Lintulinda, un prénom elfique né d’un poème de Tolkien

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Écrit par Grégory Hénique

Auteur sur mes 2 blogs depuis 2009/2010.

 

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Présentation

Vous savez, si vous avez lu la présentation de mon roman, que j’ai écrit une œuvre de Light Fantasy intitulée Lintulinda et disponible sous forme d’ebook sur Gumroad.

Mais que signifie « Lintulinda » ? C’est un mot de la langue elfique de Tolkien qui se traduit par « chant rapide » ou « celui qui chante vite ». Mon héros tire son prénom du premier vers du poème Nainië Lantimel, la Complainte de l’amour déchu, un poème qui supplie l’être aimé de chanter plutôt que de dire adieu.

L’origine elfique du prénom

Vous connaissez les talents de J.R.R. Tolkien pour les langues ? Lintulinda est un mot de la langue elfique créée par le maître, avec le souci de la « justesse phonétique » qu’on lui connaît.

Le mot possède une base lin- qui aurait pu facilement évoluer à la fois vers « chanter » et « rapide » (Q. linta). Tolkien ne cachait pas son admiration pour le finnois, et le mot finnois pour « oiseau » est lintu.

En fait, l’un de ses premiers poèmes de style quenya contient le vers « Ai lintulinda lasselanta »lintulinda peut facilement être interprété comme signifiant « chant d’oiseau ». Après tout, les oiseaux chantent et ils sont légers, rapides. On comprend facilement comment il a décidé que la racine « lin- » pouvait se diviser en « lind- » et « lint- ».

Le poème Nainië Lantimel

Le prénom de mon héros vient directement du premier vers de ce poème en langue elfique, un mélange de quenya et de sindarin. Voici le texte original et sa traduction :

Vers elfiqueTraduction française
Ai lintulinda lantimelAh, vite, chante l’amour déchu
O heni v’eleni silielÔ toi dont les yeux resplendissent parmi les étoiles
O mel vanwa a guruthankaÔ toi, mon amour disparu, emporté par les mâchoires de la mort
Mí ereb aduial lassilantaDans le crépuscule solitaire de l’automne
Si er nuvan sinomë dimDésormais, seul je serai en ce lieu obscur
Av dae, huinë ar sereg imMoi, entre ombre, nuit profonde et sang
I neldor vana av telp’ lassiLes beaux bouleaux aux feuilles d’argent
Si ù-nórë na si nín mei raugiNul n’est mien désormais, sinon les démons
Entulë a ní, ù-quetë namariëReviens vers moi, ne me dis pas adieu
Sethë hin almar, prenë mien quarëEssuie ces larmes et prends ma main
Chebë met vansela coi ar gurthReste avec moi, dans la vie et dans la mort
Ne i cal ke cira lumbulëathSois la lumière qui fend les ténèbres
Ai lintulinda lantimelAh, vite, chante l’amour déchu
Av sorgiendë heni tirielSous les yeux affligés qui veillent

Les pépites de traduction

Ce poème contient des trésors pour les connaisseurs de Tolkien :

  • namarië = l’adieu de Galadriel
  • raugi = la racine de Balrog
  • tiriel = la racine de Tirion

Le compositeur était francophone et ça s’entend

Mon détail préféré dans ce poème : il contient des mots français déguisés en quenya.

  • Almar pour « larmes »
  • prenë pour « prends »
  • mien pour… « mien »

Un anglophone n’aurait jamais écrit ça. Cette trace d’un humain qui triche gentiment avec la grammaire de Tolkien pour aller plus vite, c’est exactement ce qu’aucune machine ne reproduirait spontanément. Et c’est pour ça que ce poème, même grammaticalement bancal, m’a semblé vivant dès la première lecture.

La complainte parle d’un amour disparu, emporté par les mâchoires de la mort

Le poète supplie l’être aimé de ne pas prononcer le namarië, cet adieu elfique rendu célèbre par Galadriel dans Le Seigneur des Anneaux. Il demande qu’on chante plutôt que de se taire. Qu’on transforme la douleur en musique.

Dans mon histoire, Lintulinda vit exactement cette tension. Abandonné à quatre mois, il ne connaît pas ses parents. Il ignore qu’il est le fils de Rex Tyran, le tyran qui règne sur la Terre depuis des décennies. Il grandit sans amour familial, élevé par des nourrices dans un village clos, sans jamais voir son père ni sa mère.

Quand il s’enfuit à 13 ans, il emporte avec lui cette blessure originelle. Le romantisme devient sa façon de chanter plutôt que de se taire. De créer des liens plutôt que de subir l’abandon.

« Je me rappelle cette famille de riches propriétaires… Le fils du maître de maison avait fait un enfant à la servante, laquelle se rendait compte qu’elle serait expulsée si par malheur la nouvelle se répandait. » (extrait de la première version du roman non parue à ce jour, Le Méchant gagne à la fin).

Cette scène que j’ai écrite au chapitre 2 montre un enfant rejeté avant même sa naissance. La servante essaie de provoquer une fausse couche, puis accouche seule dans la nuit et enterre le nouveau-né. Lintulinda assiste à tout ça, caché derrière les arbres. C’est une révélation pour lui. Il comprend que le monde rejette ce qu’il ne comprend pas. Que la différence est perçue comme une menace. Lui-même est différent, porteur d’une magie que personne ne maîtrise.

Le poème Nainië Lantimel devient plus qu’une source d’inspiration. C’est un miroir. Le poète qui supplie qu’on chante plutôt que de dire adieu, c’est Lintulinda qui refuse de se laisser définir par l’abandon. C’est le romantisme qui refuse de se laisser écraser par la raison froide des magiciens. C’est la vie qui insiste pour créer même quand tout pousse à détruire.

