Mafia Palantir, les startups qui arment la Silicon Valley

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Écrit par Grégory Hénique

Auteur sur mes 2 blogs depuis 2009/2010.

 

L'écriture est ma passion mais l'optimisation SEO / IA fut un passage obligé pour gagner ma visibilité.

 

Présentation

palantir armee intelligence artificielle

D’anciens cadres de Palantir ont créé une mafia entrepreneuriale. Elle conçoit les drones, les logiciels de surveillance et les armes autonomes des armées occidentales.

Derrière les discours sur l’innovation et la défense de l’Occident se cache une concentration de pouvoir technologique, financier et militaire. Elle échappe au débat démocratique.

La Silicon Valley s’est incrustée au cœur du complexe militaro-industriel. Le basculement est passé inaperçu. D’anciens cadres de Palantir fondent des startups militaires.

Elles conçoivent des drones tueurs, des canons à micro-ondes, des casques de combat connectés et des logiciels de police prédictive. Tous financés par le même cercle, celui de Peter Thiel et de ses alliés.

La mafia militaire Palantir. Ce groupe d’entreprises fondées par d’anciens employés de la firme. Leur spécialité : aider des gouvernements à mener des guerres à l’étranger tout en surveillant leurs propres citoyens. L’argent coule.

Anduril, fondée en 2017 par d’anciens de Palantir et Palmer Luckey, pèse 61 milliards de dollars. Son logiciel Lattice relie drones et capteurs par l’IA, et son nom reprend l’épée d’Aragorn dans. Le Seigneur des anneaux.

La mafia Palantir, une norme

Avant, les compromis entre la tech et l’armée restaient des exceptions. Des arrangements de circonstance, conclus en période de crise et assumés comme tels. Aujourd’hui, c’est la norme. On ne se cache plus.

Et vous, citoyen, n’avez pas votre mot à dire sur le déploiement de ces outils. À Gaza ou à La Nouvelle-Orléans, la décision vous échappe.

Eisenhower l’avait compris en 1961, quand il a dénoncé l’influence du complexe militaro-industriel. Nous, on l’a oublié en une génération.

Ce qui frappe dans cette mafia, c’est l’absence de débat public. Des technologies capables de désigner des cibles ou de croiser vos données personnelles se déploient sans vote. Sans consultation.

Sans couverture médiatique. Le capital-risque a remplacé le Parlement.

Questions fréquentes

Pourquoi la mafia Palantir inquiète-t-elle les défenseurs des libertés ?

Parce qu’elle fusionne trois pouvoirs qui étaient censés rester séparés : l’argent du capital-risque, la technologie de surveillance et la force militaire. Cette concentration permet à un petit cercle d’investisseurs d’orienter la politique de défense sans rendre de comptes aux citoyens.

Ce que révèle une photo de team building sur l’avenir de la guerre

Beaucoup de choses, principalement à cause de ces 2 personnes. L’un est cofondateur d’Anduril, qui fabrique des systèmes d’armes propulsés par l’IA.

militaire portant une camera

L’autre, Trae Stephens, est aussi cofondateur d’Anduril et associé du fonds Founders Fund, aux côtés du fondateur de PayPal Peter Thiel.

La Silicon Valley est entrée en guerre, avec ses méthodes. La « mafia PayPal » avait remodelé l’économie numérique au début des années 2000, avec Elon Musk ou Reid Hoffman en figures de proue. La « mafia Palantir » fait pire : elle applique les mêmes recettes à la guerre et à la surveillance.

De la PayPal Mafia à la mafia militaire

Le glissement est net. Il s’est produit en moins de 20 ans.

usine palantir

  • Palantir naît en 2003 avec le soutien financier de la CIA, comme le rappelle L’Humanité.
  • L’entreprise fournit au Pentagone des applications qui vont du renseignement jusqu’à la désignation de cible.
  • Ses anciens employés essaiment ensuite dans des dizaines de startups militaires.
  • Ces startups lèvent des milliards auprès des mêmes fonds que Palantir.
Quelle différence entre la PayPal Mafia et la mafia Palantir ?

La PayPal Mafia a surtout produit des entreprises grand public et des infrastructures financières. La mafia Palantir se concentre sur la défense, le renseignement et la surveillance. Le second réseau hérite du premier, mais l’applique au domaine régalien.

Ce qui doit vous alerter, ce n’est pas l’existence de ces entreprises, c’est leur normalisation. On présente des drones autonomes comme des gadgets de démonstration, des logiciels de police prédictive comme des outils d’optimisation. Les garde-fous démocratiques n’ont pas suivi.

