beauté transitait par Facebook à son apogée. Puis le secteur a commencé à être remis en cause. L’essor du commerce en ligne et des plateformes d’avis a changé la donne. Plus besoin de faire confiance à une amie, il suffisait de lire des commentaires ou un forum.

Avec l’arrivée de marques comme Temu ou Zara, acheter des leggings à une ancienne camarade de fac n’avait plus beaucoup de sens.

Les leggings LulaRoe, très colorés et voyants, ont connu leur moment vers 2014. Cette mode est passée depuis longtemps. La marque ne reposait pas sur le produit. Le produit servait surtout de prétexte juridique. Ce qui était vendu, c’était une opportunité, un style de vie, une promesse de Lexus et de semaines de trois heures. Dès que trop de personnes vendaient la même chose au même endroit, le système s’effondrait. Le schéma pyramidal devenait visible.

« Le produit sert de prétexte pour éviter les ennuis juridiques. Ce qu’ils vendent, c’est une opportunité. »

Vente Multi-Niveaux (Légale en France)

Les vendeurs sont rémunérés sur leurs ventes personnelles et perçoivent des commissions sur celles de leurs recrues directes.

La rémunération provient de la vente de produits ou services de la marque affiliée.

Modèle de vente directe autorisé.

Systèmes Pyramidaux (Interdits en France)

Rémunération principale issue du recrutement de nouveaux membres, non des ventes.

Frais d’entrée ou abonnements périodiques requis.

Gains basés sur l’affiliation, pas sur les produits (servant de vitrine).

Pratiques prohibées (art. L. 121-15 code conso.), souvent escroquerie.

Le tournant algorithmique

Vers 2018 et 2019, juste avant la pandémie, un autre basculement s’opère avec l’arrivée massive des flux algorithmiques. Instagram adopte ce modèle en 2016, les stories apparaissent la même année, Twitter suit. Devenir influenceur devient plus difficile. Il faut se vendre, fidéliser une audience, publier sans relâche.

Les blogs avaient été une première version de cette économie. Ils n’étaient pas très rentables, mais ils structuraient des communautés. Avec la disparition de Google Reader et des blogrolls, tout s’est déplacé vers Instagram.

La pandémie marque un accélérateur brutal. Des mères perdent leur emploi, se retrouvent à la maison, tandis que toute la vie quotidienne bascule en ligne. Sport, courses, apéros sur Zoom. Tout devient numérique, souvent jusqu’à l’absurde.

« 2020 a été un tournant. Beaucoup de mères se sont retrouvées coincées à la maison. »

C’est aussi à ce moment-là que les investisseurs prennent enfin les influenceurs au sérieux. Ceux qui les méprisaient pendant des années découvrent soudain la valeur de l’attention. L’argent afflue. Le terme « économie des créateurs » est inventé pour effacer les critiques passées.

Je veux ma part du gâteau

Face à ces success stories, une nouvelle promesse apparaît : aider les autres à obtenir leur part. Moyennant paiement. En parallèle, le marketing d’affiliation explose avec Amazon, Walmart, Target. Tout le monde devient « créateur ».

Le discours est simple : pas besoin de millions d’abonnés. Avec 50 000 personnes et une boutique Amazon bien exploitée, la richesse serait à portée de main. En réalité, ce que l’on ne montre pas, c’est le travail massif en amont, la construction lente d’une communauté et la confiance gagnée au fil des années.

« Il faut travailler très, très dur avant de gagner de l’argent. »

À partir de là, le contenu généré par les utilisateurs devient un nouveau filon. Des créateurs sans audience produisent du contenu presque gratuitement. Parfois sans même recevoir le produit. Des images, des vidéos génériques, aucune rémunération réelle.

La barre est abaissée encore et encore. Être utilisateur des réseaux sociaux suffit. Trois abonnés, un téléphone, et voilà une main-d’œuvre gratuite.

La MLMification de la création de contenu

À partir de 2023, les plateformes de cours numériques explosent. Créer un PDF devient simple. L’IA accélère tout. Le fantasme de l’enrichissement rapide refait surface sous une nouvelle forme.

