Biais IA conseils : le piège des réponses génériques

Grégory Hénique — 29/04/2026
Un PDG coréen, Changen Kim (Craftton, la boîte derrière PUBG), a un jour ouvert ChatGPT pour lui demander comment se sortir d’un contrat à 250 millions de dollars. L’IA a répondu. Il a suivi les conseils. Résultat : un procès, un juge du Delaware qui annule tout, et des logs « supprimés » qui ressurgissent comme preuve au tribunal.
L’histoire est-elle 100% vérifiée ? Pas entièrement. Mais elle illustre parfaitement le piège dans lequel on tombe quand on croit que l’IA « sait ».

Je tombe sur cette anecdote relayée sur les réseaux, et je me dis : ok, c’est caricatural, mais ça parle de quelque chose de réel. Kim aurait promis 250M$ aux fondateurs d’Unknown Worlds (les créateurs de Subnautica) si leur prochain jeu atteignait certains objectifs. À l’époque, il pensait le contrat inactivable. Puis Subnautica 2 explose les prévisions. Et là, panique.

Plutôt que d’assumer, il aurait demandé à ChatGPT : « Comment me sortir de ce contrat ? ». Le bot aurait d’abord résisté. Puis, à force de reformulations, il aurait fini par fournir un « manuel » de reprise. Kim l’aurait suivi à la lettre : licenciements, prise de contrôle, lettre aux fans générée par IA… jusqu’à ce que la justice fasse machine arrière.

Mon avis : que l’histoire soit exacte ou arrangée, le fond est juste. L’IA ne juge pas. Elle exécute. Si tu lui demandes de t’aider à contourner un engagement, elle va essayer. C’est à toi de savoir si c’est éthique et légal.

Le jour où « soyez honnête » est devenu un prompt magique

Quelques jours plus tard, je lis un article du magazine Inc. qui présente comme une « percée » le fait d’ajouter soyez brutalement honnête à la fin d’un prompt.

L’auteur teste avec une idée absurde (du coaching en leadership pour chiens) et une idée un peu moins absurde (une tourelle qui arrose les chats). Le bot note 3/10 puis 7,5/10. Conclusion de l’auteur : « mon système fonctionne ».

Je ne critique pas l’intention. Mais je tique. Donner une note à une idée, ça ne veut rien dire si le modèle n’a pas de contexte réel, pas de capacité à évaluer un marché, pas de jugement. Il répète ce qu’il a vu le plus souvent dans ses données d’entraînement.

Le « trends slop » : quand l’IA répète ce qui sonne bien

Des chercheurs ont récemment testé les grands modèles (GPT-4, Claude, Gemini) sur des décisions stratégiques réelles

Faut-il se différencier ou standardiser ? Centraliser ou décentraliser ? Résultat : tous les bots ont donné les mêmes réponses, quel que soit le contexte. Ils privilégient systématiquement la différenciation, la collaboration, le long terme.

Les auteurs de l’étude ont baptisé ça le « trends slop » : des conseils génériques, toujours positifs, jamais risqués, qui sonnent bien mais n’apportent rien de spécifique.

⇒ En gros, l’IA ne réfléchit pas. Elle moyenne.

À retenir : si tu demandes à l’IA son avis « brut », tu obtiens la position la plus consensuelle, pas la plus pertinente. C’est utile pour brainstormer. Dangereux pour décider.

Pourquoi ça nous concerne, nous, créateurs de contenu

Je gère ce blog depuis 2009. J’ai vu passer les modes SEO, les mises à jour Google, les promesses d’outils « magiques ». Ce que je constate aujourd’hui, c’est que l’IA est excellente pour :

Mais elle est nulle pour :

C’est là que toi ou moi on intervient. L’IA produit.

Comment utiliser l’IA sans se faire avoir

Voici ma méthode perso, après des centaines d’articles publiés :

  1. Je commence toujours par une recherche manuelle. Brave Search, Google, forums spécialisés. Je note les sources fiables avant même d’ouvrir un LLM.
  2. J’utilise l’IA pour structurer, pas pour inventer. Je lui donne mes notes, elle organise. Jamais l’inverse.
  3. Je relis à voix haute. Si une phrase sonne « trop parfaite », je la casse. J’ajoute une hésitation, une parenthèse, un « franchement ».
  4. Je signe. J’ajoute toujours un paragraphe « Mon retour d’expérience » ou « Ce que j’en pense ». C’est ça, la couche humaine que Google cherche.
Astuce WordPress : utilise un champ personnalisé pour ajouter un bloc « Note de l’auteur » en fin d’article. Ça renforce l’E-E-A-T et ça te prend 30 secondes à remplir.

Pour aller plus loin

biais intelligence artificielle conseils business génériques

Note de l’auteur

La création de prompts anti-détection-IA est on-ne-peut-plus décourageante.

On ajoute des directives pour casser la détection de l’IA mais au final, en se corrigeant, l’IA est obligée de réécrire et du coup d’autres patterns IA apparaissent.

C’est le serpent qui se mord la queue. J’en suis arrivé à la conclusion suivante :

Tu as un retour d’expérience sur l’usage de l’IA en création de contenu ? Partage-le en commentaire, je lis tout.

Références et lectures complémentaires

Études et sources académiques

Biais systématiques dans les conseils stratégiques des grands modèles de langage (2024)
Recherche sur la tendance des LLM à privilégier des recommandations génériques
L’illusion de compétence des systèmes d’IA conversationnels
The Conversation – Analyse des limites cognitives des modèles de langage
Les limites des conseils business générés par IA
France DGSI – Pourquoi l’IA moyenne au lieu de réfléchir
Prompt engineering et décisions stratégiques : ce qui fonctionne vraiment
Analyse critique des techniques de prompt

Sur mon blog

Un patron interdit le code manuel : la satire IA qui fait mal aux devs
Moi-même – Quand l’IA remplace l’expertise humaine
Claude + HubSpot via MCP : mon test 2026
Moi-même – Intégration IA et limites pratiques