16 ans en gendarmerie m’ont appris une chose : un outil de surveillance ne reste jamais neutre. Celui qui le déploie finit par s’en servir au-delà du cadre prévu. La question n’est pas de savoir si ces technologies fonctionnent, mais qui contrôle ceux qui les contrôlent.

Anduril Industries est une entreprise de défense américaine fondée en 2017, devenue le symbole de la nouvelle génération de startups militaires. Valorisation : 61 milliards de dollars. Son cœur de métier : fabriquer des drones autonomes et une couche logicielle, Lattice, qui connecte capteurs et armes grâce à l’intelligence artificielle.

Le nom ne doit rien au hasard. Anduril désigne l’épée d’Aragorn dans Le Seigneur des anneaux, « la flamme de l’Ouest ». Une référence assumée par une entreprise qui veut incarner la frontière technologique du monde occidental. Ce storytelling cache souvent une ambition plus prosaïque : vendre vite, vendre cher.

Des drones partout, un logiciel au centre

Quand on pense Anduril, on imagine des engins volants. C’est exact, mais réducteur. L’entreprise développe des drones aériens capables d’espionner, d’intercepter d’autres drones ou de larguer des bombes. Elle pousse aussi des drones sous-marins et des systèmes de surveillance terrestre.

Le vrai produit, c’est Lattice

Cette plateforme analyse les données des capteurs pour détecter et identifier des objets. Elle équipe des applications militaires, mais aussi un réseau de surveillance déployé à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le logiciel vaut plus que les machines qu’il pilote.

Anduril a présenté sa solution de surveillance frontalière au Département de la Sécurité intérieure américain. Ce contrat a ancré l’entreprise dans le paysage sécuritaire fédéral dès ses premières années.

Un positionnement qui bouscule les géants de la défense

Le modèle Anduril repose sur une conviction : les mastodontes de l’armement construisent trop lentement et trop cher. L’entreprise promet des cycles de développement raccourcis, des composants moins coûteux et une intégration logicielle native.

Ce discours séduit le Pentagone, lassé des programmes qui dépassent les budgets et les délais. Anduril, SpaceX et Palantir incarnent cette nouvelle manière de faire la guerre que décrit la presse luxembourgeoise : des acteurs privés qui imposent leur rythme à la commande publique.

La valorisation de 61 milliards de dollars ne sort pas d’un carnet de commandes classique. Elle repose sur la promesse que les conflits futurs se gagneront avec des essaims de drones connectés, pas avec des chars alignés. C’est un pari. Pas seulement financier.

Palmer Luckey, le visage médiatique

Les faits cités proviennent de sources publiques et de la presse spécialisée.

Ce qu’Anduril change vraiment

L’arrivée d’Anduril a obligé les industriels historiques à réagir. Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Boeing ont lancé leurs propres divisions autonomes et multiplié les partenariats avec des startups. La compétition ne porte plus sur les plateformes, mais sur la donnée.

Reste une question que peu de monde pose : que devient la frontière entre défense et surveillance intérieure quand le même logiciel équipe un champ de bataille et une frontière civile ?

Anduril vend-elle uniquement des drones ?

Non. Le cœur de son offre est Lattice, une plateforme logicielle qui connecte drones, capteurs et armes de différents fabricants. Les drones sont la partie visible, mais la valeur stratégique réside dans le logiciel de coordination.

Je n’ai jamais mis les pieds dans une salle de démonstration d’Anduril. Mais j’ai passé assez d’années dans la gendarmerie pour savoir qu’un système qui centralise l’information change la chaîne de commandement. Le maillon faible, c’est celui qui interprète ce que la machine affiche.

Anduril a fait de cette évidence un business. Ses détracteurs y voient une privatisation de la guerre, ses soutiens une modernisation nécessaire. La vérité tient dans un entre-deux moins confortable : l’armée américaine ne peut plus se passer de logiciels qu’elle ne maîtrise pas.

Rivet Industries est une société de défense américaine fondée par David Mara, un ancien cadre de Microsoft. L’entreprise s’attaque au marché du casque de réalité mixte pour troupes au sol, après l’échec du programme initial que le géant de Redmond n’a jamais fait aboutir.

Ce qui frappe dans ce dossier, c’est la persévérance. Quand un contrat plafonné à 22 milliards de dollars se fracasse sur des nausées et une lueur qui trahit la position des soldats, la logique voudrait qu’on enterre le projet. Mara a choisi l’inverse.

Un fiasco à 22 milliards comme point de départ

Pourquoi le casque IVAS de Microsoft a-t-il échoué ?

