Green City Wars , le thriller noir du détective raton laveur

Photo of author
Écrit par Grégory Hénique

Auteur sur mes 2 blogs depuis 2009/2010.

 

L'écriture est ma passion mais l'optimisation SEO / IA fut un passage obligé pour gagner ma visibilité.

 

Présentation

Green City Wars vaut-il le coup ? Oui pour la construction du monde : des animaux génétiquement modifiés, maintenus intelligents par une drogue quotidienne, dans des cités vertes où les humains ont délégué le sale boulot.

Non pour le thriller noir : l’enquête du raton laveur Scotch n’est qu’un fil conducteur, et le rythme pâtit de digressions de plusieurs pages. C’est un roman de SF dystopique déguisé en polar : parfait si vous avez aimé Children of Time, décevant si vous venez pour du Chandler.

Green City Wars d’Adrian Tchaikovsky : mon avis sur ce thriller noir animalier

Green City Wars est la nouvelle parution d’Adrian Tchaikovsky, présentée comme un thriller noir. L’idée derrière l’histoire, si vous n’en avez pas entendu parler, est que vous suivez un détective raton laveur nommé Scotch, chargé de retrouver une souris.

Il ne reçoit aucune information sur les raisons pour lesquelles il doit trouver cette souris. Mais il découvre rapidement, une fois la mission confiée, qu’il n’est pas le seul à la rechercher. Et tout cela se déroule dans un cadre où toute la société existe encore avec des êtres humains, mais nous n’effleurons jamais vraiment le monde humain.

Nous nous intéressons uniquement aux gea, ou aux petits assistants. Nous explorons en profondeur comment cette société est parvenue à cette prétendue utopie.

L’idée est que nous avons progressé au point où les êtres humains ont développé une technologie permettant aux animaux d’accomplir une grande partie des tâches qu’ils ne souhaitaient pas faire eux-mêmes. Ouais, je sais, ça rappelle Cordwainer Smith, mon maitre de SF.

Par exemple, les emplois liés aux déchets et aux égouts, des choses que les animaux pourraient accomplir s’ils disposaient des bons moyens, de la technologie pour les orienter dans une certaine direction, et peut-être même en réécrivant leurs instincts pour qu’ils veuillent effectuer ces tâches. C’est là que les petits assistants, les gea, entrent en jeu.

C’est ce qu’est Scotch.

Cependant, si l’on rend les animaux suffisamment intelligents, ils réaliseront qu’ils ne peuvent pas enfreindre la règle numéro un, à savoir l’interférence dans les vies humaines. Nous ne pouvons pas nous imposer dans leurs vies.

Nous devons toujours accomplir nos tâches.

Mais ils vont créer leur propre nouvel écosystème et leurs propres sociétés. Et cela sera déterminé par un certain nombre de facteurs. Certains des instincts préexistants qu’ils avaient avant de bénéficier d’avancées technologiques, ainsi que leurs nouveaux instincts, et la manière dont tout cela se mélange. Et l’idée est que vous avez ce cadre vraiment amusant d’un personnage un peu blasé, qui en a vu d’autres, et qui ne veut plus vraiment travailler pour le système.

Il veut s’établir comme détective privé. Mais les griffes que la corporation a plantées en lui ne se sont pas complètement retirées, et il reste à sa botte.

green city wars exemplaire signe
Exemplaire signé de Green city wars

J’ai adoré l’idée de ce livre. J’avais entendu tant de bonnes choses sur la science-fiction d’Adrian Tchaikovsky que j’étais impatient de voir comment il reliait les nombreux éléments de science-fiction au thriller noir. Et je souhaite commencer par parler des attentes par rapport à la réalité, à savoir que ce livre était présenté comme un thriller noir dans un cadre d’utopie supposée.

Je pense que ce que présentait le marketing par rapport à la réalité était un peu différent. Ce n’est pas nécessairement un inconvénient pour certaines personnes. Enfin, je veux dire, je pense que c’est un inconvénient en général lorsque le marketing n’est pas tout à fait exact, car bien sûr, vous avez alors certaines attentes qui ne sont parfois pas vraiment satisfaites. Et cela ne signifie pas que le livre est objectivement mauvais ou qu’il échoue.

