Le pari du Tesla Cybercab face au mur de la loi

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Écrit par Grégory Hénique

Auteur sur mes 2 blogs depuis 2009/2010.

 

L'écriture est ma passion mais l'optimisation SEO / IA fut un passage obligé pour gagner ma visibilité.

 

Présentation

Il y a un an, j’ai lancé un pari public. Tesla dévoilait le Cybercab, véhicule doré à deux places, portes papillon, sans volant, sans pédales, sans port de charge. Un robotaxi pensé pour rejoindre une flotte, se conduire seul, transporter des passagers et générer des revenus pour son propriétaire. Source : tesla.com

Le pari du Cybercab, un an après

DGEDL

L’idée me plaisait sur le papier. J’ai déjà pris des Waymo.

Un trajet sans conducteur n’a rien d’inquiétant quand le système est bien réglé. Mais ce soir-là, Elon Musk est monté sur scène avec une annonce : « Nous allons sortir ce véhicule à 30 000 dollars avant 2027.»

Ma réponse a fusé : s’ils y parviennent, je me rase la tête devant la caméra. Le pari est simple. Ce robotaxi doré ne sera pas livré à des clients ordinaires pour 30 000 dollars avant la fin de l’année.

Ce qui se joue dépasse une histoire de cheveux. C’est un test de la capacité de Tesla à transformer une vision en produit réel, accessible et homologué. Pour l’instant, les faits me donnent raison.

Dès que quelqu’un aperçoit un Cybercab en public, les montages générés par IA me représentent chauve. Ça amuse beaucoup de monde.

Je maintiens que le concept est séduisant. Je parie contre le calendrier.

Tesla accumule les retards depuis des années.

Tesla n’a jamais brillé par sa ponctualité. Le constructeur promet, puis repousse, parfois de plusieurs années. Le Cybercab n’échappe pas à cette logique. Les premiers éléments concrets confirment mes doutes.

Un an après l’annonce, la question ne se résume pas à la technologie. Le vrai sujet, en France comme en Europe, c’est la lenteur des cadres réglementaires face à l’accélération de Tesla.

Les textes européens sur la conduite automatisée (le règlement UNECE R157 pour le niveau 3, par exemple) n’ont pas prévu un véhicule sans volant ni pédales. Le Cybercab n’entre dans aucune case existante.

Et quand un objet n’entre dans aucune case, les administrations ne savent pas quoi en faire. Voilà pourquoi vous ne verrez pas ce robotaxi circuler à Paris en 2026. Source : mondial.paris

Un ovni juridique pour les assureurs français

L’assurance est un autre chantier que Tesla a sous-estimé. En Europe, chaque véhicule doit avoir un conducteur identifiable, donc un responsable désigné en cas d’accident.

Avec le Cybercab, qui est responsable

  • Le passager ?
  • L’opérateur de flotte ?
  • Le constructeur ?

Les assureurs français n’ont pas commencé à rédiger des polices pour ce type d’engin

On les comprend. Aux États-Unis, Tesla avance sur un modèle d’auto-assurance maison, inapplicable en l’état dans l’Hexagone. Le Code des assurances impose des garanties précises et un fonds de garantie obligatoire. Le Cybercab est un ovni juridique.

Le Cybercab est annoncé sans volant ni pédales, mais est-ce seulement légal de circuler avec un tel véhicule ?

C’est tout l’enjeu du pari de Tesla. L’absence de commandes manuelles est censée prouver la confiance du constructeur dans son système. Mais cela pose un problème de conformité avec les réglementations routières actuelles. Pour l’instant, rien ne garantit qu’un tel véhicule soit autorisé à rouler partout sans adaptation de la loi.

Quel calendrier pour la France ?

Quant au calendrier, soyons lucides. Même si Tesla obtenait une homologation européenne (au minimum deux à 3 ans), les tests sur route ouverte en France exigeraient des dérogations préfectorales, des accords avec les collectivités locales, et probablement une phase pilote dans des zones délimitées.