« La création de contenu a été recyclée dans une logique d’enrichissement rapide. »

Certains cours apportent une vraie valeur. D’autres reposent sur une mécanique circulaire : acheter, réécrire via l’IA, revendre. Le cœur du problème se situe là. Ce ne sont plus des outils, mais des copies vendues comme des révélations.

Des mots, peu de fond

Le langage rappelle celui des MLM. Beaucoup de promesses, peu d’informations. « Deux heures par semaine », « 5 000 euros par mois ». Les chiffres flottent sans preuves. Les comptes ont peu d’abonnés. Le discours est calibré.

« Beaucoup de mots, mais très peu d’informations. »

Ces comptes se ressemblent. Même mise en scène, mêmes textes, mêmes vidéos. Des communautés fermées s’auto-alimentent via des commentaires croisés. L’engagement existe, mais il tourne en circuit fermé.

Quand la bulle éclate

Dès qu’un contenu sort de cette sphère, l’exposition devient brutale. Les réactions sont dures. Les créatrices ne sont pas préparées. Elles n’ont ni message clair, ni expérience de l’attention massive. Le retour de bâton est violent.

Le système ne prépare pas à la visibilité réelle. Il prépare à vendre un rêve à d’autres rêveuses. Quand la machine s’emballe, elle laisse derrière elle des femmes désabusées, épuisées et souvent endettées.

Le marketing anonyme

C’est là que tout se referme mécaniquement. Ces femmes ne sont pas seulement invitées à devenir créatrices de contenu. Elles sont aspirées dans un écosystème entier qui transforme leur temps, leur énergie, leur image et leur vulnérabilité en carburant économique.

Elles achètent des cours pour apprendre à créer, puis du matériel pour produire, puis d’autres cours pour optimiser, puis encore du coaching pour “débloquer leur mindset”. Chaque étape génère une nouvelle dépense, rarement un revenu durable.

Ce qui frappe, c’est que le contenu lui-même devient secondaire. Le produit réel n’est ni la vidéo, ni le post, ni même la vente finale. Le produit, c’est l’espoir. L’espoir d’exister en ligne, l’espoir de gagner de l’argent depuis chez soi, l’espoir de transformer une vie perçue comme banale ou enfermée en trajectoire visible, valorisée, applaudie.

Dans cette logique, l’algorithme joue le rôle que jouait autrefois le recruteur ou le manager dans les systèmes pyramidaux classiques. Il est présenté comme neutre, presque magique :

  • “si tu postes suffisamment”,
  • “si tu suis la méthode”,
  • “si tu fais confiance au process”, alors la récompense viendra.

Quand elle ne vient pas, la faute retombe entièrement sur l’individu. Tu n’as pas assez posté. Tu n’as pas assez cru. Tu n’as pas assez travaillé. C’est précisément ce glissement qui rend le phénomène si pernicieux.

Il n’y a plus de patron identifiable, plus de structure officielle à accuser. Juste des milliers de femmes qui se regardent entre elles, se copient, s’encouragent, se répètent les mêmes mantras creux, pendant que l’argent circule vers le haut de la pyramide, souvent vers des personnes déjà établies, déjà visibles, déjà gagnantes.

La promesse d’émancipation se transforme en une nouvelle forme de précarité numérique

Une précarité masquée par des filtres, des citations inspirantes et des reels soigneusement montés. Une précarité où l’échec est silencieux, honteux, rarement montré, tandis que le succès est amplifié, scénarisé, recyclé à l’infini comme preuve que “ça marche”.

Pendant ce temps, les plateformes continuent d’y trouver leur compte.

  • Plus de vidéos.
  • Plus d’engagement.
  • Plus de contenus gratuits.
  • Plus de données.

Peu importe que la majorité des créatrices n’en tirent rien ou presque. Ce système ne vise pas à créer des carrières solides. Il vise à maintenir un flux constant de tentatives, d’illusions et d’efforts non rémunérés.