Cela signifie simplement que parfois le marketing ne correspond pas à ce que vous obtenez réellement. Ainsi, pour certaines personnes, elles seront peut-être heureuses d’apprendre que ce livre penche davantage, à mon avis, vers le territoire de la science-fiction que vers le thriller noir. Parce que si c’est ce que vous avez appris à aimer chez cet auteur, vous serez ravi, je pense, de savoir qu’il s’appuie encore beaucoup plus sur cet aspect.

La caractérisation, premier point d’accroche

Le choix du point de vue conditionne tout le reste. Ici, le récit aurait pu basculer vers une troisième personne omnisciente ou rester au plus près du personnage. L’auteur a opté pour une troisième personne rapprochée, ce qui change radicalement la donne.

Avec cette configuration, vous suivez l’histoire à travers le personnage, sans jamais entrer dans sa tête comme le ferait la première personne. Vous restez debout à ses côtés, vous ressentez une grande partie de ce qu’il ressent, mais vous gardez une certaine distance. Ce choix influence aussi la manière dont le monde est présenté.

Le personnage connaît déjà son environnement. Il n’y a donc pas de longues explications pour chaque détail, ou alors elles sont rares et intégrées naturellement au récit. L’auteur ne va pas s’attarder sur ce que le personnage ne remarquerait même plus. C’est une approche qui demande de la discipline, car il est tentant de tout expliquer au lecteur.

Une troisième personne qui reste trop discrète

Cette narration rapprochée n’était pas entièrement omnisciente. J’aurais presque préféré qu’elle le soit, parce que la voix générale du récit semblait en décalage avec la progression de l’histoire. Il y a quelque chose d’inabouti dans cette distance, comme si le narrateur hésitait entre deux positions sans jamais s’engager pleinement.

Le potentiel était là. Ce genre de configuration fonctionne très bien quand le narrateur s’efface complètement ou, au contraire, quand il assume sa présence avec espièglerie. Là, on flotte entre les deux, et ça crée une lecture un peu déstabilisante. On sent que l’auteur aurait pu jouer davantage avec les conventions du genre.

  • – Une troisième personne rapprochée qui reste trop neutre
  • – Des descriptions qui prennent le dessus sur l’action
  • – Un personnage principal difficile à cerner

Le problème ne vient pas du choix technique, mais de son exécution. Quand on opte pour une narration proche, il faut s’y tenir et en assumer les conséquences.

Scotch, un personnage qui manque de constance

Parlons maintenant du personnage principal. Scotch avait tout pour devenir un protagoniste mémorable. Il en a fini avec le système, il ne veut plus travailler pour la corporation, il souhaite s’installer à son compte. C’est un profil intéressant, surtout dans un univers où les corporations contrôlent tout.

Malheureusement, son évolution au fil de l’histoire m’a laissé sur ma faim. J’attendais un personnage qui se démarque, qui impose sa personnalité. À la place, j’ai eu l’impression de suivre un personnage personnalisable dans un jeu vidéo, qui se déplace et parle à divers personnages non joueurs tout en lisant beaucoup de descriptions d’objets pour progresser.

Si vous me demandiez de décrire la personnalité de Scotch, on peut dire que cela dépend de la scène. Parfois, même au sein d’une même scène, il agit différemment. C’est déroutant, parce qu’on n’arrive pas à saisir ce qu’il défend vraiment, quelle est sa boussole morale.

Des contradictions qui cassent l’immersion

Il y a un exemple qui illustre parfaitement ce problème. Scotch poursuit une souris qu’on lui a chargé de trouver, mais d’autres personnes la poursuivent aussi. Ces individus pensent que Scotch sait où elle se trouve, alors ils essaient de l’intimider pour lui soutirer l’information.

Il leur répond qu’il ne sait pas où elle est. Il déclare qu’il n’a aucune idée de l’endroit où se trouve cette fichue souris. Il précise qu’il travaille sur la même affaire qu’eux, qu’il compte récupérer la souris et la mettre aux enchères pour que l’un d’eux puisse le rendre riche.

