Se libérer de l’opinion

 Article modifié dernièrement le 7 Juil 2013 @ 20 h 59 min

Vous rappelez-vous du film Apocalypse Now ?

  • Outre que ce film soit culte
  • Outre que la beauté des images n’ait d’égal que l’horreur de la situation
  • Outre qu’il soit un de ceux qui dépeignent le mieux la folie,
  • Une phrase résonne encore à mes oreilles, prononcée par le Colonel Kurtz qui n’est autre que l’acteur Marlon Brando :

« La liberté totale, c’est se libérer totalement de l’opinion des autres et même de notre propre opinion de nous-même ».

apocalypse now

Apocalypse Now

En fait, à bien y réfléchir, c’est la première fois que j’entends ce genre d’affirmation. Cette phrase est sortie comme ça, vers la fin du film, sans vraiment que je m’y attende. Ca faisait une éternité que je n’avais pas vu ce film et la version Redux m’attirait depuis longtemps… Et tout d’un coup, alors que je m’attends à entendre une morale un peu vite faite, un peu bidon, cette phrase tombe comme un couperet. Elle m’a paru non seulement vraie, mais en plus comme une solution ultime à tous mes problèmes.

  • Car après tout, si je parviens à me libérer totalement de l’opinion des autres, cela veut dire que tous les actes que je fais ne sont plus remis en cause par le jugement des autres. Cela veut dire aussi la fin des scrupules et la fin d’un frein à la libre personnalité.
  • Encore plus loin : si je parviens à me libérer de la propre opinion que j’ai de moi-même, cela veut dire que je cesse de m’en vouloir pour tout un tas de choses, que je cesse d’avoir des doutes, et là encore je me libère d’un frein important à l’action.
Jacques Brel

Jacques Brel

J’avais déjà entendu ce genre de pensée dans la bouche de Jacques Brel dans une interview qui avait été diffusée sur France Inter ou France Culture il y a bien longtemps. Ce mec était réellement un génie. Il portait une adoration à l’Action : il entendait par ce mot la liberté de vivre la vie que l’on veut, le fait d’aller de l’avant et de ne pas se laisser aller à la facilité. A tel point qu’au sommet de sa carrière, il était tellement dégoûté que chacune de ses chansons soit si facilement un tube qu’il n’a plus eu le goût de poursuivre et qu’il a préféré vaquer à d’autres quêtes.

Jacques Brel a terminé ses jours sur une île (les Marquises) ; il s’est aussi essayé à d’autres passions comme le cinéma et l’aviation. Lui, par exemple, savait se libérer de l’opinion des autres. D’aucuns diront que c’est facile de le faire quand on a les moyens. Moi je dis le contraire : c’est parce qu’il avait réussi à le faire qu’il est devenu riche.

Se libérer de toute opinion, cela veut dire quoi ?

  • Cela veut dire ne pas être susceptible et savoir ignorer la critique
  • Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, mais être assez sûr de soi-même pour garder sa décision après l’avoir prise
  • Cela veut dire ne pas regretter ses actes passés parce qu’on a fait le mieux pour prendre les bonnes décisions après analyse
  • Cela veut dire ne pas se contenter de ce que tout le monde fait, mais agir

Dans la bouche de Marlon Brando, cette phrase semblait évoquer une forme de folie. La liberté totale, après tout, n’est peut-être pas un idéal à atteindre. Mais il faut en avoir un peu pour ne pas être immobilisé dans notre marche.

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  • thibault 8 novembre 2012, 17 05

    Bonjour,

    Je suis totalement d’accord avec toi et moi aussi depuis que j’ai vu ce film, j’ai beaucoup réfléchi à la question et finalement, j’ai beaucoup progressé, autrefois je prenais trop au sérieux des actions simples.

    Mais le fait de ne pas prendre en compte l’opinion des autres ou du moins de ne pas se laisser influencer est vraiment difficile car nous somme formatés à être influencé,
    il faut passer le cap et laisser de côtés nos habitudes donc finalement un peu notre opinion ainsi seulement on devient vraiment libre, j’y suis parvenu depuis peu et c’est vraiment beaucoup mieux.

    Excellent article au fait, Bravo!