Elon Musk promet 2026 ou 2027 pour une mise en service aux États-Unis

Pour la France, ajoutez 18 à 24 mois de procédures supplémentaires, et vous arrivez à 2029 au plus tôt.

Ce n’est pas du pessimisme, c’est de l’arithmétique réglementaire. Source : teslant.com

ÉtapeDélai estimé
Homologation européenne2 à 3 ans minimum
Dérogations préfectorales et accords locaux6 à 12 mois
Phase pilote en zones délimitées12 à 18 mois
Mise en service commerciale en France2029 au plus tôt

Le pari tient donc toujours. Pas parce que la technologie est mauvaise, mais parce que le monde réel impose des contraintes que même Elon Musk ne peut pas accélérer d’un claquement de doigts.

L’événement robotaxi de septembre 2026

DGEDL

Tesla a confirmé un événement robotaxi le 3 septembre à Austin, au Texas. La liste des invités tenait sur un timbre-poste.

Aucun journaliste accrédité, uniquement des créateurs de contenu triés sur le volet. Consigne claire : si vous veniez accompagné, votre invité ne pouvait pas être un autre influenceur Tesla.

tesla cybercab sur la route

2 ans plus tôt, la présentation du Cybercab à Hollywood ressemblait à un blockbuster. Celle-ci avait des airs de réunion de famille. Un signal d’alarme. On ne verrouille pas un événement quand on a une bonne nouvelle à annoncer.

La veille, les rues d’Austin grouillaient de robotaxis. Pas des prototypes sous des bâches : des dizaines de véhicules dorés circulaient dans cette zone géolimitée.

Tesla a accéléré la production. Les exemplaires exposés portaient deux modifications : une lumière LED colorée à l’avant pour identifier votre véhicule parmi la flotte, et un écran intérieur qui s’illumine de la même teinte.

Pratique quand dix Cybercabs identiques patientent au même point de ramassage.

Tesla n’a pas touché aux portes papillon. Elles s’ouvrent largement, montent vers l’extérieur, et empiètent sur la circulation. Le trafic doit s’arrêter quand une porte se déploie. Comment ce design passerait dans une rue étroite à New York, ou dans une ruelle parisienne un soir de pluie ?

L’événement était diffusé en direct. L’annonce principale tenait en une phrase : le Cybercab rejoint le service de robotaxi dans les zones géolimitées où il opère déjà.

C’est tout. Pas de date pour la vente aux particuliers, pas de prix confirmé, pas de nouveau marché. Juste une intégration au service existant.

Mes cheveux sont en sécurité pour l’instant, si vous voyez ce que je veux dire. Cette annonce constitue une étape, mais elle reste loin de la promesse initiale. Rappelez-vous : Elon Musk évoquait un véhicule à moins de 30 000 dollars, disponible avant 2027.

Le 3 septembre, on a vu l’ajout d’un robotaxi à deux places au service public déjà exploité à Austin. Une avancée, oui. Une livraison à des clients particuliers, non.

Un lancement bien plus discret que prévu

Près de 2 ans après la présentation de 2024, le Cybercab a commencé à prendre des passagers à Austin cette semaine-là. Pas de grand show retransmis en mondovision, pas de nouvelle promesse fracassante.

Quelques dizaines de voitures dorées, un service qui démarre à petite échelle, et une communication minimale. Le contraste avec les déclarations de Musk est saisissant. Source : teslahubs.com

Ashok Elluswamy, le patron de l’IA chez Tesla, a lâché un chiffre pendant l’événement

La flotte Robotaxi, essentiellement composée de Model Y, venait de franchir le million de miles parcourus en autonomie totale. Cela représente environ 1,6 million de kilomètres sans intervention humaine.

Le chiffre a doublé en 6 semaines. Impressionnant sur le papier, jusqu’à ce qu’on se souvienne que Tesla n’a commencé à faire rouler des voitures sans surveillance humaine qu’en début d’année.

Le mode d’emploi passager du Cybercab réserve aussi des surprises inconnues avant cette mise à jour. Et certaines restrictions en disent long sur la maturité du système.

