Dans les années 90, un petit dinosaure orange a conquis le Japon sans prononcer un mot. Gon, boule de nerfs miniature dotée d’une force surhumaine, traverse les pages d’un manga muet où seuls les regards, les gestes et les décors racontent l’histoire. Trente ans après sa création par Masashi Tanaka, l’œuvre revient en réédition. Un dessin bien senti y remplace des pages de dialogues.
Il n’y a pas beaucoup de dinosaures notables dans la bande dessinée japonaise, mais s’il fallait en citer un, ce serait sans conteste Gon. Cette petite créature jaune et hargneuse, qui a fait briller les yeux de toute une génération de lecteurs dans les années 90, revient dans une réédition du manga éponyme. Masashi Tanaka a conçu son œuvre comme une démonstration de force : raconter sans un mot.
Un dinosaure qui n’a pas besoin de parler
Ce manga est une anomalie éditoriale. Pas de bulles. Pas d’onomatopées. Pas de récitatifs.
Rien que des cases, des regards et des corps en mouvement. Tanaka pousse la narration visuelle à son point de rupture. Ça fonctionne encore 30 ans plus tard.
Un bon dessin vaut parfois trois pages de dialogue. Gon l’impose dès la première planche.
Présentation
- Scénariste : Tanaka (Masashi) Dessinateur : Tanaka (Masashi)
- Editeur : Casterman (Web) Genre / Public : Inclassable / Ados-Adultes.
- Type d’oeuvre : Manga Nb. Tomes parus : 7 + 1 Hors-Série (série en cours au Japon).
- Date de parution : Septembre 1995
Gon est une oeuvre originale et unique, il reste cependant inclassable pour les raisons suivantes :
- Son format est plus grand que les mangas habituels et plus petit que les BD classiques.
- Il est sans paroles ni commentaires. Le « héros » s’apparente à un T-Rex miniature à la peau dure et orange… en bien plus féroce !
Un manga sans frontières
L’art narratif est unique dans sa méthode de transmission d’une histoire. Il ne s’appuie pas sur le texte.
Demandez à n’importe quel dessinateur, professeur d’art ou éditeur : une bonne bande dessinée raconte visuellement son histoire sans texte. Le flux de la narration doit fonctionner avant les mots. Poussez cette philosophie à l’extrême : vous obtenez une série de manga qui transcende la langue et la culture. Elle s’appelle Gon.
Gon est une série de manga créée par Masashi Tanaka. Elle a paru dans le magazine Weekly Morning de 1991 à 2002. C’est l’histoire d’un petit dinosaure grincheux qui a survécu à l’extinction de son espèce. Il parcourt la Terre et rencontre d’autres animaux sauvages.
Ses interactions avec ces animaux vont de l’amitié à la violence. Gon se bat souvent contre des ennemis plus grands. Il est adopté par une famille d’animaux ou devient un parent de substitution. Il cherche de la nourriture et un endroit pour faire la sieste.
Pas une bulle, pas une onomatopée, rien. Juste des cases qui se succèdent et racontent tout. C’est le pari de Masashi Tanaka avec Gon, et croyez-moi, le résultat est loin d’être silencieux.
Dès les premières pages, on comprend que Tanaka ne dessine pas : il orchestre. Chaque expression de son petit dinosaure teigneux (oui, Gon a un sacré caractère) remplace trois lignes de dialogue. Un froncement de sourcil, un sourire narquois, une posture de défi : tout est dit, sans un mot. C’est ça, la leçon numéro un pour les aspirants mangakas : le visage est votre meilleur scénariste.
Tanaka enseigne aussi l’importance du décor. Chez lui, la nature n’est pas un arrière-plan : c’est un personnage. Les forêts, les rivières, les sommets ne sont pas là pour faire joli. Ils créent l’ambiance, racontent le danger ou la quiétude, et donnent l’échelle.
C’est ce qui rend ses victoires (ou ses bêtises) savoureuses. Un mangaka muet doit comprendre cela : le décor est un outil narratif. Il exprime la solitude, l’aventure, la peur, sans un mot.