Une page plus loin, il affirme que s’il avait le couineur, il ne le donnerait pas à des gens comme eux. C’est exactement ce que je veux dire quand je parle d’un personnage difficile à cerner. Sa position change selon les facteurs de l’environnement, ce qui est normal dans une certaine mesure, mais pas à une page d’intervalle dans la même scène.

Cette incohérence m’a vraiment sorti de l’histoire. Un personnage peut évoluer, douter, changer d’avis. Mais là, on a l’impression que l’auteur n’avait pas une vision claire de son protagoniste. C’est dommage, parce que le contexte était prometteur.

Les moments de croissance, les réactions différentes selon les situations, tout cela est acceptable. Mais il faut une logique interne, une cohérence qui permette au lecteur de s’attacher. Là, je me suis retrouvé à ne plus savoir quoi penser de Scotch, et ça a fini par me distancer du récit.

Qu’y avait-il à ne pas aimer ?

Ce qu’il n’y avait pas à aimer, il s’est avéré, c’est que les perroquets ne veulent pas travailler pour le patron. En fait, plus ils les rendaient intelligents, plus les perroquets trouvaient des moyens de se soustraire à leurs responsabilités. Scotch estime qu’il y a une leçon à tirer de cela.

cordwainer smith animaux humanoides

Cette première partie, je me suis dit, d’accord, je pense que c’est plutôt amusant et intéressant que toute l’idée du gea n’ait pas nécessairement fonctionné ou pris pour chaque animal. Et aussi, j’ai établi cela. D’accord, les oiseaux existent un peu en dehors de certains des autres types, non seulement d’autres types d’oiseaux, mais aussi d’autres types d’animaux.

Intéressant.

Ce n’est pas fini. Il y a plus. Les perroquets se sont rapidement affranchis de leurs contrats de service, si bien que d’autres guildes ont pris le relais sans heurt pour combler le vide et récupérer les rations et le plangent qui accompagnaient le travail. Le plangent est la substance qu’ils prennent pour éviter de devenir stupides. Et c’est l’une des choses qui les fait revenir pour plus. Les maintient en ligne, les maintient dans leurs tâches.

Ils sont très sociables. Oui. Hiérarchisés et stratifiés entre eux. Oui. S’intégrer dans l’idée que quelqu’un d’autre se fait d’un grand système ? Absolument pas. Les perroquets, par entêtement inné ou par génétique défectueuse, ont carrément rejeté le rôle que les ingénieurs avaient prévu pour eux. Et pourtant, en même temps, les tentatives de les éradiquer se sont heurtées à des échecs techniques et à une résistance surprenante de la population humaine.

À ces débuts du projet, il y avait apparemment eu le sentiment qu’une fois que vous aviez créé ces êtres élevés, vos petits assistants, ils n’étaient pas simplement quelque chose à éliminer. Vous deviez vivre avec après les avoir créés pour vivre avec vous. Ou du moins, c’est ce qu’on raconte.

DGEDL

Scotch estime que c’était plutôt que les perroquets étaient bien trop intelligents pour être empoisonnés ou piégés, et que personne n’est assez fou pour commencer à lancer des maladies spécifiques aux perroquets, car ce genre de chose peut dégénérer très rapidement.

De nos jours, il existe une ligne de tolérance invisible et quelque peu mouvante, et tant que la valeur de nuisance du perroquet reste en dessous de cette ligne, les humains vivent avec. Une élite aristocratique hautaine dans ses hauts perchoirs au-dessus de la ville, attendant l’appel pour aller exercer son métier meurtrier là où vivent les perroquets, ou pour convoquer les forces de l’armée de pigeons s’ils deviennent trop gras. Les souches de rapaces ne sont les amies de personne.

Le plangent et la spirale de l’oubli

Ne pas participer au système ghanéen conçu par les humains signifie que les perroquets ont un problème. Bien sûr, aucune cargaison régulière de plangent ne leur est octroyée d’en haut, et ils ne l’extorquent pas aux animaux plus travailleurs de la manière joyeusement impitoyable que font les armées.