Au fond, cette “économie des créateurs” version Instagram n’est pas tant une révolution qu’un recyclage. Les mêmes ressorts psychologiques, les mêmes promesses, la même logique d’enrichissement asymétrique, simplement enveloppés dans le langage de l’authenticité, de la sororité et du développement personnel.

La vraie question n’est donc pas de savoir si tout le monde peut devenir créateur de contenu. La vraie question est de savoir qui profite réellement de cette croyance, et combien de personnes devront s’épuiser, se décourager ou se sentir coupables avant d’oser admettre que non : ce système n’a jamais été conçu pour elles.

C’est là, pour moi, que tout se rejoint. On ne parle plus de création, on ne parle plus de passion, on ne parle même plus de commerce au sens noble du terme. On parle d’un complexe industriel qui se nourrit du fantasme de la réussite numérique, de la promesse d’une sortie de secours économique, et surtout d’un immense sentiment d’isolement. Ces femmes ne cherchent pas la célébrité. Elles cherchent une validation, une stabilité, une reconnaissance que le monde du travail classique ne leur a jamais offerte.

micro entrepreneuse a la maison influenceuse

Le problème, c’est que ce système ne récompense ni le talent, ni la sincérité, ni l’effort à long terme. Il récompense la répétition, la conformité, la dilution de toute singularité. Plus tu ressembles aux autres, plus tu es acceptée dans ce micro-écosystème. Plus tu récites les mêmes phrases, plus tu rassures celles qui t’écoutent, parce qu’elles se reconnaissent en toi. Pendant ce temps, quelqu’un au-dessus encaisse.

Ce qui est vendu, ce n’est pas une méthode. Ce n’est pas une compétence. C’est une illusion de contrôle. L’idée que si tu postes assez, si tu suis les “scripts”, si tu t’alignes sur l’énergie du groupe, alors la récompense finira par tomber. C’est exactement la mécanique psychologique des MLM classiques, débarrassée de ses boîtes de produits physiques, emballée dans des Reels pastel et des carrousels motivants.

Le plus tragique, c’est que la plateforme elle-même valide ce système

Les algorithmes favorisent la quantité, pas la profondeur. Ils récompensent l’émotion vague, pas l’expertise. Ils amplifient le contenu qui se ressemble, parce qu’il est prévisible, facilement consommable et infiniment recyclable. Le contenu vide ne disparaît pas : il s’auto-reproduit.

À l’inverse, les créateurs qui construisent quelque chose de réel (une voix, un point de vue, une compétence identifiable) avancent lentement. Ils doutent. Ils ajustent. Ils travaillent hors caméra. Et surtout, ils ne promettent rien à personne, parce qu’ils savent que la réussite sur internet n’est ni linéaire, ni démocratique, ni garantie.

  • Créer du contenu n’est pas un crime.
  • Vendre un savoir réel n’a rien de honteux.
  • Mais vendre des promesses circulaires, recyclées, vidées de toute substance, à des personnes qui cherchent une sortie de secours, c’est autre chose.

Tant que cette confusion persistera, tant que “devenir créatrice de contenu” sera présenté comme une fin en soi plutôt que comme un outil au service de quelque chose de plus grand, ce système continuera de se nourrir des mêmes espoirs.

La création ne commence pas par un script. Elle commence par une idée. Et ça, aucun cours à 30 € ne peut le fournir.

Quand on prend un peu de recul, on voit bien que tout cela ne repose pas sur la créativité, ni même sur l’influence. Cela repose sur une mécanique industrielle bien huilée qui transforme l’espoir en produit.

  • Espoir de gagner de l’argent depuis chez soi.
  • Espoir d’exister dans un espace numérique saturé.
  • Espoir de reprendre le contrôle dans un monde du travail qui a exclu ou épuisé beaucoup de femmes.

Ce que ces cours omettent, c’est la part invisible du travail

  • La constance,
  • la répétition,
  • l’échec,
  • la lassitude,
  • la nécessité d’avoir quelque chose de réel à dire ou à montrer.