Des restrictions qui en disent long

L’application et le site du robotaxi ont été mis à jour pour intégrer le Cybercab, avec un manuel d’utilisation dédié. Le service est interdit aux moins de 13 ans. Une restriction qui paraît anodine, mais qui révèle l’état d’esprit de Tesla : on est loin d’un taxi autonome universel, accessible à tous sans condition.

Le constructeur avance prudemment, bien plus prudemment que ses annonces ne le laissaient croire.

La stratégie technique adoptée par Tesla est un pari en soi

  • Waymo mise sur une combinaison de LiDAR, de radars et de caméras.
  • Le Cybercab repose uniquement sur des caméras et une architecture simplifiée.

C’est plus économique à produire, mais cela déplace toute la difficulté vers le logiciel.

Le vrai test commence maintenant :

  • prouver que cette approche peut rouler sans supervision
  • dans des conditions réelles
  • avec un niveau de sécurité irréprochable.

Et c’est là que le bât blesse. Tesla promet depuis des années des robotaxis pleinement autonomes, mais son système reste limité et a connu plusieurs incidents.

Le constructeur joue gros. Le Cybercab est censé démontrer ses capacités en IA et en conduite autonome.

voiture waymo
Voiture Waymo

Un échec public à Austin aurait des conséquences au-delà du Texas.

Pourquoi voit-on des Cybercab avec un volant alors qu’ils sont censés en être dépourvus ?

Les modèles aperçus en circulation avec un volant suggèrent que Tesla n’est pas prêt à assumer la pleine responsabilité juridique en cas d’accident. Garder les commandes manuelles est un aveu implicite que le système n’atteint pas le niveau de fiabilité suffisant pour s’en passer. C’est un indicateur que la technologie n’est pas au point par rapport aux promesses initiales.

Ajoutez les délais d’homologation, les dérogations préfectorales et les phases pilotes obligatoires : personne ne verra ce robotaxi circuler à Paris en 2026. Ni en 2027. Comptez plutôt deux ans de plus.

L’événement du 3 septembre marque une étape. Mais entre une démonstration à Austin et une révolution des transports en Europe, il y a un fossé que même les portes papillon du Cybercab ne franchiront pas.

Quand on gratte sous le vernis des promesses, le Cybercab reste un pari industriel d’une cohérence redoutable. Pas parce que la technologie est prête, mais parce que Tesla a structuré le projet pour attaquer chaque verrou dans un ordre précis. Cet ordre a une logique implacable.

Le premier verrou, c’est la conduite entièrement autonome. Musk l’a répété lors de l’événement robotaxi d’Austin : résoudre le FSD sans supervision représente le plus gros défi technique de l’histoire de Tesla.

Des centaines d’ingénieurs travaillent là-dessus depuis des années, avec des avancées mesurables. Mais personne ne peut dire aujourd’hui que le problème est réglé à 100 %.

C’est un chantier colossal.

Le deuxième verrou découle du premier. Une fois la conduite autonome maîtrisée, il faut convaincre les législateurs d’autoriser un véhicule sans volant ni pédales sur la voie publique. Le raisonnement de Tesla est limpide : si la machine conduit mieux que l’humain, le volant devient un accessoire inutile, voire dangereux. Reste à transformer cette conviction en texte de loi, ce qui n’a rien d’une formalité.

Le casse-tête des rétroviseurs, ou pourquoi la réglementation freine

Pour comprendre l’ampleur du défi réglementaire, il suffit de regarder un détail anodin : les rétroviseurs latéraux. Chaque salon automobile expose des voitures concept sans rétroviseurs. Des caméras remplacent les miroirs, l’aérodynamique s’améliore, le design s’affine. Et quand le modèle de série sort d’usine, les rétroviseurs sont revenus, vissés sur les portières.

Pourquoi

Parce que la réglementation américaine les impose sur les véhicules vendus aux particuliers.