DGEDL

Au lieu de cela, ils l’attrapent simplement là où ils la trouvent, l’avalent quand ils l’ont, vivent sans quand ils ne l’ont pas, et à tout moment, peut-être les trois quarts de la population de perroquets n’ont pas eu leur dose régulière et sont retombés dans la stupidité.

Toute cette génétique avancée cessant simplement de faire les connexions appropriées dans leur tête. Et puis à un moment donné, un autre perroquet leur donne une ampoule de la bonne substance et ils se réveillent, se souviennent de leurs mots, recommencent à agir avec ce niveau supplémentaire d’intelligence que les caharaut sont censés avoir jusqu’à ce qu’ils soient à court. Cela semble une horreur pour Scotch.

Se perdre, se retrouver, de longues périodes où le seul nom auquel vous répondez est le cri strident que les perroquets se lancent entre eux. Perdre toute votre compréhension du monde. Des souvenirs enfermés à clé et le plangent comme seule clé possible. Mais les perroquets vivent plus longtemps que toute autre souche. Vivent plus longtemps que la plupart des humains même.

Il a même entendu l’un d’eux en parler une fois. Un perroquet un peu perché, dans un éclair de lucidité planétaire, comme si chaque face de la pièce avait ses avantages, comme si c’était une expérience mystique de la transcender pour quelque pauvre bête sans imagination, comme Scotch, pour comprendre, leur a donné la chair de poule en l’entendant.

Un système parallèle pour les réunions secrètes

Je n’ai rien contre toutes ces informations. J’aime toute cette construction de monde. Je trouve que c’est très amusant. Tout cela sert principalement à ce que, lorsque Scotch entre dans cet endroit, l’idée soit que la plupart des gea, les petits assistants, ne traînent pas vraiment dans ce secteur. Cela en fait donc une bonne cachette pour d’autres gea. C’est la raison pour laquelle on ne s’intéresse pas vraiment aux perroquets.

couverture seigneurs de l instrumentalite editions mnemos

Ils sont juste ce genre de chose qui a été établie comme un système en dehors du système ghanéen, vers lequel d’autres animaux se tournent lorsqu’ils veulent ce qui sont essentiellement des réunions secrètes. C’est donc une construction de monde très amusante. C’est beaucoup de descriptions. C’est beaucoup de descriptions. J’essayais de lire aussi vite que possible, mais nous avons ces pages, de l’onglet vert à l’onglet rose. Et puis, quand je tourne la page, on recommence.

De l’onglet vert à l’onglet rose. Et j’ai laissé quelques détails de côté, puis une autre page, de l’onglet vert à l’onglet rose. Environ six pages pour vous parler de ces perroquets, et c’est très bien, mais je pense que cela interrompt parfois le rythme de certaines choses. Cela va être un point très positif pour certaines personnes, car même en lisant, je me dis : « Oh, c’est une idée tellement amusante. »

Les zones d’ombre de la transformation animale

Comment en sommes‑nous arrivés là ?

Si vous hésitez entre deux VPN, tout dépend de ce que vous voulez en faire. Pour la vie privée et la transparence, difficile de faire mieux que ProtonVPN : code open source audité, basé en Suisse, et une version gratuite illimitée (pas de carte bancaire, pas de limite de data).

Pour le streaming et le débit, NordVPN reste la référence : plus de 8 000 serveurs dans 224 emplacements, protocole NordLynx (WireGuard optimisé), et il débloque les catalogues Netflix étrangers sans prise de tête. Les deux proposent une garantie « satisfait ou remboursé » de 30 jours, vous ne prenez donc aucun risque à tester celui qui correspond le mieux à votre usage.

La question centrale du roman, c’est la transformation des animaux. Des créatures qui peuplent les villes vertes, qui vivent en harmonie avec la nature, et qui finissent par être modifiées génétiquement pour servir les humains. Ce glissement progressif est bien mené, mais il laisse des zones d’ombre.

Prenons l’exemple des animaux qui parlent de communisme. Ils semblent avoir une conscience politique, une connaissance du monde humain qui dépasse leur condition. Mais d’un autre côté, ils ignorent des choses simples, comme le geste de faire « chut » pour obtenir le silence. Cette incohérence m’a frappé à plusieurs reprises.