Les personnages
Aucun être humain n’est dessiné dans ce manga. On y voit uniquement des animaux.
Gon, le petit T-Rex, possède un point caractéristique : une force physique extrême malgré sa taille. Les animaux sauvages ne l’impressionnent pas. Sa force lui permet de les dompter de manière musclée.
Gon aide les autres animaux lorsqu’ils se font attaquer par plus fort qu’eux. Chose qui le met hors de lui ! Du coup, ces animaux plus fragiles l’adorent 🙂 … comme nous ^^
L’histoire
L’histoire du manga est simple. Gon s’occupe de ses affaires avant de s’occuper de la vie des animaux qui vivent dans les environs.
Grâce à sa force et à sa quasi-invulnérabilité, aucun prédateur ne représente une menace pour lui. Et aucun animal qui lui résiste ou l’ennuie ne s’en tire indemne.
Gon se déplace d’un endroit à l’autre. Il laisse un carnage dans son sillage, ou se retrouve avec une armée de faune qui le suit par peur. Parfois, il donne des leçons aux créatures qu’il rencontre. Il leur apprend à collecter de la nourriture difficile à obtenir ou à se défendre contre les prédateurs.
Les histoires des aventures de Gon ne sont guère uniques
Malgré sa nature épisodique, la série se déroule souvent selon des schémas et des répétitions familiers. La seule différence majeure est le changement de distribution et l’objectif de Gon (la nourriture, le sommeil ou la solitude).
Ce ne sont pas les histoires que Gon raconte qui rendent le manga unique. C’est la façon dont elles sont racontées. Elles sont dépourvues de mots.
Chacun des 7 tomes qui composent ce manga est composé de diverses histoires indépendantes mettant en scène notre petit héros. S’il vous arrivait de manquer un tome, ce n’est pas très grave. Source : baike.baidu.com
La plupart du temps, ses occupations principales sont manger et dormir. Il ne s’ennuie pas pour autant. Il est curieux et trouve toujours un animal à humilier ou à protéger.
Il parcourt tous les territoires et fait des rencontres diverses. Du requin au lion. De la tortue géante au kangourou. Il s’adapte au nouvel environnement en essayant de s’approprier le mode de fonctionnement des autres animaux, tel un bébé homme :
- Il s’adapte aussi bien dans l’eau. Sur la banquise.
- Sur la terre. Ou sous terre.
Les dessins
Les dessins sont fantastiques. Les expressions des visages sont remarquables. C’est un bijou graphique, et une des raisons qui m’a fait aimer Gon tout de suite.
Les protagonistes communiquent par des mimiques reconnaissables (joie, peur, colère). C’est expressif 🙂
Le découpage des images (la mise en scène) est effectué avec brio. Il donne le rythme à cette oeuvre.
Si certains ont peur de s’ennuyer devant ce manga sans paroles, qu’ils soient rassurés. C’est impossible. L’histoire est ficelée et le dessinateur nous emmène là où il veut.
On n’a qu’une hâte en lisant le livre : tourner la page pour voir les images suivantes. Les paysages et les animaux sont bluffants !
Ce qui frappe d’abord, c’est que Gon ne s’adresse pas qu’aux enfants. Le manga est classé seinen, et pour cause. Tanaka y déploie une grammaire visuelle d’une précision chirurgicale. Les scènes d’action, par exemple, ne reposent sur aucun effet de vitesse.
Pas de lignes de mouvement exagérées ici : le dynamisme naît de la composition des cases, de la façon dont le regard du lecteur est guidé d’un détail à l’autre. On suit une course-poursuite entre Gon et un aigle. On jurerait entendre le battement d’ailes. C’est ce que recherche le Silent Manga Audition : une narration qui fonctionne par logique visuelle, où l’émotion passe par le mouvement des corps et non par des mots posés dessus.