  • Nesus 9 novembre 2012, 12 12

    Salut!
    …tombé par hasard sur ton Blog, je me suis bien marré avec cet article et surtout après la référence à Brel.
    Tu aurais peut-être du consulter sa biographie : c’était un « bourge » et papa avait du pognon… il n’a jamais vraiment eu à se « casser le cul » et pouvait laisser libre cours à son « détachement ».
    Autre chose est être fils d’ouvrier ou d’employé et cultiver ce même « détachement » [ Zanshin, est l’expression japonaise qui cerne bien le concept ] car – dans ce cas – il est nécessaire d’en faire l’effort : lutter contre l’opinion des autres par le « détachement » est illusoire car cette opinion te rattrape (sauf si tu as les moyens de te « planquer » aux Marquises et d’y avoir ton propre avion pour te ravitailler) et comme le traduit bien le « Hagakure », livre secret des Samouraïs, « Quand l’eau monte, le bateau monte avec l’eau » !
    Le modèle d’ataraxie que ton article (Ta « phrase » extraite d’Apocalypse Now) préconise est à la portée de la masse (la majorité des « zhumains » est génétiquement à ce stade dès la naissance – MDR) pas à celle du philosophe de base qui connecte son cerveau à son environnement et concomitamment crée lui-même la double-bind qui le prive de la possibilité (souhaitable?) d’atteindre ce « détachement ». L’injonction qu’il se propose de réaliser : « sois détaché » revêt un caractère onaniste (« crache ou je t’étrangle ») conduit à la perdition de ce qui n’est finalement qu’une tentative d’atteindre à la pornographie ordinaire dans laquelle se vautre la « masse » : un « détachement » génétique, jouissance d’un effet non mérité (ce qui caractérise la pornographie, précisément). Égoïsme est une autre dénomination recevable de cet état.
    Le VRAI « détachement » consiste, me semble-t-il, à rester « relié » et vigilant (attentif aux autres et à leurs opinion [ car il peuvent éventuellement prendre la décision de te TUER : Cf. le « Mythe de la Caverne » in La République de PLATON ] et « prêt à l’Action » – Zanshin – pas forcément DANS l’action qui est un Luxe que peuvent se permettre les Brel, Bolloré, Bernard Arnaud, etc.
    Notre monde est un archipel en état de réticulation : un monde rétréci, comme la « Peau de Chagrin », pris dans une trajectoire centripète résultant de l’accélération des échanges, des transports et des moyens de communication. Un monde, précisément, de plus en plus ATTACHE et non « détaché ». L’ataraxie y est parfaitement ILLUSOIRE.
    Dans ces conditions, comme un Winston Smith, participant à ce monde malgré nos réticences, la seule possibilité de « détachement » qui reste valide est celle de la Mort…

    « La liberté, c’est l’esclavage.
    L’ignorance, c’est la force.
    La guerre, c’est la paix. »
    — 1984, George Orwell

  • Greg 9 novembre 2012, 17 05

    Salut,

    Je n’ai peut-être pas tout bien compris ce que tu dis. En tout cas, je suis d’accord avec le fait que se libérer de l’opinion est plus dur que ce qu’on peut penser (voire impossible, je suis d’accord avec ça), et avec la différence que tu fais entre « monde détaché » et « monde attaché » tel que le nous le subissons aujourd’hui (j’y vois là la société de consommation créant des besoins artificiels au pauvre consommateur pour lui soutirer de l’argent).

    Là où je n’ai rien compris, c’est la différence que tu fais entre « être prêt à l’action » et « être dans l’action ». Merci en tout cas de ton passage. ++

  • Greg 9 novembre 2012, 17 05

    Bonjour,
    Faudrait que tu me donnes ta recette pour parvenir à être détaché à ce point. Pour ma part ça va mieux aussi, je me soigne :), mais j’en suis encore loin.
    ++ Greg.

  • thibault 10 novembre 2012, 15 03

    Pour se libérer totalement de l’opinion, ou du moins s’en approcher, j’ai pris de la distance avec tout ce qui m’entoure, c’est à dire mes proches et même moi, avec le temps, tu verras, on y arrive.

    Il faut réfléchir au but de chaque action avant de la faire et se poser la question de pourquoi je ferais cette action, pour mo, pour les autres?

    Quand tu prend de la distance par rapport à toi même, tu n’es plus influencé par l’opinion général, il n’y a que toi et tes pensées, par exemple, je n’ai pas peur de mourir ou d’avoir des soucis du genre, ou encore j’accepte l’idée que mes proches meurent un jour, ça peut paraître un peu étrange voir fou et négatif de penser ça, mais en prenant de la distance, tu peux tout surmonter.

  • Greg 10 novembre 2012, 16 04

    Je vois parfaitement ce que tu veux dire même si j’ai plus de mal à le mettre en pratique. Je pense en effet que tu tiens le bon bout et la piste vers la véritable « vérité ». C’est un chemin personnel et presque mystique pour arriver au bonheur parfait sans passer par la case « religion ». Merci de tes conseils et n’hésite pas à repasser.