Les tests menés par l’armée américaine ont révélé des problèmes de nausées chez les utilisateurs et une lueur émise par l’appareil, visible par l’ennemi. Ces défauts compromettaient directement la sécurité des soldats sur le terrain.

Une reconversion express vers Palantir

Après ce revers, Mara n’a pas traîné. Il a quitté Microsoft, passé un an chez Palantir, puis fondé Rivet pour reconstruire un casque de réalité mixte destiné aux troupes au sol. Un parcours qui en dit long sur la porosité entre ces entreprises.

Les documents déposés auprès de la SEC dessinent un conseil d’administration connecté. L’ancien responsable de la défense mondiale de Palantir y siège. Une personne toujours cadre chez Palantir, chargée des activités gouvernementales, y figure aussi.

Un contrat de 195 millions avec l’armée

Rivet a décroché l’année dernière un contrat de 195 millions de dollars avec l’armée américaine. L’entreprise travaille avec Palantir comme partenaire. Ce qui n’étonnera personne au vu de la composition de son board. Source : synthmedia.fr

Ce qui m’interpelle, avec mon passé de gendarme, c’est l’écart entre la promesse technologique et le terrain. Un casque qui donne la nausée ou qui émet de la lumière, ce n’est pas un détail d’ingénieur. C’est la différence entre rentrer au camp et ne pas rentrer du tout.

Pourquoi cette deuxième tentative mérite l’attention

L’échec de Microsoft a servi de leçon, et l’intégration aux logiciels de Palantir change la donne. La donnée remonte, le renseignement circule, le casque devient un terminal parmi d’autres dans une chaîne plus large.

Reste la vraie question : les problèmes de nausées et de lueur sont-ils réglés ? Les documents publics n’en disent rien. C’est là que se joue la crédibilité du projet.

La start-up française H, spécialisée dans l’IA, montre à quel point cette culture Palantir s’exporte au-delà des frontières américaines.

Après la crise qui a suivi le renvoi de son PDG, elle a pu compter sur l’expertise d’un ancien de Palantir pour reprendre son ascension, comme le détaille l’enquête de Challenges. De quoi relancer une star de la French Tech qui avait levé 220 millions d’euros.

Valinor est une startup issue de la nébuleuse Palantir. Elle applique l’analyse de données à la logistique militaire, la planification des ressources et le suivi des approvisionnements. Là où d’autres anciens de Palantir vendent des drones ou de la police prédictive, Valinor s’attaque à un problème moins spectaculaire mais décisif : savoir où sont les camions, les pièces détachées et les munitions.

Le constat de départ tient en une phrase : une armée bardée d’IA reste une armée qui doit manger, rouler et tirer. Valinor reprend les méthodes maison de la Silicon Valley pour les appliquer à des flux que les états-majors négligent quand ils rêvent de capteurs et d’armes autonomes. Le résultat est moins vendeur qu’un drone tueur. Mais il décide de ce qui est possible sur un théâtre d’opérations.

Le nerf de la guerre reste la logistique

J’ai passé assez de temps dans une brigade territoriale normande pour savoir ce que coûte un véhicule immobilisé ou une radio muette. Sans approvisionnement, les meilleures intentions opérationnelles s’effondrent avant même d’avoir commencé. La logistique n’est pas un détail. C’est elle qui fixe la limite du possible.

Valinor capitalise sur cette réalité. Pendant que d’autres startups militaro-tech promettent des frappes chirurgicales, elle vend un flux de données sur les stocks, les itinéraires et les délais. Moins de cinéma, plus de tableaux de bord.

Valarphos, détecter les armes biologiques avant l’impact

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Valarphos est une pousse de l’écosystème Palantir, spécialisée dans la détection précoce d’attaques à l’arme biologique. Katherine McMahon, cofondatrice et PDG, a fait ses armes chez Palantir avant de monter cette structure. Son angle n’est pas l’interdiction ni la dissuasion, mais l’alerte.

Son raisonnement est froid : l’IA abaisse le seuil d’entrée pour fabriquer un agent pathogène. Quelques personnes dans un sous-sol ou un dortoir peuvent envisager ce qui exigeait hier un programme d’État. McMahon le formule sans détour : ses adversaires travaillent sur un problème plus simple que celui auquel s’attaque Valarphos.

Une course asymétrique

Valarphos mise sur la détection précoce des signaux faibles : capteurs, données environnementales, croisements d’indices. Pas sur le contrôle des laboratoires, pas sur la riposte. C’est un pari défensif qui en dit long sur la façon dont les menaces ont changé en 20 ans.