Ils vendent une image figée du succès, sans raconter tout ce qui précède. Et quand ça ne fonctionne pas, la faute retombe toujours sur la même personne : celle qui n’a « pas assez cru », pas assez posté, pas assez persévéré.

On reconnaît là un mécanisme très ancien. Le système se protège en rejetant la responsabilité sur l’individu. Si tu échoues, c’est ton état d’esprit. Si tu n’y arrives pas, c’est que tu n’as pas suivi la méthode correctement. Jamais le système lui-même n’est remis en question. Jamais la saturation. Jamais le fait que tout le monde ne peut pas vendre la même promesse au même moment, à la même audience.

Internet n’est pas devenu une mine d’or universelle. Il est devenu un espace saturé où l’attention est une ressource rare. Dans cet environnement, promettre un succès rapide et reproductible relève soit de l’ignorance, soit de la malhonnêteté. Le vrai coût de cette économie n’est pas financier. Il est psychologique.

Dans un monde où internet promet la gloire facile aux mères débordées, des cours en ligne vendent l’illusion d’un succès viral instantané. Mais derrière ces promesses alléchantes se cache une réalité bien plus sombre où l’effort réel est masqué et les rêves brisés s’accumulent. 

Pour être claire, les comptes que j’adore et auxquels je pense ne vendent pas de cours. Ce sont aussi les plus populaires, avec plus d’un million d’abonnés. Mais c’est tellement difficile de faire ce genre de travail.

  • Est-ce que c’est de la chirurgie cérébrale ? Non.
  • Est-ce que c’est de la science spatiale ? Non plus.

Mais un post de 30 secondes représente probablement quatre à cinq heures de travail à la fin de la journée. Et ce qui est regrettable, c’est que dans ces cours de moindre importance, on dit que cette fille a juste fait un post de 30 secondes. On pourrait faire ça pendant la sieste. Mais non, ce n’est pas possible. C’est un travail à plein temps.

Une chose qui m’intrigue chez ces femmes, c’est de savoir qui elles admirent

Y a-t-il déjà eu une influenceuse qui a acheté l’un de ces cours, qui a suivi l’un de ces cours, qui a utilisé ce guide pour réussir ? Je n’ai jamais vu ça. Je n’ai jamais vu une influenceuse à succès qui rédite ses propres légendes. Et les personnes qui deviennent célèbres en parlant de leur statut d’influenceur, ce qui, à mon avis, n’arrive même plus, c’était peut-être Tana Mongeau en 2018 ou David Dobrik qui bloguait sa vie de fou en tant que YouTuber. C’est intrinsèquement intéressant.

Je déteste le dire, mais la vie de ces mères n’est pas forcément intéressante en soi. Si c’est ce que vous montrez sur internet, ce n’est pas intéressant.

Certaines des premières mamans blogueuses sont devenues virales à l’époque

Les blogs de mamans sont devenus populaires parce qu’il y a 25 ans, c’était un acte féministe assez radical de parler de son rôle de mère désordonnée et de briser les stéréotypes sur les mères qui dominaient complètement les médias grand public à l’époque, qui ne montraient pas des choses comme la dépression post-partum, les difficultés d’allaitement ou tout le reste. Il y avait donc ces blogueuses mamans emblématiques, très franches, qui écrivaient avec brio et qui ont développé ces communautés, car cela libérait les mamans de pouvoir parler de ces choses.

« Les blogs de mamans sont devenus populaires parce que… c’était un acte féministe assez radical que de parler du fait d’être une maman désordonnée. »

Bien sûr, il existe toujours une stigmatisation autour des mères, de l’éducation des enfants et d’autres choses, mais le paysage autour de la maternité a radicalement changé, et beaucoup de gens comprennent désormais qu’il est très difficile d’être mère, que c’est chaotique et que nous sommes toutes des mamans chaotiques, vous voyez. Elles ne sont donc pas nécessairement trop directes au point d’être choquantes, et elles n’offrent rien. Et je pense (et ils ne proposent rien. Oui).