L’œuvre de Tanaka est gaie, même si elle pèse sur l’encrage et les ombres. On sent la joie dans les expressions de dessins animés et les moments burlesques chaque fois que Gon se bat.
Car croyez-moi, cette série ne craint pas la brutalité de la nature. De nombreux personnages de soutien de Gon connaissent une fin horrible aux mains des prédateurs, des catastrophes naturelles et de la maladie. Beaucoup d’entre eux sont des bébés animaux mignons et pelucheux.
Gon alterne des séquences comiques (le dinosaure qui joue les terreurs dans une forêt remplie d’animaux plus gros que lui) et des instants d’une mélancolie surprenante. Tanaka ose même des chapitres sombres, avec des scènes de mort animale qui tranchent avec la mignonnerie apparente du personnage. Cette amplitude émotionnelle, il l’obtient sans jamais trahir son principe : aucun dialogue.
Pour les artistes qui veulent se lancer dans le manga muet, c’est une démonstration. L’humour naît du contraste entre l’échelle minuscule de Gon et la démesure de ses réactions. La tristesse émerge d’un cadrage large, d’un silence soudain dans l’enchaînement des cases. Tout est affaire de rythme.
L’absence totale de dialogue et d’effets sonores
En supprimant les dialogues, la bande dessinée repose uniquement sur les émotions et les expressions des personnages. Lorsque l’humeur grognon de Gon est brisée par son sourire, son déchirement ou sa colère, on le ressent 1000 fois plus. Que s’il s’asseyait et montrait les émotions qu’il ressentait, comme le font bon nombre de séries de manga.

La xénofiction à l’état pur
Gon capture l’expérience de ce que c’est que d’être un animal. Principalement en vertu de son médium : la bande dessinée.
D’autres exemples d’oeuvres de xénofiction
Regard OPJ · numéro du 15 octobre 2026
Ce que j'ai décortiqué il y a deux semaines
Des années de réquisitions. Deux faits, deux remèdes. Les abonnés les ont déjà lus. Vous, pas encore.
iOS 27 neutralise votre bloqueur de pubs DNS sans vous demander votre avis
La mise à jour iOS 27 embarque un réglage appelé Connectivity Assist. Activé par défaut, il contourne les bloqueurs de publicité basés sur le DNS comme NextDNS, AdGuard ou Pi-hole.
Ce que je fais : Je désactive Connectivity Assist sur tous mes appareils iOS dès la mise à jour installée. Ensuite, je vérifie que mon bloqueur DNS fonctionne encore.
Amazon équipe ses livreurs de lunettes qui photographient tout
Amazon a construit des lunettes connectées avec caméras intégrées pour ses livreurs. Elles prennent des photos de tout ce que le livreur voit, y compris les personnes et les propriétés.
Ce que je fais : Je n'achète plus rien sur Amazon quand je peux l'éviter. Et si un livreur arrive avec ces lunettes, je lui demande de les retirer avant d'ouvrir.
La lettre complète en contient trois, avec mon regard d'ancien OPJ et le détail de chaque remède.
Gratuit, sans pub, désabonnement en un clic.
Ou passez directement à la version complète :
Sans engagement, résiliable en un clic.
- Black Beauty Watership Down
- Pom Poko
Comment agissent les animaux
- Ils ne réfléchissent pas à la question de savoir si tuer est une bonne chose ou une mauvaise chose.
- Ils ne jugent pas les autres. Ils agissent par intérêt personnel (sauf, ironiquement, Gon qui devient la seule exception en venant au secours des autres, mais seulement si cela ne l’affecte pas négativement).
- Les animaux fonctionnent selon un système simple d’actions dures.
- Guidés par l’instinct. La faim.
- La volonté de survivre.
Dans un silence complet, Gon nous emmène au cœur de la nature. Il nous jette souvent la tête la première dans les épines et les nids de guêpes qui la parsèment. Mais il nous montre aussi sa beauté. On accompagne le plus grincheux des petits dinosaures dans son périple à travers la planète.