Certains pays européens et asiatiques acceptent les caméras, mais c’est l’exception. Si retirer deux miroirs demande des années de lobbying, imaginez ce qu’il faut pour retirer un volant, des pédales, et l’ensemble des commandes physiques.

Le Cybercab ne se contente pas de supprimer un équipement

Il supprime la notion même de conducteur.

En Californie, le CPUC (California Public Utilities Commission) n’a accordé qu’une autorisation limitée pour les tests commerciaux. Chaque État américain applique ses propres règles, et la NHTSA, l’autorité fédérale de sécurité routière, surveille le dossier.

L’usine texane afficherait une capacité de production de 125 000 Cybercab par an. Produire n’est pas vendre, et vendre n’est pas homologuer.

Source : lesnumeriques.com

Si supprimer les rétroviseurs est difficile, imaginez supprimer toutes les commandes. Cela prendra de nombreuses années avant de livrer aux États-Unis une voiture sans volant.

Le prix, un défi plus accessible qu’il n’y paraît

Le troisième verrou, c’est le prix. Tesla vise 30 000 dollars ou moins, un positionnement agressif pour un véhicule sans conducteur.

Sur le papier, l’équation tient

La Model 3 la moins chère se négocie autour de 35 000 dollars.

Le Cybercab est plus petit, plus simple, avec une batterie moins volumineuse. Les coûts de production devraient baisser.

Comparé aux deux premiers obstacles, celui-ci paraît facile

Réduire le coût d’un véhicule, c’est un problème d’ingénierie classique, que Tesla maîtrise depuis la Model S. Convaincre un État de modifier son code de la route, c’est un problème politique, plus imprévisible.

Le calendrier, ou l’art de repousser les échéances

Musk a annoncé une mise en service aux États-Unis pour 2026 ou 2027. Le règlement UNECE R157, qui encadre le niveau 3 d’autonomie, part du principe qu’un conducteur reste présent et capable de reprendre la main. Le Cybercab, dans sa conception actuelle, n’entre dans aucune case existante.

Le Cybercab est à part, ce pari intéressant peut heurter le concensus

Tesla ne se contente pas de lancer un produit. L’entreprise force une conversation que l’industrie automobile évite depuis 20 ans : à quoi ressemble une voiture quand personne ne la conduit plus ?

Pour la France, le calendrier se compte en années supplémentaires.

Ce qui fait tenir le pari malgré tout

Je reste confiant pour la suite de l’année, même si la série d’étapes à franchir est difficile. Le plus gros problème reste la conduite entièrement autonome, avec des avis divergents sur le taux d’échec acceptable et les conditions de fonctionnement. Des équipes travaillent dessus depuis des années, avec des progrès réels mais une certitude encore lointaine.

elon musk cybercab

Le succès du Cybercab est central dans la stratégie de Tesla

C’est le véhicule qui doit transformer le constructeur automobile en opérateur de mobilité, avec une flotte de robotaxis générant des revenus récurrents. Le pari est énorme, mais l’alignement des intérêts est clair : Tesla a besoin que le Cybercab fonctionne, et il y met les moyens.

Musk, de son côté, se montre optimiste, comme toujours. Il a même prédit que je serais bientôt chauve. Il reste 3 mois pour me prouver que j’ai tort. Pour l’instant, personne n’a la réponse.

ObstacleNature du défiHorizon estimé
Conduite autonome sans supervisionTechnique, le plus complexe2026-2027 selon Tesla
Homologation sans volant ni pédalesRéglementaire, États-Unis et Europe2 à 3 ans minimum
Prix de vente sous 30 000 dollarsIndustriel, le plus accessibleAtteignable selon les coûts actuels
Responsabilité et assuranceJuridique, aucun cadre existantNon défini en Europe

Ce qui rend le pari crédible, ce n’est pas la certitude du succès

C’est la méthode.

Tesla avance sur trois fronts en parallèle, accepte que le calendrier glisse, et concentre ses efforts là où la valeur est la plus forte. Le Cybercab ne sera peut-être pas là en 2027.