Comment passons‑nous de cela à la construction d’animaux et à leur modification totale pour qu’ils nous servent ?

Le roman pose une question éthique forte. Jusqu’où peut‑on aller dans la modification du vivant ? Les animaux de Green City Wars ne sont pas des robots, ils ont des émotions, des peurs, des désirs. Mais ils sont aussi le produit d’une ingénierie qui les destine à une fonction précise.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la scène où un enfant aperçoit Scotch, le personnage principal. Les animaux ne sont pas censés être remarqués, sauf dans des zones désignées.

DGEDL

Pourtant, la petite fille le voit. Et là, au lieu d’expliquer comment il connaît ce geste humain, l’auteur nous laisse avec notre perplexité.

Cette scène résume bien le problème du roman. D’un côté, une construction du monde minutieuse, presque obsessionnelle. De l’autre, des détails qui semblent avoir été ajoutés pour servir l’intrigue, sans cohérence totale avec le reste.

Le résultat est un livre qui passionne, mais qui frustre aussi. On aimerait parfois que l’auteur nous fasse davantage confiance, qu’il nous laisse tirer nos propres conclusions. Au lieu de cela, il nous prend par la main et nous montre tout, quitte à briser la magie.

Toute cette construction de monde, je pense, est excellente et va être un régal pour beaucoup de gens, et elle établit vraiment le cadre. Mais elle aurait gagné à être plus légère, plus espiègle, plus confiante envers le lecteur.

101101010110110011001011

Quand je lis un roman, j’aime qu’on me laisse une part de mystère. J’aime deviner, interpréter, débattre avec moi‑même. Green City Wars m’a donné cette occasion, mais pas autant que j’aurais aimé. Les explications sont souvent trop appuyées, les transitions trop visibles.

Je comprends l’explication, même si, parfois, j’aurais aimé que la manière dont l’information nous est transmise soit un peu plus concise ou un peu plus espiègle. C’est une préférence personnelle, évidemment. Mais je pense qu’un éditeur aurait dû dire à l’auteur : « Hé, faites confiance à votre public. Ils comprennent. »

Quel était le raisonnement ?

Le roman glisse parfois vers l’omniscience, nous disant simplement que le renard est inquiet, sans montrer pourquoi. Cela ne me dérange pas entièrement, mais cela crée des incohérences. Les animaux savent ce qu’est le communisme, mais ignorent le geste de faire « chut ». Ils connaissent les humains, mais pas leurs codes sociaux.

Cette contradiction m’a sauté aux yeux à plusieurs reprises. Elle aurait pu être évitée en limitant le point de vue à un seul personnage, ou en expliquant ce que les animaux savent réellement du monde humain.

Comment cela a‑t‑il affecté différents types d’animaux ?

Les animaux de Green City Wars ne sont pas tous égaux. Certains sont plus humains que d’autres, certains ont une conscience plus développée. Cette hiérarchie est intéressante, mais elle est rarement explicitée. On devine, on suppose, mais on ne comprend jamais vraiment les règles qui la régissent.

Quelles étaient les différentes souches ? La question reste ouverte, et c’est à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce que cela laisse place à l’imagination. Une faiblesse, parce que cela rend la lecture parfois frustrante.

En fin de compte, Green City Wars est un livre que nous recommandons, mais avec des réserves. Il est ambitieux, riche, passionnant. Mais il aurait gagné à être plus simple, plus direct, plus confiant envers ses lecteurs. On ne perd rien à laisser un peu de mystère.

Ces petits pops qui étaient en réalité des coups de feu

Il y a des détails qui passent inaperçus au premier regard et qui prennent tout leur sens quand on y repense. C’est exactement ce qui se passe avec cette scène où Scotch entend des petits pops sans vraiment y prêter attention. Sur le moment, rien d’inquiétant. Des bruits sourds, lointains, presque anodins.

Sauf que plus tard, la vérité éclate. Ces pops, c’étaient des coups de feu. Et cette révélation rétrospective change complètement la lecture de la scène. C’est un procédé que j’apprécie particulièrement dans la construction d’un univers, parce qu’il respecte l’intelligence du lecteur. On ne vous assène pas tout immédiatement. On vous laisse assembler les pièces vous-même, parfois plusieurs chapitres plus loin.