3 raisons qui font de Gon une référence du manga muet.
| Critère | Pourquoi ça fonctionne |
|---|---|
| Narration sans texte | Chaque émotion passe par une mimique ou une posture, jamais par une bulle. |
| Décors vivants | La nature donne l’échelle et crée l’ambiance, sans une ligne de commentaire. |
| Rythme chirurgical | Le découpage guide l’œil avec une précision qui remplace les dialogues. |
Questions fréquentes
Pourquoi Gon n’a-t-il aucun dialogue ?
Parce que Tanaka veut prouver que le manga peut se passer de mots. Ce choix force le lecteur à observer les expressions, les postures, les silences. C’est une démonstration de grammaire visuelle pure. En tant que romancier, je sais combien c’est difficile de faire passer une émotion sans la nommer. Tanaka y parvient avec un simple froncement de sourcil, et ça force le respect.
Verdict
Je me suis éclaté et j’ai beaucoup ri en lisant les 3 premiers tomes lorsque j’avais 17 ans. Je n’ai pas lu les suivants et j’en suis aujourd’hui heureux. Je vais pouvoir acheter l’intégrale de Gon pour mon plus grand plaisir 🙂
Et pour l’anecdote, le personnage de Gon a fait une apparition dans le jeu de combat Tekken 3. On peut le voir résister aux flammes et cracher de petites boules de feu…
Gon est publié par Kondasha au Japon. La série a été adaptée en une série animée en images de synthèse, en 2013, difficilement trouvable aujourd’hui (elle n’est plus sur Netflix). Un film d’animation japonais réalisé par Moto Sakakibara est sorti en 2007.
Gon peut-il servir de modèle pour apprendre le manga muet ?
Oui, à condition de ne pas copier bêtement
Tanaka montre qu’un décor soigné et un visage expressif suffisent à porter une scène. Mais c’est un art de la retenue. Si vous dessinez comme un pied, pas de dialogue ne vous sauvera. Gon n’est pas un tutoriel : c’est une preuve que la contrainte peut devenir un style.
Dans la même veine
| Ma fiche sur le film Dragon Ball Super : Super Hero |
| La saga Cell : l’arc qui a fait pleurer Dragon Ball |
| Un moteur de recherche sans traçage : oui ça existe |
Pour aller plus loin, NordVPN reste l'option que je recommande pour ce genre de situation.
Article utile ? Dites-le à Google. Ajoutez ce blog à vos sources préférées : un clic, et vous le retrouverez dans vos recherches (et l’AI Mode) au lieu du contenu recyclé par des robots. C’est votre façon de reprendre le contrôle sur ce que vous lisez.
Et si vous avez aimé, partagez (c’est le meilleur coup de pouce pour un blog indépendant qui publie sans algorithme ni sponsor déguisé).
Un clic, gratuit. Nécessite d’être connecté à votre compte Google.
Franchement le chapitre de l'éléphant il est chaud ouais. Perso j'ai lu Gon y'a des années, un pote m'avait prêté les tomes et j'étais pas prêt. Le passage avec les louveteaux m'a retourné, je m'attendais pas à ce que ce soit aussi cru pour un manga sans paroles. J'ai dû relire deux fois pour réaliser. Tanaka il y va pas avec le dos de la cuillère, et c'est ça qui marque. J'ai gardé les bouquins depuis, je les prête plus à personne d'ailleurs.
J’avais croisé le manga une fois dans ta chambre, ouvert 2/3 pages mais c’est tout..
Promis je te ramènerai Watchmen fin janvier 🙂
Tu en avais jamais lu de Gon ?! klr je te les ramènerai, c’est trop drôle.
lol cette bouille fait vraiment plaisir à voir, en effet les dessins ont l’air magnifiques. Merci pour les illustrations. C’est clair que GON est le genre de livre qu’il faut « avoir lu avant de mourir » comme le dit l’expression, rien que pour son originalité et les rires assurés.
(Quand t’auras acheté l’intégrale, prête-la moi stp ! d’ailleurs j’attends toujours que tu me prêtes Watchmen..)