Five Eyes, TEMPORA, XKEYSCORE, les dessous de la surveillance de masse

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Écrit par Grégory Hénique

Auteur sur mes 2 blogs depuis 2009/2010.

 

L'écriture est ma passion mais l'optimisation SEO / IA fut un passage obligé pour gagner ma visibilité.

 

Présentation

L’alliance Five Eyes est souvent présentée comme un simple accord de partage de renseignements entre pays anglophones. La réalité est bien plus trouble. Les révélations d’Edward Snowden ont démontré que cette coalition fonctionne comme un système intégré de surveillance de masse, sans réelle limite légale. Entre programmes secrets, interceptions massives et contournement du droit international, plongeons dans les coulisses de ce réseau qui contrôle une grande partie des communications mondiales.

Les révélations de l’ancien contractant de la NSA, Edward Snowden, ont profondément modifié notre perception du rôle des services de renseignement. L’alliance des Five Eyes, composée de la NSA (États-Unis), du GCHQ (Royaume-Uni), du CSTC (Canada), de l’ASD (Australie) et du GCSB (Nouvelle-Zélande), est un prolongement direct du partenariat établi après la Seconde Guerre mondiale. Cet accord a permis la mise en place de programmes secrets d’espionnage et de partage de renseignements, constituant un système intégré de surveillance de masse visant la plupart des communications mondiales.

Mise à jour juin 2026 — Depuis les révélations Snowden, l’alliance Five Eyes n’a cessé d’étendre son emprise. Les gouvernements successifs ont renforcé les budgets et les capacités techniques, rendant la surveillance encore plus pervasive qu’il y a dix ans.

Les racines historiques des Five Eyes

Pour comprendre l’ampleur de cette machinerie, il faut remonter à ses racines. L’origine des Five Eyes réside dans la décision de Winston Churchill, en 1941, d’inclure les États-Unis dans l’un des plus grands secrets de tous les temps : le fait que le Royaume-Uni (avec l’aide des Polonais et des Français) avait brisé le système de cryptage allemand Enigma. Après la guerre, cette coopération anglo-américaine a été formalisée dans l’accord UKUSA de 1946.

L’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande font partie de l’accord de par leur statut de Dominion au sein du Commonwealth britannique. Aujourd’hui, les cinq évaluent les dangers potentiels de la montée en puissance de la Chine en des termes similaires. L’accord prévoit que les Five Eyes doivent partager, par défaut, tous les renseignements électroniques qu’ils recueillent. Une annexe précise même qu’ils doivent partager « continuellement, actuellement et sans demande » à la fois les renseignements bruts et le produit final.

Un détail qui en dit long : l’accord UKUSA est si poussé que les clients des deux capitales savent rarement quel pays a généré l’accès ou le produit final. Les analystes eux-mêmes perdent la trace de l’origine des données.

Le fonctionnement interne et les programmes révélés

Outre ce partage fluide, de nombreux organismes sont gérés conjointement et partagent leur personnel. Concrètement, les pays participants mettent leurs analystes à disposition l’un de l’autre, mènent des opérations conjointes, s’invitent mutuellement pour parler, échanger, se consulter et établir des décisions politiques au niveau de la direction. Notez qu’il existe un flux important d’interceptions brutes, de résultats d’analyses techniques et de renseignements électroniques entre la NSA et le GCHQ. Le GCHQ, par exemple, a un accès direct aux systèmes informatiques de la NSA.

TEMPORA : l’interception massive au Royaume-Uni

Un exemple notable est le programme TEMPORA, révélé par Snowden. Il permet d’intercepter une grande partie des communications transitant par le Royaume-Uni, via la mise sur écoute des principales stations d’atterrissage des câbles de fibre optique sous-marins. Selon des informations, 300 analystes du GCHQ et 250 de la NSA étaient chargés d’analyser le matériel recueilli.

TEMPORA stocke les contenus pendant trois jours et les métadonnées pendant 30 jours. Les filtres appliqués sont si vastes qu’ils peuvent cibler le type de flux (Skype, Facebook, emails), l’origine ou la destination, ou encore des mots-clés. Le GCHQ aurait utilisé environ 40 000 termes de filtrage, et la NSA 31 000. Quelque 850 000 autres employés et contractants de la NSA auraient également accès aux bases de données du GCHQ, qui a reçu 100 millions de livres sterling de fonds secrets de la NSA pour participer à ce projet.

850 000 personnes ayant accès à vos données, ça fait réfléchir. C’est plus que la population de certaines villes françaises. Et ce n’est qu’un programme parmi d’autres.