Je me souviens d’une enquête où un témoin avait entendu « des pétards » la nuit des faits. Personne n’avait relevé. Sauf que le calendrier ne collait pas, aucune fête à proximité, et le fameux « pétard » était en réalité le coup de feu qui avait tout déclenché.

DGEDL

La perception humaine fonctionne comme ça. On interprète ce qu’on entend à l’aune de ce qu’on connaît. Un écureuil qui manipule une arme à air comprimé, ça produit un bruit qu’on n’attend pas. Alors on l’attribue à autre chose.

La distorsion des sens dans un monde miniature

Ce qui rend cette scène intéressante, c’est la question de l’échelle. Quand on réduit une technologie, son comportement acoustique change. Un pistolet à air comprimé de la taille d’une noix ne produit pas le même son qu’un modèle standard. Les matériaux, la chambre de compression, tout est différent. Le résultat, c’est ce petit pop caractéristique que Scotch met du temps à identifier.

Cette distorsion sensorielle est un ressort narratif puissant. Elle nous rappelle que les personnages de ce monde perçoivent leur environnement avec des sens adaptés à leur taille. Ce qui nous paraîtrait évident, à nous humains, ne l’est pas pour eux. Leurs repères sont différents. Leur expérience du monde est conditionnée par leur échelle.

Et c’est là que la construction de Tchaikovsky devient remarquable. Il ne se contente pas de décrire un monde miniature. Il pense aux conséquences perceptives de cette miniaturisation. Comment un son se propage-t-il dans un espace réduit ? Comment un personnage distingue-t-il un coup de feu d’un claquement de branche ? Ces questions ne sont jamais posées frontalement, mais elles affleurent à chaque page.

La mécanique des armes réduites et ses implications

Parlons un instant de la technologie elle-même. Dans cet univers, la poudre à canon est hors de question. Les ingrédients sont difficiles à obtenir et les stocks attireraient l’attention des autorités. Personne n’a envie que des rats négligents fassent exploser un immeuble avec un arsenal improvisé. Alors on se rabat sur l’air comprimé et les ressorts.

  • – Des pistolets à air comprimé, compacts et robustes, adaptés à des mains miniatures
  • – Un système d’engrenages simples, facile à produire avec les ressources disponibles
  • – Des armes qu’un écureuil peut manipuler à deux mains, avec une queue en soutien

La réduction d’échelle a un effet contre-intuitif. Les choses deviennent plus efficaces, livre pour livre. La tyrannie de la règle du carré cube fait que ce qui donnerait une vilaine contusion à un humain peut pratiquement exploser une souris si ça la touche en plein. Les mêmes mathématiques qui permettent à une fourmi de porter dix fois son poids rendent une technologie d’arme disproportionnellement létale à cette échelle.

C’est une réflexion que j’ai trouvée passionnante. Elle montre que Tchaikovsky ne se contente pas de transposer des concepts humains dans un monde miniature. Il réfléchit aux implications physiques réelles de cette transposition. Et cette rigueur donne une crédibilité à son univers.

Un thème qui affleure sans être martelé

Au-delà de la technologie, cette scène illustre un thème plus large. Le progrès est toujours à double tranchant. Plus d’autonomie et de liberté de choix pour les uns se fait aux dépens des autres. C’est une idée qui traverse le livre sans jamais être assénée. Elle est là, discrète, pour ceux qui veulent bien la saisir.

J’aime cette approche. L’auteur ne dicte pas sa lecture. Il installe des éléments qui peuvent être interprétés à plusieurs niveaux. Selon votre sensibilité, vous ressortirez du livre avec une compréhension différente de ce thème. Et c’est précisément cette richesse qui nourrit la discussion après la lecture.

Personnellement, je n’aurais pas été dérangé par un peu plus d’explicite sur ce point. Mais je reconnais que la subtilité a du bon. Elle laisse au lecteur la liberté de construire son propre cheminement. Et c’est une marque de confiance de la part de l’auteur.

