La chanson de Souchon « Rien ne vaut la vie » est à la fois populaire et philosophique. Son texte accroche avec des images qui parlent immédiatement. Alain Souchon est capable de parler à tout le monde avec des images simples & bouleversantes. Mais cette chanson a encore un « plus ». Elle touche. Elle marque par la vérité et l’éclairage qu’elle apporte au monde.
Magistral.
Paroles de la chanson « Rien ne vaut la vie »
Couplet 1
Il a tourné sa vie dans tous les sens
Pour savoir si ça avait un sens
L’existence
Il a demandé leur avis
À un tas de gens ravis
Ravis de donner leur avis
Sur la vie
Couplet 2
Il a traversé les faveurs des derviches tourneurs
Des hachichs fumeurs
Et il a dit
Refrain
La vie ne vaut rien, rien, la vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens, mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie.
Couplet 3
Il a vu l’espace qui passe entre la jet set
Les fastes des palaces
Et les techniciens de surface
D’autres espèrent dans les clochers, les monastères
Voir le vieux sergent pépère mais ce n’est que Richard Gere
Couplet 4
Il est entré comme un insecte
Sur site internet
Voir les gens des sectes
Et il a dit
Refrain
La vie ne vaut rien, rien, la vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens, mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie.
Couplet 5
Il a vu le manque d’amour
Manque d’argent
Comme la vie c’est détergeant
Et comme ça nettoie les gens
Il a joué jeux interdit pour des amis endormis, la nostalgie
Et il a dit
Refrain final
La vie ne vaut rien, rien, la vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens, mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie.
Une écriture faussement naïve
Souchon utilise des mots simples, des tournures quotidiennes et presque enfantines :
« La vie ne vaut rien / Mais rien ne vaut la vie »
Cette apparente simplicité cache une profondeur philosophique : l’absurdité et la beauté de l’existence sont exprimées dans une formule circulaire qui reste en tête.
Un mélange de gravité et de légèreté
Le texte évoque des thèmes graves :
- sens de la vie
- manque d’amour
- argent
- solitude
…mais toujours avec une distance tendre et un humour discret. Cela évite toute lourdeur et touche le cœur.
Une mosaïque d’images sociales
Souchon dresse un tableau de la société :
- les derviches de Chypre
- la jet set et les palaces
- les techniciens de surface
- les internautes
Il met sur le même plan les puissants et les anonymes, montrant que tous cherchent un sens à leur vie. Cette juxtaposition rend le texte universel.
Un refrain inoubliable
La bascule entre les deux phrases :
- « La vie ne vaut rien » (désespoir)
- « Mais rien ne vaut la vie » (espérance)
Cette formule est un aphorisme parfait, une contradiction apparente qui, en réalité, éclaire le paradoxe de la condition humaine.
Une sincérité désarmante
Plutôt que d’apporter une réponse philosophique définitive, Souchon montre les tâtonnements, les errances, les avis contradictoires. C’est cette fragilité et ce doute qui rendent le texte vrai.
Le texte est strophique (couplets + refrain répété). La prosodie est libre : pas de mètre fixe, pas d’alexandrin régulier. La cohésion tient par la répétition, les anaphores (« Il a… »), les refrains et les ressemblances vocaliques (assonances nasales et en /i/).
Alain Souchon choisit la parole parlée mise en musique
Cette rupture entre la phrase orale et une construction poétique rend le texte proche du récit ou du conte chanté.
Schéma des rimes (par strophe)
Je note ici la terminaison sonore de chaque vers pour montrer leurs récurrences.
Couplet 1
…tous les sens — A
…un sens — A (répétition identique)
L’existence — A
…leur avis — C
…gens ravis — C (rime exacte avec “avis”)
…donner leur avis — C (répétition)
Sur la vie — C
La série « avis / ravis / avis » crée une mini-rime interne très marquée ; « vie » joue le rôle d’un pivot vocal.