Mais chaque obstacle identifié est un obstacle sur lequel des équipes travaillent déjà. C’est comme ça qu’on résout un problème complexe : en le découpant en morceaux assez petits pour être attaqués un par un.

Le prix de 30 000 dollars est-il réaliste pour le Cybercab ?

Oui, sur le plan industriel. Le Cybercab est plus petit qu’une Model 3, avec une batterie moins volumineuse et une conception simplifiée. Si la Model 3 d’entrée de gamme coûte environ 35 000 dollars, descendre sous les 30 000 est un défi d’ingénierie classique, moins complexe que les obstacles réglementaires.

Le pari tient parce que Tesla l’a calibré pour durer. Pas parce que tout est prêt.

Le Cybercab face au droit français

Peut-on vraiment lancer un robotaxi sans conducteur en France en 2027 ?

Non. La loi française exige un conducteur responsable à bord pour tout véhicule circulant sur voie publique.

La convention de Vienne de 1968 (que la France applique strictement) bloque toute délégation totale de conduite. Tesla devra obtenir une dérogation expérimentale, comme pour les navettes autonomes, et chaque département pourra la refuser.

Votre Cybercab parisien, ce n’est pas pour demain.

DGEDL

Ce que disent les forums

Vous avez peut-être vu passer les images du premier Cybercab qui sort des chaînes de production. L’info a été saluée comme une étape majeure par Tesla. Mais si vous la remettez dans le contexte des chiffres de ventes européens du constructeur, le tableau devient plus nuancé.

Sur les premiers mois de l’année, les immatriculations ont chuté de 55 % au Royaume-Uni, 58 % en Espagne, 59 % en Allemagne, 81 % aux Pays-Bas et 93 % en Norvège. Le robotaxi arrive donc dans un moment où la marque perd du terrain sur son cœur de métier, l’automobile électrique grand public.

Le revers le plus spectaculaire ne vient pas des usines mais de la rue. Dès le premier jour d’essai du Cybercab dans la seule ville où il circule en mode pilote, un véhicule a paniqué et s’est engagé dans la circulation en sens inverse. Quelques unités seulement sont déployées, ce qui rend l’incident encore plus gênant.

Quand on teste une flotte minuscule et qu’un des véhicules fait une erreur aussi basique, vous pouvez vous demander où en est la conduite autonome de Tesla.

À côté de ça, l’annonce d’une usine géante de puces sur mesure, baptisée Terafab, a fait lever quelques sourcils. Le projet promet des volumes de production colossaux pour alimenter le logiciel FSD, le programme Cybercab et la gamme de robots Optimus.

Les trois reposent en grande partie sur des promesses qui n’existent pas encore à l’échelle annoncée. FSD est vendu depuis plus d’une décennie sans tenir ses engagements.

Le Cybercab n’existe qu’en test très limité. Quant à Optimus, les démonstrations publiques ont surtout été téléguidées par des humains.

Certains observateurs y voient une économie de l’ambiance plutôt qu’une économie de la réalité matérielle. On investit dans un récit, pas dans un produit vérifiable.

Si la régulation des délits financiers était plus mordante, Musk aurait probablement des comptes à rendre pour des années de promesses non tenues, avancent les plus critiques. Et l’argent continue d’affluer.

C’est un signal : le marché semble prêt à financer une vision, même quand les faits sur le terrain racontent une autre histoire.

  • Ventes européennes en chute libre sur les cinq principaux marchés, avec des baisses comprises entre 55 et 93 %.
  • Incident de circulation grave dès le premier jour d’essai du Cybercab, sur une flotte de quelques véhicules.
  • Annonce d’usine de puces aux volumes démesurés pour des produits qui restent largement à l’état de promesse.
  • Critiques récurrentes sur l’absence de sanctions contre des promesses commerciales répétées depuis plus de 10 ans.

Le parallèle avec Google Glass

Un précédent me trotte dans la tête depuis l’annonce du Cybercab. Un objet technologique présenté comme un produit fini, applaudi par une poignée de convaincus, moqué par le reste du monde, puis rangé au placard avant de revenir 10 ans plus tard. Ce précédent, c’est Google Glass.