XKEYSCORE : l’analyse mondiale des données

Il existe également un programme de filtrage nommé XKEYSCORE. Décrit comme un « cadre analytique », il permet une recherche unique sur un « buffer circulaire de 3 jours » de données non filtrées, stockées dans 150 sites dans le monde sur 700 serveurs de bases de données. Ce système, déployé dans les pays des Five Eyes, liste les adresses email, les noms de documents, les adresses IP, les cookies, les noms d’utilisateurs, les listes d’amis, les numéros de téléphone, les métadonnées de navigation (recherches effectuées) et de nombreux autres types de données transitant par leurs points de collecte.

ProgrammePays hôteCapacitéDurée de conservation
TEMPORARoyaume-UniInterception câbles sous-marins3 jours contenus, 30 jours métadonnées
XKEYSCOREMonde entier (150 sites)Analyse buffer 3 jours non filtréVariable selon site
DGEDL

Les implications juridiques et les droits humains

L’analyse des textes juridiques de chaque pays des Five Eyes révèle un manque de clarté et de précision quant aux activités de partage de renseignements. Aucun des systèmes juridiques nationaux n’établit clairement dans quelles circonstances les services sont autorisés à obtenir, stocker et transférer les communications privées de leurs ressortissants interceptées par un autre organisme de l’alliance. De même, il n’est pas précisé qui décide qu’un État peut demander à un autre d’intercepter des communications.

  • Les agences des Five Eyes ont infiltré tous les réseaux de communication modernes
  • Elles utilisent des ordres secrets pour contraindre les entreprises à fournir les données de leurs clients
  • Elles mettent sur écoute les câbles de fibre optique reliant leurs centres de données
  • Elles accèdent à des informations financières confidentielles via le système SWIFT

Ces pratiques de surveillance massive vont à l’encontre du droit international. Le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression a décrit le caractère invasif de l’interception massive sur les câbles de fibre optique. En mettant sur écoute ces câbles avec des techniques de reconnaissance des mots et de la voix, les États peuvent obtenir un contrôle quasi total des télécommunications et des communications internet. Cette technologie compromet toute notion de proportionnalité et ouvre la voie à une surveillance sans discrimination.

Quels sont les risques concrets pour un citoyen lambda ?

Les risques sont bien réels. Chaque email, chaque recherche Google, chaque appel Skype peut être intercepté et stocké sans que vous le sachiez. Les métadonnées seules permettent de reconstituer votre réseau social, vos habitudes, vos rendez-vous médicaux, vos opinions politiques. Et comme les données sont partagées entre les cinq pays, un simple déplacement à l’étranger ne vous met pas à l’abri.

Un cadre juridique obsolète

Le monde actuel n’a plus rien à voir avec celui des années 1940. De nos jours, les documents privés sont stockés dans des centres de données inconnus, un peu partout dans le monde. Les communications internationales sont devenues quotidiennes. L’arrivée de l’internet a rendu ce type de communication plus rapide, mais pas forcément plus direct. Les infrastructures ne permettent pas à l’utilisateur de choisir quelle route suivront ses communications, ce qui les rend d’autant plus vulnérables face à l’interception des divers services de renseignements.

Il est impératif de considérer ces pratiques comme fondamentalement opposées à l’état de droit et au droit humain international relatif au respect de la vie privée. Pour ce faire, il faut rompre tout cadre juridique qui permet aux services de renseignement de rester dans l’ombre ou qui octroie un traitement préférentiel aux ressortissants des Five Eyes par rapport au reste de la population mondiale.

Peut-on se protéger de cette surveillance ?

Oui, en partie. L’utilisation d’outils de chiffrement solides (comme Signal pour les messages, ou un VPN pour la navigation) complique la tâche des agences. Mais il faut garder en tête que la surveillance cible surtout les métadonnées, souvent plus difficiles à masquer. Une approche combinant plusieurs outils et une hygiène numérique rigoureuse reste la meilleure défense.

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Ce qu’il faut retenir

SURVEILLANCE

94%
des communications
interceptables par les Five Eyes

NIVEAU DE SURVEILLANCE

94%
des communications
interceptables par les Five Eyes

L’alliance Five Eyes n’est pas un simple accord de coopération entre services secrets. C’est un système intégré de surveillance de masse qui fonctionne en dehors de tout contrôle démocratique réel. Les programmes TEMPORA et XKEYSCORE ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les implications juridiques sont graves, et les droits humains fondamentaux sont bafoués au nom de la sécurité nationale.

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Et vous, vous en pensez quoi ? Pensez-vous que cette surveillance est justifiée, ou faut-il renforcer les garde-fous légaux ?

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