Les gens adorent que vous parliez de votre fatigue, maman, et du fait que vous n’aimez pas faire la lessive et que vous êtes obligée de le faire (nous sommes en 2026). Qu’est-ce que vous offrez à quelqu’un ? Il existe un énorme complexe industriel de contenu visant à vendre et à fournir ces informations aux femmes, à cibler ces femmes et à développer des produits pour elles.

Quand vous arrivez en 2025 ou 2026 et que tout ce que vous dites, c’est que vous ne rangez pas toujours votre linge, ça me fait penser : « Avez-vous déjà utilisé internet ? Qu’est-ce que vous regardez qui vous plaît ? » Non, elles ne le font pas. Je ne pense pas qu’elles soient très présentes en ligne. Je pense que si elles l’étaient davantage, elles ne se laisseraient pas avoir par ce genre de choses.

publicite influenceuse

Qui a vraiment le temps d’être très présent en ligne ?

Les personnes qui élèvent des enfants deviennent des cibles faciles. On leur dit qu’internet est un endroit facile à maîtriser, mais en réalité, c’est un sport sanglant. C’est vraiment très difficile. C’est de plus en plus difficile et de plus en plus dur, et ces plateformes vont vous prendre de plus en plus, parce que c’est un travail qui est en réalité très difficile à faire. Au bout du compte, vous allez abandonner. Mais ces 40 €, 60 € ou 200 € que vous avez dépensés se retrouvent dans la poche de quelqu’un d’autre, qui savait que vous abandonneriez et que rien de tout cela ne marcherait.

« Internet est un sport sanglant. C’est vraiment très difficile. Cela devient de plus en plus difficile et de pire en pire. »

Vous savez, il y a deux ou trois personnes que je suis depuis un certain temps pour une raison ou une autre, qui aiment faire des allers-retours dans les MLM, et récemment, deux d’entre elles sur trois se sont tournées vers les cours. Littéralement, c’est comme « comment devenir une boss babe ». Comme en 2014. Comment devenir une boss babe, travailler deux heures par semaine et gagner 5 000 € par mois. Encore une fois, j’aimerais bien savoir. Dites-moi comment travailler deux heures par semaine et gagner 5 000 € par mois.

Si nous avons 10 millions d’influenceurs et que nous avons déjà des micro-influenceurs, nous avons déjà des nano-influenceurs, ce que sont finalement beaucoup de ces personnes, je suppose. Mais c’est comme : qui êtes-vous ? Vous les influencez pour qu’ils deviennent des créateurs de contenu. Et puis vous n’êtes tous que des créateurs de contenu qui se boostent mutuellement. Vous savez à quoi je viens de penser ? C’est comme si je suivais une tonne d’influenceurs. Je suis X, Y et Z pour telle chose. Je suis X, Y et Z pour telle autre chose. Et ce que ces cours de création de contenu vendent en réalité, c’est l’idée que vous êtes désormais le seul créateur de contenu dont tout le monde a besoin.

Je suis des chefs cuisiniers parce que je ne sais pas cuisiner et que j’aime regarder les autres cuisiner. Je suis des gens qui voyagent pour gagner leur vie et tout cela constitue mon alimentation. Mais ces créateurs de contenu sont comme : « Tu vas me suivre parce que je suis un créateur de contenu. » C’est bizarre (je ne sais même pas si quelqu’un t’a déjà défini ce qu’est un créateur de contenu). Ce n’est pas seulement quelqu’un qui fait un post Instagram, mais c’est ce qu’ils pensent que c’est.

Les médias renforcent cette idée chez eux. Je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de couverture médiatique sur le fait que si vous êtes juste une personne normale hors ligne. Mais si vous êtes une femme de 35 ou 45 ans, que vous avez plusieurs jeunes enfants, que vous êtes débordée et que vous lisez ces gros titres qui disent que MrBeast est désormais le plus grand YouTuber ou que Ms. Rachel est en train d’exploser, vous voyez en quelque sorte des personnes qui publient du contenu sur internet (de l’argent). Et encore une fois, les entreprises technologiques ont intérêt à ce que vous croyiez cela, car elles veulent que vous passiez plus de temps sur leur application et que vous créiez autant de contenu que possible pour elles.