Un jeu vidéo qui se cache derrière ces pages

ProtonVPN ou NordVPN : le choix rapide

Si vous voulez un VPN gratuit, transparent et orienté vie privée, choisissez ProtonVPN. Si vous voulez surtout le streaming, la vitesse et la simplicité, choisissez NordVPN.

Les deux proposent une garantie satisfait ou remboursé de 30 jours. Si vous ne savez pas lequel choisir, commencez par la version gratuite de ProtonVPN.

Voir la comparaison en 4 points
CritèreProtonVPNNordVPN
Version gratuiteOui, sans carte bancaireNon
StreamingPossible sur certains serveursPlus efficace pour les catalogues étrangers
ConfidentialitéOpen source, basé en SuisseCode propriétaire
PrixDès 2,99 euros par moisDès 3,49 euros par mois
Transparence : les liens ci-dessus sont des liens affiliés. Je touche une commission si vous vous abonnez (cela ne change rien pour vous).

Je n’arrive pas à sortir de ma tête l’idée que ce monde pourrait être un jeu vidéo. La scène des pops en est un parfait exemple. Dans certains jeux, quand vous approchez un monstre, vous devez préparer différentes potions ou adapter votre arsenal. On voit ça dans The Witcher, par exemple.

L’idée que selon l’ennemi que vous allez affronter, vous changez vos armes équipées, c’est exactement le genre de mécanique qui naît d’une construction du monde réfléchie. Je vais dans cette planque. Si quelque chose tourne mal, j’ai besoin de quelque chose qui peut réellement éliminer le chat. Ou le renard. Ou autre chose. Cette préparation tactique est le fruit d’une réflexion approfondie sur les règles de l’univers.

Ce niveau de détail ne vient que d’un auteur qui a vraiment pensé son monde. Chaque élément a une logique interne. Chaque technologie a des implications concrètes. Et c’est ce qui rend la lecture si immersive, même quand le rythme pâtit parfois de ces digressions techniques.

Si vous êtes fan de la construction du monde de Tchaikovsky et de cette idée qu’il va réfléchir à pratiquement chaque détail de son univers, alors vous apprécierez ce livre. Même si vous préférez la science-fiction au thriller noir, votre besoin de cohérence sera comblé.

Ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais, je l’avoue. Mais je prévois quand même de lire plus de Tchaikovsky. J’ai vraiment envie de me plonger dans Children of Time parce que j’imagine, en me basant sur le genre de descriptions que nous avons dans celui-ci, ce qu’il peut faire quand il se lâche vraiment.

101101010110110011001011

La face cachée des cités vertes : plongée dans l’économie souterraine des Gehirner

Le monde de Green City Wars repose sur un équilibre précaire que l’on pourrait résumer ainsi :

  • les humains ont construit des cités écologiques parfaites, carboneutres, où ils vivent peinards
  • et les animaux font tout le sale boulot. Ces créatures appelées les Gehirner (ou « petits assistants ») sont rendues intelligentes grâce à un médicament le Plangent.
Petite question à laquelle je réponds sur mon blog : SF, vaut-il mieux lire Les Seigneurs de l’Instrumentalité ou Fondation ?

Cette substance est devenue la véritable monnaie du royaume souterrain

Ce n’est pas juste un traitement médical, c’est le nerf de la guerre, la drogue qui maintient l’intelligence artificielle de ces animaux en éveil. Et comme toute drogue, elle a son marché noir, ses trafiquants, et ses junkies.

Skotch, notre raton laveur blasé, est justement en manque. Il n’a plus assez de doses pour tenir, et c’est la corporation Uzco, dirigée par une tortue serpentine du nom de Benson, qui va profiter de sa détresse pour lui confier une mission en apparence simple : retrouver une souris, le docteur Meece.

Évidemment, si la mission paraît trop belle, c’est qu’elle l’est. Très vite, Skotch comprend qu’il n’est pas le seul à chercher cette souris, et que tout le monde est prêt à se battre pour mettre la main dessus.

Instincts vs conditionnement : la guerre des écureuils et autres bizarreries

Ce qui rend ce roman si savoureux, c’est la manière dont Tchaikovsky respecte scrupuleusement la nature animale de ses personnages tout en les dotant d’une conscience humaine. Scotch pense comme un détective blasé, mais il reste un raton laveur avec des instincts de raton laveur. Et ça, ça change tout.