  • Greg 7 juillet 2013, 20 08

    Je reviens sur ce que tu dis de Jacques Brel. Certes il était fils de bourgeois. Mais relis sa biographie : il l’est devenu à force de travail et de persévérance, en commençant de rien à Paris (petits cabarets où il se prenait des bides). Ce mec avait une force en lui hors-norme.

  • meduz' 29 juillet 2013, 6 06

    Salut,

    Je n’en suis pas certain, mais j’ai l’impression que la question du détachement avait déjà été abordée sur « l’autre blog » (je suis bien ennuyé, j’ai oublié son nom, ça fait un bail).

    (Vous m’excuserez d’avance pour le pavé, il sera décousu et déstructuré.)

    Pour être moi-même un grand détaché, j’aurai tendance à valider les propos de thibaut : c’est la prise de distance avec tout ce qui nous influence et entoure qui prime, qu’il s’agisse d’animaux (j’y inclus les humains), d’objets (qu’ils nous appartiennent ou non), mais aussi d’habitudes qu’on a.

    Ce fut très long pour ma part, mais j’y suis arrivé assez facilement puisque j’ai toujours eu une nature solitaire, certainement liée au fait que je ne me reconnais que très peu en mes pairs, particulièrement ceux qui m’entourent physiquement (en dehors de madame). Pour autant, ça n’est pas un objectif que j’ai recherché, et c’est quelque chose de relativement fragile et qui nécessite une certaine assurance et une forte conviction en ses principes. Il faut dans un premier temps pouvoir fortement compter sur soi pour goûter au détachement. Et qui dit fortes convictions dit risque d’aveuglement sans jamais rien remettre en question. Il faut donc songer à ce qu’implique un comportement et une vision détachés. Par chance, j’ai jamais eu beaucoup d’assurance et j’ai toujours accordé beaucoup d’importance au doute, au sens des choses, à la contestation et donc à la remise en question. Donc, je ne suis jamais radicalement tombé dans l’absence de remise en question, mais j’ai eu difficile à me bâtir suffisamment de convictions fortes que pour faire abstraction de la perception des autres et pouvoir devenir le détaché que je suis.

    Pour le coup, je suis très content d’avoir développé un tel sens du détachement. J’aime l’insouciance. J’aime la sobriété et la simplicité : le détachement nous débarrasse de certains artifices relationnels et de certains codes qui sont souvent appelés « tradition » ou « culture » par ceux qui ne peuvent s’en extirper, ce qui ne me pose aucun souci ; de plus, je peux me contenter de peu, et ça m’apporte beaucoup. J’aime la solitude depuis mes quatorze ans, elle me laisse des espaces de réflexion, d’introspection, et ça me nourrit. J’aime l’incertitude : je serai au chômage dans trois jours après trois ans de travail, certains considèrent ça comme un gros coup dur alors que j’y suis insensible (sans fortune personnelle, je sais vivre modestement).

    Sur la question des habitudes, j’ai pas eu trop d’effort à faire. Le téléphone sonne ? Aucune obligation d’y répondre. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, j’ignore si sa batterie est déchargée ou non. Les proches finissent d’ailleurs très bien par accepter (ça met quand même parfois du temps et provoque de l’indignation) le mode de fonctionnement différent : meduz’ n’est pas toujours là aux dîners de famille, meduz’ reste parfois deux ans sans donner de nouvelles à des connaissances, puis les choses vont et reviennent sans pour autant avoir besoin d’un contact régulier. Il faut vivre pour soi (je vis aussi tout autant pour madame, cela dit). Ça n’empêche pas d’avoir une conscience des autres et du monde, c’est même primordial, ça n’empêche pas de répondre positivement à une demande d’aide. Le détachement n’est pas l’égoïsme, c’est juste un rapport à autre-que-soi qui permet de s’affirmer en tant qu’individu (s’affirmer à soi-même, pas aux autres puisqu’on en est détaché) et s’abstient de perpétuer les codes sociaux, le tout dans le respect de l’autre. C’est un peu, pour moi, le carpe diem permanent et le « c’est pas grave ; continuons ; who cares? ». Le monde ne s’arrête pas de tourner au moindre obstacle, et votre vie non plus. Tiens, d’ailleurs, tant que j’y pense, je me suis fait cambriolé en 2003 alors que je venais d’emménager dans mon premier logement seul, et je me souviens avoir versé quelque larmes (de jeunesse) parce qu’on m’avait volé mon ordinateur, l’écran, ma télé 37 cm et je sais plus quoi d’autre. Actuellement en 2013, j’ai chez moi bien plus de matos de valeur, et je sais que l’appartement entier pourrait disparaître, ça ne me ferait rien, je verrais même ça comme une opportunité d’envisager certaines choses autrement, malgré les contraintes qu’impliquerait la disparition de certains objets. Le détachement, c’est cool.