Paragon, ce logiciel qui a traversé l’Atlantique pour surveiller les villes

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Paragon est une plateforme de police prédictive née de l’expérience militaire américaine en zone de guerre. Elle transpose aux citoyens des méthodes d’analyse conçues pour traquer des combattants de l’État islamique. Le créateur de l’outil a dirigé les opérations spéciales chez Palantir avant d’adapter ce savoir-faire aux services de police locaux.

Le passage du champ de bataille au quartier résidentiel n’a rien d’anodin. Pendant 6 ans, à La Nouvelle-Orléans, une liste de quelques milliers de personnes a été constituée. Chaque nom recevait une probabilité de passage à l’acte violent, calculée à partir de plusieurs sources : registres d’arrestation, publications sur les réseaux sociaux, dossiers de contact avec la police, liens familiaux avec des personnes surveillées.

Le premier est gratuit

Paragon affirme collaborer avec plus de 400 agences en Amérique du Nord. L’outil a servi lors du Super Bowl organisé à La Nouvelle-Orléans l’année dernière. L’entreprise ne fait pas de publicité sur la police prédictive et soutient ne pas ajouter de sources de surveillance : sa plateforme faciliterait la visualisation de données auxquelles le client a déjà accès.

Des données existantes, mais lesquelles ?

L’entreprise a permis à des policiers de traquer leurs ex-petites amies. Dire que Paragon rend les données existantes plus accessibles paraît inoffensif, jusqu’à ce qu’on se demande d’où viennent ces données. La décision sur la manière dont les policiers les ont obtenues leur est laissée. À eux, et à eux seuls.

Pourquoi toutes ces entreprises sont-elles issues de Palantir ?

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Palantir n’est pas qu’une entreprise de logiciels. C’est un moule idéologique qui fabrique des fondateurs de startups de défense à la chaîne. Anduril, Rivet, Valinor, Paragon : presque toutes les jeunes pousses militaires qui comptent aujourd’hui ont été créées par d’anciens de la firme de Peter Thiel.

Une doctrine qui se transmet comme un credo

  • Une conviction dans la supériorité des données sur l’intuition humaine.
  • Une expérience de terrain acquise en zone de conflit, dès les premières années.
  • Un réseau d’anciens qui se cooptent et se financent mutuellement.
  • Un discours de mission qui transforme chaque contrat en croisade.

Le terreau commun des fondateurs

Peter Thiel a recruté des profils atypiques chez Palantir : des ingénieurs, souvent jeunes, souvent convaincus que l’État américain est trop lent et trop frileux. Il leur a donné une mission : réconcilier la Silicon Valley et le complexe militaro-industriel.

L’avertissement d’Eisenhower

En 1961, le président Eisenhower quittait ses fonctions avec un discours resté célèbre. Il mettait en garde contre le complexe militaro-industriel, cette alliance d’intérêts entre les industries de défense et les décideurs militaires.

Un général qui savait de quoi il parlait

Quand Alex Karp, le PDG de Palantir, clame à la télévision que « la voix des affaires américaines s’exprime à travers moi », il ne contredit pas Eisenhower. Il le confirme. Les intérêts privés parlent désormais à la première personne.

La « mafia militaire » n’est pas née avec Palantir

Avant les contrats de défense valorisés en milliards, l’armée américaine a connu des réseaux de sergents qui détournaient l’argent des clubs militaires pour monter leurs propres affaires. Le scandale Wooldridge, en 1968, en est l’archétype.

Wooldridge, 46 ans, était alors le plus haut gradé de l’armée de terre. On l’accusait d’avoir dirigé une « petite mafia » de sergents qui dépouillait les clubs de l’armée.

Des fournitures, des artistes, des pots-de-vin.

Un empire de larcins

Cet argent servait à créer leur société, Maredem Ltd., qui revendait des fournitures à prix gonflés aux clubs du Vietnam. En 1968, Wooldridge aurait tiré 34 454 dollars de Maredem. Ses complices, 44 574 dollars chacun. Des sommes ridicules comparées aux valorisations actuelles, mais le mécanisme est identique : on capte un flux d’argent public grâce à sa position dans l’appareil militaire.

L’opération Underworld, le précédent de la Seconde Guerre mondiale

Ce n’était pas le premier épisode de ce genre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine avait conclu un accord avec la mafia italienne dans le cadre de l’opération Underworld. L’objectif était double : sécuriser les docks de New York contre les saboteurs nazis, et préparer l’invasion de la Sicile.

Le folklore qui normalise l’arnaque

On a tendance à se dire que les magouilles dans l’armée, c’est un truc de films. Des sergents débrouillards qui arnaquent le système, des officiers qui ferment les yeux, tout le monde qui s’en sort avec un clin d'œil. Aux États-Unis, la culture populaire a érigé ça en folklore : le sergent Bilko à la télé, Milo Minderbinder dans Catch-22, des personnages qu’on regarde avec tendresse.