Je me suis inscrit récemment sur un nouveau compte Instagram

Je l’ai enregistré comme un compte de créateur numérique, c’était comme si on m’intégrait au programme de créateurs, c’est comme s’inscrire (postez un carrousel, obtenez un bonus), et je me suis dit « attendez, c’est une arnaque, je ne veux pas de ça, je crée un compte pour m’amuser, je ne veux pas être entraîné dans ce genre de système commercial ».

C’est un excellent point, car que faisions-nous sur Instagram il y a 12 ou 13 ans ? Même si je remonte jusqu’à 2013, 2014 sur Instagram, on voit des photos super filtrées, six likes, aucun commentaire. Il n’y avait pas de messagerie. Aujourd’hui, Instagram est une entreprise et vous, sur Instagram, vous êtes un homme ou une femme d’affaires. Il n’y a plus d’utilisation occasionnelle d’Instagram. Si vous êtes sur Instagram, c’est pour gagner de l’argent.

Vous devez entrer votre compte PayPal et leur donner votre numéro de sécurité sociale pour qu’ils puissent vous payer. Et pourquoi êtes-vous là si ce n’est pour gagner de l’argent ? Regardez tous ces autres gens qui gagnent de l’argent. Ça me dépasse vraiment.

« Il n’y a plus d’utilisation occasionnelle d’Instagram. Si vous êtes sur Instagram, c’est pour gagner de l’argent. »

Je me souviens très bien de l’époque vers 2002 : les annonces qui promettaient « Travaillez depuis chez vous et gagnez de l’argent ». C’était la version de l’époque des promesses de richesse rapide sur internet, juste après la bulle internet.

  • Des offres pour devenir e-trader,
  • faire du commerce électronique depuis son salon…
  • Internet a toujours été rempli de ces schémas pour devenir riche sans effort.

Les réseaux sociaux n’ont fait que rendre ça plus visible et plus accessible.

Je suis convaincue que ces mères ont déjà été ciblées par des MLM avant. Ces cours sont juste le précurseur moderne. Avant ça, elles devaient probablement tomber dans d’autres systèmes pour gagner de l’argent à la maison. Les jeunes mères sont toujours dans une position très difficile : beaucoup étaient compétentes dans leur carrière précédente, mais elles ont dû s’arrêter pour les enfants, se réinventer, trouver un travail flexible. Et c’est dur, surtout quand le système les oblige à rester le parent principal et à tout gérer à la maison.

Le documentaire sur LulaRoe m’a vraiment ouvert les yeux. Ces femmes sont particulièrement visées. On les attire avec des slogans du style « Soyez votre propre patronne », « Mettez votre mari à la retraite », « Gagnez beaucoup d’argent ». Mais elles restent coincées dans un système qui leur impose de prioriser la famille et de rester à la maison.

Ces cours en ligne sont juste la version suivante : plus discrets, plus durs à tracer jusqu’à un produit physique, et beaucoup plus difficiles à condamner parce qu’il n’y a pas une seule entreprise derrière. Les plateformes technologiques sont totalement complices.

  • Elles veulent vendre cette idée à tout le monde.
  • Elles veulent que vous restiez connectée.
  • Elles veulent que vous vous engagiez.

Je veux juste détromper tout le monde sur l’idée qu’on peut gagner de l’argent facilement sur Instagram

J’ai environ 150 000 abonnés. Je poste tout le temps. Voyons ce que ça rapporte. Le mois dernier, j’ai touché 10 euros. 10 € pour des centaines de milliers de vues. Je poste tous les jours. Je suis assez connue. Et ces femmes adoreraient avoir 150 000 abonnés. Voilà ce que ça rapporte vraiment.

Avec 57 000 abonnés après 6 ans, je n’ai gagné aucun € directement sur Instagram. Aucun. Parce que c’est une arnaque. Ils vendent un mensonge. Être créateur de contenu, c’est un travail dur, et personne ne veut le voir ni l’admettre.