    Pour autant, est-ce que tout cela est positif et apporte quelque chose, ou est-ce que c’est mal et irresponsable ? Tout dépendra de chacun. Pour ma part et pour ma vie, j’y vois aussi du négatif. Tout d’abord, vu que je ne me suis jamais « jugé sévèrement » ou « auto-accablé » (je parle là de culpabilisation), le détachement ne m’a pas permis de me détacher de potentiels regrets vu que ceux-ci étaient inexistants. Par contre, il existe un risque d’être tellement détaché qu’on finit par prendre certaine chose trop à la légère. Là, je pense pas au chômage qui m’arrive dans trois jours qui est anecdotique, mais plutôt au temps et à l’énergie que j’ai pu perdre ici et là en ayant pas eu une attitude assez sévère envers moi. Alors, avant d’être quelqu’un de très détaché, j’avais pas du tout cette attitude de « botte-toi le cul, fais », et je ne l’ai évidemment pas plus maintenant (mais pas moins non plus) ; mais clairement, si comme moi vous avez tendance à parfois vous laisser porter par la vie (j’aime la perdition et le cheminement hasardeux), le détachement peut être un piège, y compris quand vous avez plein d’envies et de projets que vous voulez réalisez. Ce piège me dérange, mais j’en parle librement (merci le détachement) parce que ça me paraît important de partager ça. Il n’est pas spécifique au détachement, cependant.

    Pour revenir sur le positif, le détachement aide à gérer des situations relationnelles compliqués sans développer un ulcère ou un surplus de stress. Ça m’a beaucoup aidé professionnellement et sentimentalement. D’ailleurs, je pense qu’on vivrait un monde plus paisible avec plus de gens détachés vu la tolérance qu’implique le détachement.

    Attention toutefois à la contrepartie : l’attachement, le contraire du détachement, peut vite revenir au galop sous divers formes. Personnellement, en dehors de madame et de certaines personnes de ma famille, j’ai deux attachements particuliers.

    Le premier est le sort de la planète (j’y inclus le fonctionnement de la société française, pour l’exemple) : je m’indigne, ou plutôt je déplore, beaucoup de choix politiques, beaucoup de choses mauvaises qui pour moi son évitables, etc. Bref, je me sens concerné (et en plus, j’ai l’esprit contestataire). J’ai beau le prendre comme je veux, je ne peux pas me permettre un détachement sur ce sujet, car l’enjeu est plus important que mon unique fonctionnement. Si je veux en être détaché, je dois juste me couper de toute source d’information : je l’ai déjà fait, ça fait un bien fou, je vous recommande d’essayer pendant ne fut-ce que deux semaines pendant vos congés (si vous en avez).

    Mon second attachement particulier, c’est ce qui me nourrit culturellement, artistiquement ou informativement : j’aime beaucoup les jeux vidéo, la bande dessinée, la musique, regarder des documentaires, m’informer, réfléchir. Tout cela me prend un temps conséquent, parce que malgré mon sens du détachement, j’ai des préoccupations qui font que je ne parviens pas à avoir ma dose (il est 6 h du matin, je vais aller dormir). Ce second attachement, je peux m’en passer sous la contrainte, et très précisément sous une contrainte externe. Pour autant, là, hop, je ne le fais pas, mais alors pas du tout, n’ayant jamais ma dose.

    Avec ou sans détachement, j’aurais ces deux attachements trop forts que pour sortir de l’inertie qui habite beaucoup de monde. Pour autant, avec le sens du détachement et avec la perception que j’ai de moi (et qui ne me ronge pas, merci le détachement), je mets progressivement des choses en place pour m’extirper.

    Ha, et le dernier détail important à mes yeux : je prévois depuis longtemps de déménager à 1000 km d’où je vis, ça va se concrétiser. Absolument tout mon entourage était contre. Sans le détachement, j’aurais peut-être été résigner. Grâce au détachement, je m’en suis contrefoutu, et mon déménagement futur est aujourd’hui accepté (ce dont je me contrefous) par une partie de ceux qui étaient contre.

    Il faut vivre pour soi, s’ouvrir et ouvrir les autres, et croire en soi.

    (Merci d’avoir lu jusqu’ici.)

  • Greg 29 juillet 2013, 12 12

    Salut Meduz’,
    Merci pour ta réponse intéressante (que j’ai lue jusqu’au bout !) et qui donne un exemple concret de la situation. J’ai l’impression que ce détachement dont tu parles est une façon de te protéger. Personnellement je crois que c’est une bonne protection en effet, ça marche… Mais je pense aussi que ça fait partie du caractère qu’on a et qu’il est difficile de se forcer en la matière.

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