Couplet 2
…des derviches tourneurs — E
Des hachichs fumeurs — E (assonance/consonance « -eurs »)
Et il a dit — F
=> E E F : répétition sonore puis rupture avec « dit ».
Refrain
La vie ne vaut rien, rien, la vie ne vaut rien — G (rien : nasal)
Mais moi quand je tiens, tiens, mais moi quand je tiens — G (tiens : nasal)
Là dans mes deux mains éblouies, — H (→ terminaison en /i/)
Les deux jolis petits seins de mon amie, — H (→ /i/)
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie. — retour sur vie → H
Le refrain s’appuie sur la duplication et la contre-phrase : d’abord le nihilisme (« la vie ne vaut rien »), puis la bascule sensuelle qui transforme l’idée. Phoniquement, le refrain travaille deux pôles : le nasal /ɛ̃/ (rien / tiens / mains → effet de rondeur) et la voyelle /i/ (éblouies / amie / vie → effet d’éclat).
Couplet 3
…entre la jet set
Les fastes des palaces
Et les techniciens de surface
D’autres espèrent dans les clochers, les monastères
Voir le vieux sergent pépère mais ce n’est que Richard Gere
Couplet 4
Il est entré comme un insecte
Sur site internet
Voir les gens des sectes (sectes / insecte -> écho)
Et il a dit (retour de « dit »)
Couplet 5
Il a vu le manque d’amour
Manque d’argent
Comme la vie c’est détergeant (rappel nasal /ɑ̃/ proche d’argent)
Et comme ça nettoie les gens (nasal /ɑ̃/)
Il a joué jeux interdit pour des amis endormis, la nostalgie (→ assonance en /i/ avec le refrain)
La nasalité (argent / détergent / gens) fait fonctionner la strophe comme un seul champ sonore ; la fin renvoie au champ en /i/ du refrain (nostalgie / amie / vie).
On retrouve plusieurs figures et procédés sonores
Rimes identiques / répétitions lexicales
- « sens / sens »
- « avis / ravis / avis »
Assonances en /i/
vie, amie, éblouies, nostalgie, amis.
Ce champ vocal relie les refrains et les passages émotionnels.
- Assonances nasales
- Rimes approximatives / consonances : palaces / surface, insecte / sectes, Souchon joue sur l’écho sonore sans viser la rime riche.
- Allitérations : « Il a tourné sa vie dans tous les sens » (t, s) ; « deux jolis petits » (j/p)
- Anaphores : « Il a… » en tête de plusieurs vers ; effet de catalogue, de parcours.
- Réduplication (anadiplose partielle) : « rien, rien » ; « tiens, tiens » : martèlement rythmique immédiatement chantable.
Structure rythmique
Pas de mètre fixe : la langue se plie à la mélodie plutôt qu’à un mètre classique. Les lignes sont courtes, les césures naturelles comme une respiration : on est sur un discours oral qui crée une facilité d’adaptation mélodique.
Enjambements et ruptures de phrase
« Pour savoir si ça avait un sens / L’existence »
Antithèse / chiasme : « La vie ne vaut rien » / « rien ne vaut la vie » est un aphorisme double qui capte le paradoxe humain.
Le vers sur les seins de l’amie transforme la négation en raison de vivre : la chair crée la valeur.
Catalogue social
Juxtaposition jet set / palaces / techniciens / sectes / monastères… Ce tableau panoramique rend la quête d’existence universelle.
L’humour est ironique : glisser « Richard Gere » dans le surréalisme de la quête religieuse casse la solennité.
Au final, Alain Souchon refuse la rime serrée pour privilégier une parole chantée faite d’énumérations, d’échos vocaux et de refrains qui reviennent comme des certitudes contradictoires.
Le dispositif musical (répétitions, assonances en /i/ et nasales, ruptures) installe le paradoxe central : l’homme qui trouve la vie dénuée de sens mais qui, au contact sensible de l’autre, proclame que rien ne vaut la vie.