Comme le disait un responsable du Pentagone la semaine dernière : « tout le monde a son petit business dans l’armée ». La phrase aurait pu être prononcée en 1968. Elle l’est en 2026. C’est le genre de normalisation qui permet aux réseaux d’anciens militaires de prospérer sans être inquiétés.

Le folklore militaire a ses héros, ses codes et ses légendes. Mais il a aussi son envers, celui des comptes secrets et des détournements organisés. C’est ce qu’a révélé un scandale qui a éclaboussé l’armée américaine à la fin des années 1960, quand le Sénat a ouvert une enquête sur la corruption dans les clubs de sous-officiers aux États-Unis, en Allemagne et au Vietnam.

Deux figures respectées au cœur du scandale

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Un empire de détournements et de comptes secrets

C’est le genre de mécanique qu’on retrouve aujourd’hui dans certaines start-up de défense, où les frontières entre intérêt public et enrichissement privé se brouillent. À l’époque, personne ne parlait encore de mafia militaire au sens entrepreneurial du terme.

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Le terrain, c’est autre chose

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est que le problème ne se limite pas à une simple négligence technique. La proximité de financement entre le prestataire et l’écosystème Palantir suffit à créer un doute, même en l’absence de preuve d’un transfert direct de données. Vous avez donc une situation où la mafia militaire de Palantir n’a pas besoin d’agir concrètement pour que sa simple présence dans un tour de table rende un service suspect aux yeux du public.

L’autre conséquence observée est plus large : le capital-risque de la Silicon Valley devient politiquement exposé. Le même commentateur rappelle que le précédent fonds principal de ce prestataire était dirigé par une personnalité libérale classique, et que personne ne s’en inquiétait. Aujourd’hui, accepter de l’argent de certains investisseurs revient à accepter une forme de dépendance idéologique, avec des pressions possibles pour adopter des positions qui servent des intérêts non financiers.

Les clients, eux, se posent une question simple : comment être sûrs que leur prestataire ne subit pas ce type de pression ? Pendant des décennies, l’argent du capital-risque était perçu comme de l’argent technologique, généralement intelligent. Désormais, après l’éclatement de plusieurs bulles successives et des valorisations post-COVID intenables, une partie de ces investisseurs s’est tournée vers la rente plutôt que vers l’innovation. C’est ce basculement qui rend ces startups qui réinventent la guerre si difficiles à contrer : elles ne vendent plus seulement des logiciels, elles verrouillent des positions.

Ce que disent les forums

Le cas le plus parlant dans les retours concerne Discord et Persona. Des utilisateurs britanniques de Discord se sont retrouvés intégrés à une expérimentation de collecte de données liée à Peter Thiel. Le problème soulevé n’est pas la collecte en elle-même, mais l’absence de garantie sur la suppression physique des documents sensibles envoyés pour vérification d’identité.

Un utilisateur s’attend à ce qu’une entreprise de vérification sécurise puis détruise ces fichiers, sauf s’il donne son accord pour qu’ils soient conservés. Ce réflexe de méfiance n’est pas nouveau. Il prolonge ce que l’affaire des clubs militaires a révélé il y a plus de 50 ans : quand les gardiens ne rendent plus de comptes, la confiance s’effondre.

Le contexte économique explique ce glissement. La fin de l’argent gratuit, l’échec des grands paris technologiques depuis 2016, les surévaluations post-COVID : tout cela a poussé les fonds vers la recherche de rente plutôt que l’innovation. Thiel est décrit comme le plus intelligent de la « mafia PayPal ». Son influence devient difficile à ignorer.

Quand la technologie militaire devient un produit comme un autre

Grégory Hénique, auteur de desgeeksetdeslettres.com

Pendant mes années en gendarmerie, j’ai vu arriver des outils qui promettaient de tout résoudre. Des logiciels de cartographie, des bases de données partagées, des systèmes de transmission « révolutionnaires ».

La réalité du terrain était plus prosaïque : un OPJ qui rédige un PV de synthèse à 3 heures du matin, une réquisition au FAI qui met 24 heures à revenir, un pylône téléphonique qui localise un disparu à la minute près.
La technologie ne remplaçait jamais le travail d’enquête. Elle l’encadrait, parfois elle l’accélérait, mais elle ne décidait pas à ma place.

Le maillon faible n’a jamais été la machine, mais celui qui croit qu’elle peut penser à sa place.

Grégory Hénique

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