En 2013, Google dévoile ses lunettes connectées avec une mise en scène spectaculaire. Des parachutistes sautent d’un avion, retransmettent leur descente en direct, atterrissent sur le toit du Moscone Center à San Francisco.

L’effet est saisissant. Sauf que personne n’était prêt pour un ordinateur posé sur le nez.

  • Pas les régulateurs
  • pas les assurances
  • pas les utilisateurs
  • pas le grand public

Les Google Glass ont été interdites dans certains bars, restaurants et cinémas aux États-Unis. La caméra intégrée mettait les gens mal à l’aise. Des établissements ont affiché des panneaux « No Glass » à l’entrée.

google glass

Les premiers acheteurs, ceux qui avaient déboursé 1 500 dollars pour le modèle Explorer, sont devenus des ambassadeurs officieux. Ils portaient leurs lunettes partout, filmaient tout, répondaient aux questions. La presse leur a trouvé un surnom : les « Glassholes ». Le mot dit tout de la fracture entre l’enthousiasme des early adopters et l’hostilité du reste de la société.

Pourtant, il y avait une intuition derrière ce produit. Dès 2015, on sentait que l’idée d’un affichage tête haute connecté avait un avenir. Personne ne savait sous quelle forme, mais l’idée était là.

Avance rapide jusqu’en 2026. Meta, Apple, Samsung, Google à nouveau, toutes les grandes entreprises technologiques fabriquent des lunettes connectées ou s’apprêtent à le faire.

Le marché existe. Les composants sont miniaturisés, les batteries tiennent la journée, les usages se sont clarifiés.

Google Glass n’était pas une erreur. C’était une annonce faite 10 ans trop tôt, avec une technologie incapable de tenir ses promesses à l’époque.

Le Cybercab suit la même trajectoire. C’est ce qui me rend prudent sur le calendrier annoncé par Elon Musk. Un véhicule sans volant ni pédales finira par s’imposer. La question n’est pas de savoir si ça arrivera, mais quand, et dans quel cadre réglementaire.

Le parallèle avec Google Glass devient limpide. Google a annoncé un produit grand public avant que la société ne soit prête à l’accepter.

Tesla annonce un robotaxi avant que les cadres juridiques ne soient prêts à l’encadrer. Dans les deux cas, l’innovation technique précède l’innovation sociale et réglementaire.

C’est rarement la technique qui gagne cette course de vitesse.

Google Glass a été retiré du marché grand public en 2015, avant de revenir en version Enterprise pour les usines et les entrepôts. La technologie n’a pas disparu. Elle a attendu que le monde la rattrape. Le Cybercab pourrait connaître le même sort :

  • un lancement médiatique
  • une phase pilote limitée
  • puis une longue traversée du désert réglementaire avant une adoption réelle

Je ne serais pas surpris que dans 10 ans, plusieurs constructeurs prennent la conduite autonome au sérieux et annoncent à leur tour des véhicules sans volant ni pédales. Tesla aura ouvert la voie, comme Google l’a fait pour les lunettes connectées. Mais ouvrir la voie ne garantit pas d’en récolter les fruits commercialement.

Google Glass a été retiré du marché grand public en 2015, 3 ans après son lancement. Le produit est revenu en 2017 dans une version Enterprise destinée aux professionnels. La technologie n’était pas morte, mais le marché grand public n’était pas mûr.

La technologie n’est pas le problème, le calendrier si

Dans les deux cas, la technologie n’est pas fondamentalement mauvaise. Google Glass souffrait d’une autonomie ridicule, d’un prix prohibitif et d’un design qui criait « je vous filme ». Le Cybercab souffre d’un vide juridique, d’un flou assurantiel et d’une défiance du public. Ce ne sont pas des problèmes que l’ingénierie peut résoudre seule.