  • Le chant rapide contre l’oubli.
  • La lumière qui fend les ténèbres.

Pourquoi mon héros s’appelle Lintulinda

Lintulinda : comme on vient de le voir, le prénom vient du premier vers du poème, celui qui revient en refrain : Ai lintulinda lantimel, « Ah, vite, chante l’amour déchu ».

Lintu renvoie à linta, « rapide » en quenya, et linda est le verbe chanter, la même racine que l’Ainulindalë, la Musique des Ainur, ce chant primordial par lequel le monde naît chez Tolkien.

Littéralement, « celui qui chante vite » ou « le chant rapide ». Mais ce qui m’a convaincu, c’est la place de ce mot dans la complainte. Le poème déroule l’ombre, la nuit profonde, le sang, les démons, la mort qui referme ses mâchoires, et face à tout ça le poète ne demande qu’une chose à l’être aimé qui s’en va : ne me dis pas adieu, chante.

Et c’est une identité qui pèse sur les épaules d’un nourrisson abandonné dans un monde hostile. Le personnage principal ignore tout de ses origines, mais porte en lui cette musicalité du chant rapide qui va définir son destin. Quand il rencontre pour la première fois les 5 magiciens qui veulent l’éliminer, il ne sait pas encore que son pouvoir romantique va bouleverser l’équilibre du monde.

Le romantisme chez Tolkien n’est pas un sentiment mièvre

C’est une force primordiale capable de créer et de détruire. L’Ainulindalë, la Musique des Ainur, est l’acte de création lui-même.

Les Valar chantent le monde avant qu’il n’existe. Mon héros hérite de cette tradition. Sa magie ne fonctionne pas comme les sorts classiques des magiciens noirs ou des nécromanciens. Elle matérialise directement ses émotions.

  • Quand il a peur, le danger devient réel.
  • Quand il aime, l’amour prend forme physique autour de lui.

« Les romantiques ne sont jamais plus dangereux que durant leur enfance. À cet âge, les émotions ne sont pas contrôlées par la raison. » (extrait de la première version du roman non parue à ce jour, Le Méchant gagne à la fin)

Cette phrase que j’ai placée dans la bouche de mon personnage résume tout le paradoxe du prénom. Chanter vite, c’est agir avant de réfléchir. C’est laisser l’émotion dicter la réalité plutôt que la raison.

Les cinq magiciens qui le pourchassent (Rex Tyran qui manipule le temps, Androgyne qui prodigue l’amour, Sans-Nom qui transforme les morts en morts-vivants, Macabre qui métamorphose les hommes en animaux, et Shiv-Seha qui possède un pouvoir de lévitation) représentent tous des formes de contrôle sur autrui. Le romantisme de Lintulinda échappe à ce contrôle parce qu’il est imprévisible, viscéral, impossible à rationnaliser.

Le choix de ce prénom n’était donc pas anodin

Il fallait que mon héros porte dans son nom même la promesse de ce qu’il allait devenir. Un chant rapide qui traverse les métamorphoses. Et il y en aura, des métamorphoses.

Chaque transformation est une note différente dans cette mélodie qui refuse de se laisser enfermer dans une tonalité.

Les métamorphoses de Lintulinda

Piranha dans l’océan, homme-lézard au Congo

À 4 mois, il est déjà un piranha dans l’océan, dévorant sans le savoir la magicienne Shiv-Seha qui l’avait trahi.

Quatre années sous l’eau, guidé par l’instinct pur, sans conscience de son passé ni de son avenir. Le chant rapide devient survie pure, prédateur solitaire dans l’immensité marine.

Puis vient la forêt équatoriale du Congo, où il se transforme en homme-lézard. Cette mue n’est pas un choix mais une nécessité biologique. Son corps doit changer pour survivre dans cet environnement hostile. Là encore, le romantisme s’exprime malgré lui. Il ne contrôle pas sa transformation, il la subit. Cette métamorphose lui permet de rencontrer les Kentari, ce peuple d’hommes-chèvres qui vont devenir ses alliés contre Macabre le magicien noir.

La trahison d’Androgyne et la métamorphose la plus douloureuse

La trahison amoureuse avec Androgyne, la magicienne de l’amour, le transforme en femme. C’est peut-être la métamorphose la plus douloureuse parce qu’elle touche à l’identité même.

Il ne s’agit plus seulement de changer de corps pour survivre, mais de perdre ce qu’il croyait être. Le romantisme devient alors une malédiction autant qu’un don. Il matérialise ses émotions mais ces émotions le trahissent.

Sous forme de spectre, il prend l’apparence du premier être vivant qu’il touche. Par inadvertance, il devient un arbre. Deux années passent, et sous l’effet du romantisme, cet arbre devient gigantesque. Les magiciens doivent utiliser des colonies de termites pour l’éliminer.

Même végétal, le romantisme de Lintulinda refuse de se laisser contenir. Il pousse, il envahit, il déborde.

Et la fin alors ?

Je ne vous spoile rien. Le titre de la première version du manuscrit, Le Méchant gagne à la fin, vous met déjà sur la piste, et le prénom du héros suggère le reste : un chant rapide ne s’arrête pas au dernier accord.

Si vous voulez savoir ce qui arrive quand le romantisme et le contrôle du monde entrent en collision, l’ebook vous attend sur Gumroad.

Chanter au lieu de prononcer le namarië. Voilà ce que porte mon héros dans son prénom : le romantisme reste la dernière lumière d’humanité, une chose que même l’intelligence artificielle ne pourra jamais nous voler.

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