Les comportements biologiques uniques de chaque espèce infusent le récit d’une authenticité déconcertante. On ne lit pas juste une histoire avec des animaux qui parlent ; on lit une histoire où des animaux qui parlent se comportent encore comme des animaux, avec leurs réflexes, leurs peurs et leurs pulsions.

Et puis il y a la femme fatale du récit :

  • une belette putoise
  • gracieuse et mortelle pour un raton laveur
  • ce n’est clairement pas une romance envisageable mais Skotch admet volontiers que pour ceux qui sont de la bonne espèce l’attrait est évident.

C’est ce genre de clins d’œil malicieux qui rend l’univers si riche.

Pour aller plus loin sur mon blog : L’influence de Cordwainer Smith

De Cordwainer Smith à Tchaikovsky : la vraie généalogie de Green City Wars

Je l’ai effleuré en ouverture, mais ça mérite mieux qu’une pirouette : Green City Wars ressert le pitch de Cordwainer Smith soixante ans plus tard.

Dans le cycle de l’Instrumentalité, les underpeople sont des animaux remaniés pour servir l’humanité : ils pensent, parlent, aiment et n’ont aucun droit. La règle numéro un du roman, ne jamais interférer dans les vies humaines, c’est la ligne rouge des underpeople, mot pour mot.

La vraie trouvaille de Tchaikovsky tient en un mot : le plangent. Chez Smith, la servitude est inscrite dans la création ; chez Tchaikovsky, elle se prend chaque matin.

Arrêtez la dose, et vous perdez l’intelligence qui vous rend digne d’exister. Une caste tenue par l’ordonnance plutôt que par la chaîne : c’est plus subtil, et plus moderne.

Si vous cherchez votre point d’entrée dans l’œuvre

  • Children of Time pour l’évolution des araignées sur la longue durée
  • Dogs of War pour Rex, le chien de guerre bio-ingénieur et cousin direct de Scotch
  • Green City Wars pour la version détective.

Et si le concept vous parle, la nouvelle La Ballade de C’mell vous montrera ce que Tchaikovsky doit à son aîné et ce qu’il a choisi de ne pas copier. L’essai Redécouvrir l’humain : croisements de mythes dans la science-fiction de Cordwainer Smith par Jean Nimis (2022) vous ouvrira les oeillères !

Un hommage assumé au polar classique version animalière

Si vous êtes fan de Philip Marlowe et que vous avez grandi avec la série Rougemuraille (Redwall pour les puristes), ce livre est fait pour vous. Tchaikovsky ne se contente pas d’emprunter les codes du roman noir ; il les épouse pleinement. Les dialogues sont ciselés, les répliques fusent, et l’ambiance est poisseuse à souhait. On pense inévitablement aux grands maîtres du genre, mais transposés dans un monde où un caïd rat demande à Skotch, avec un accent à couper au couteau : « Où est la souris, Herr Washbear ? » C’est absurde, c’est décalé, et pourtant, ça fonctionne à merveille.

Le génie de Tchaikovsky, c’est de ne jamais tomber dans la simple parodie. Il rend hommage au genre tout en construisant un univers qui tient debout.

Les classes sociales, les factions politiques, les corporations qui ont créé les Gehirner et les processus qui maintiennent leurs capacités cognitives : tout est pensé, structuré, et présenté d’une manière qui semble à la fois étrange et parfaitement logique. C’est un équilibre précaire entre l’humain et l’animal, entre l’utopie de surface et le chaos souterrain.

C’est exactement cette tension qui fait de Green City Wars un roman noir d’anticipation aussi captivant qu’inattendu. Si vous aimez les enquêtes coriaces et les mondes construits avec une précision horlogère, vous allez adorer vous perdre dans les bas-fonds de cette cité verte.

Petite promo perso

J’ai moi aussi écrit un roman de Fantasy que j’ai présenté sur cette page.

Je vous engage à lire aussi mon explication du titre du roman et à acheter mon ebook ici. Merci !

Laisser un commentaire