On arrive à 2029 au plus tôt

Et pour être franc c’est peut-être une bonne chose. Une technologie déployée trop vite, sans garde-fous, finit par se discréditer elle-même. Google Glass en est la preuve : le produit a été tué par son propre battage médiatique, avant d’avoir eu le temps de prouver son utilité.

Le Cybercab risque exactement la même chose

Si Tesla force le passage sans attendre que les cadres légaux soient prêts, le premier accident grave impliquant un robotaxi sans volant pourrait geler le secteur pour une décennie. La prudence n’est pas un frein à l’innovation. C’est parfois la condition de sa survie.

Les forums spécialisés dans la conduite autonome ne sont pas tendres avec Tesla. Au milieu des critiques, quelques discussions méritent qu’on s’y attarde. Notamment celles qui portent sur le comportement du Cybercab face aux imprévus.

Un taxi sans conducteur, dans une ville réelle, ne se contente pas de suivre une trajectoire. Il doit négocier avec des policiers, des ambulances, des piétons qui gesticulent. C’est là que les échanges deviennent intéressants.

L’interaction avec les forces de l’ordre

Tesla affirme que le Cybercab saura répondre aux signes manuels d’un agent. Les véhicules Waymo se rangent déjà sur le côté quand ils détectent des gyrophares. Sur le papier, tout semble réglé. Dans les discussions, beaucoup moins.

Comment le véhicule distingue-t-il un policier en civil d’un simple passant qui agite les bras

Obéira-t-il à un ordre dangereux, donné par quelqu’un qui n’a aucune autorité réelle ? Ces questions restent sans réponse technique claire.

Les humains improvisent dans ces situations. Un conducteur voit l’urgence, évalue la scène, prend une décision. La machine applique un algorithme. Si la situation ne correspond pas à son modèle, elle s’arrête ou attend.

Un pari énergétique discuté

Les chiffres avancés sur l’efficience du Cybercab alimentent aussi les débats. Un commentateur évoque un engin trois à 4 fois plus efficient qu’un robotaxi classique, pour environ un cinquième du prix. Son format deux places expliquerait cet avantage. Mais ces ordres de grandeur viennent de déclarations, pas de mesures indépendantes.

Si ces données se confirment, l’économie du transport urbain s’en trouverait bouleversée

Reste que ce petit format est aussi un pari sur la typologie des trajets. Les courses en solo ou en duo représentent une part importante du marché, c’est vrai. Mais pas la totalité.

Un autre fil de discussion revient sur un point que Tesla n’a jamais clarifié : le transfert de responsabilité. Qui assume l’accident quand il n’y a personne au volant ?

Le passager n’a aucun contrôle sur la machine. L’opérateur de flotte n’est pas dans le véhicule.

Et le constructeur ne peut pas être tenu responsable de chaque décision prise par son logiciel.

Sur les forums, personne n’a de réponse satisfaisante

Et c’est peut-être le signe le plus révélateur : même les passionnés de conduite autonome butent sur ce mur juridique.

En lisant ces échanges, ce qui frappe c’est l’écart entre la communication de Tesla et les préoccupations concrètes des utilisateurs. Tesla parle de révolution. Les forums parlent de cas limites. Et ce sont toujours les cas limites qui décident du succès ou de l’échec d’une technologie dans la vraie vie.

Quand on blogue depuis 2009, on apprend à flairer les annonces trop belles

Grégory Hénique, auteur de desgeeksetdeslettres.com

J’ai connu Google pré-Panda, pré-Penguin, pré-Helpful Content. À l’époque, on voyait défiler des promesses révolutionnaires chaque trimestre, des outils miracles censés automatiser tout le SEO.

La plupart ont fini au cimetière des bookmarks, remplacés par d’autres gadgets encore plus bruyants. Quand Tesla annonce un robotaxi sans volant ni pédales, mon réflexe de vieux webmestre se déclenche : c’est quoi le vrai calendrier derrière la keynote ?

Les annonces spectaculaires vieillissent mal quand personne ne vérifie ce qu’il reste un an après.

Grégory Hénique

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