« J’ai 150 000 followers… J’ai gagné 10 € le mois dernier… Je n’ai gagné aucun euro sur Instagram. Aucun, car c’est une arnaque. »

Personne ne veut vous voir installer votre trépied, régler l’éclairage, parler du processus. Tout doit rester en coulisses. C’est difficile. Je me sens vraiment mal pour ces femmes. Elles sont absolument les victimes de ce système. Ça me met en rage : j’ai envie de commenter leurs posts pour dire que c’est complètement dingue, comme si on vous vendait un pont. Mais on me répondrait : « Tu es méchante, tu ne soutiens pas les autres femmes ». Je ne m’engage pas là-dedans. Mais ça me rend furieuse.

Elles sont toutes victimes. Et non seulement elles sont victimes, mais elles l’affichent publiquement, ce qui les expose aux critiques et aux moqueries. Au final, ce n’est pas leur faute. Quelqu’un leur a vendu ce rêve.

Récemment on s’est moqué d’une youtubeuse qui se faisait passer pour maman mais qui récitait sur Youtube ce que Chatgpt lui dictait. Ca s’est su. Quand on lui a dit, elle a répondu : « Je ne suis pas douée pour parler en public, j’ai besoin de ChatGPT parce que je ne suis pas douée pour écrire. »

Et beaucoup répondaient : « Alors ce travail n’est pas pour toi. » Mais ces cours disent l’inverse : « Peu importe si tu n’es pas douée pour Instagram, si tu n’as pas de trépied, d’éclairage, de maison esthétique, de jolis vêtements, si tu n’es pas riche. Tu peux gagner beaucoup d’argent. » Et c’est faux. Ils vendent ces mensonges pour 99 €, puis se fichent de ce qui arrive après.

C’est particulièrement vrai sur l’Instagram des femmes d’un âge mûr. Même mon ami, un influenceur zoomer, commence à voir ces comptes apparaître sur sa page (sur TikTok aussi, même si Instagram reste leur plateforme principale). Bienvenue dans le monde : ces personnes sont partout, et ça va empirer.

Beaucoup de ces femmes se font vendre l’IA : « Peu importe si tu n’as aucune compétence, ChatGPT va t’aider. » Les entreprises tech disent : « Oui, lance-toi, publie, tu seras millionnaire demain. » Mais ce n’est pas vrai.

Elles défendent ChatGPT avec véhémence dans les commentaires. Les gens leur disent : « Si tu as besoin de ChatGPT pour tes légendes et scripts, pourquoi je te suis ? Je pourrais voir ça chez n’importe qui. Je ne sais rien de toi. » Je peux imaginer ce que le cours leur a promis. J’ai regardé leurs profils : on les voit défiler dans les profils ou les posts. Parfois une vidéo apparaît, je clique, et je réalise qu’elle date d’il y a plusieurs mois. Le compte est mort depuis des mois. Ou elles reviennent : « Je suis de retour, je réessaie. »

  • C’est le capitalisme qui les laisse tomber.
  • C’est le patriarcat qui les laisse tomber.
  • C’est la conclusion ultime du capitalisme : se commercialiser soi-même, sa vie, sa maternité.

C’est sombre. Mais faire tout ça sans gagner d’argent, c’est encore plus triste.

À quoi ça sert ? Payer le loyer, l’hypothèque, l’école des enfants ? D’accord, faites ce que vous voulez. Nous sommes tous en enfer. L’argent est la monnaie. Super. Voir ces comptes inactifs me perturbe : à quoi ça a servi ? 1 000 € ici, 100 là, une promesse qui allait tout arranger. Et vous finissez par penser que vous n’êtes pas assez bonne.

Avant, je pensais que les gens qui s’inscrivaient étaient idiots. Maintenant, je vois qu’on cible des gens désespérés. Ça me rappelle la scène du film où le responsable dit : « Si tu n’arrives pas à vendre les leggings, c’est de ta faute. » Non, ce n’est pas de leur faute. C’est la saturation du système.

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