Caméras Flock, quand la police espionne sans mandat

Grégory Hénique — 03/11/2026

Flock, c’est la startup de surveillance gouvernementale qui a envahi ma vie. Flock Safety a déployé aux États-Unis le plus vaste réseau privé de caméras de lecture automatique de plaques. Sans mandat judiciaire, sans consentement des citoyens, ces dispositifs enregistrent les déplacements de millions de véhicules et alimentent une base de données accessible à des milliers de policiers. Ce qui devait servir à retrouver des voitures volées est devenu un outil de surveillance généralisée.

En dix-sept ans de gendarmerie, j’ai appris une chose : quand un outil permet de tout tracer sans formalité, il finit par servir à ce qu’il n’aurait jamais dû faire. Le maillon faible, c’est rarement la machine. C’est celui qui a le droit de la consulter.

Flock Safety a installé aux États-Unis un réseau tentaculaire de caméras capables de lire et d’enregistrer chaque plaque d’immatriculation qui passe, sans qu’aucun juge n’ait validé la collecte. La promesse initiale était simple : aider les services de police à résoudre des vols de voitures et des enlèvements. Sauf que des policiers s’en sont servis pour pister une ex-compagne, d’autres pour localiser une femme ayant avorté, et qu’un employé de la boîte a maté en direct l’aire de jeux d’une garderie.

Comment tout a commencé

Tout a commencé fin 2024. Dans plusieurs villes américaines, des habitants ont découvert que leur véhicule était suivi en permanence par des caméras fixes, posées sur des poteaux, sans accord. Quand la question de l’usage des données a été posée, les réponses sont restées floues. Cette opacité a nourri une obsession : comprendre ce que Flock collectait, qui y avait accès, et ce que la loi en disait.

Quelques heures après la publication d’un article relatant ces découvertes, les journaux d’audit ont commencé à disparaître. D’abord les entrées les plus récentes, puis les plus anciennes. Les preuves s’évaporaient en temps réel, comme si quelqu’un effaçait frénétiquement les traces depuis l’intérieur.

À une époque où les services de police américains testent des modèles de langage et laissent traîner des identifiants de connexion sur GitHub, Flock n’imposait même pas de double authentification sur ses interfaces. Des identifiants compromis se sont retrouvés en vente sur des marchés du dark web. Des parlementaires ont réclamé une enquête officielle. Elle n’est jamais venue.

Un chercheur en sécurité a montré qu’il suffisait d’appuyer 3 fois sur un bouton pour prendre le contrôle d’une caméra en quelques secondes. Plus de soixante caméras orientables de Flock ont ensuite été repérées, exposées sur un moteur de recherche public. Il était possible d’accéder à 30 jours d’images rétroactives, voire de supprimer des séquences que la police comptait exploiter dans des affaires en cours.

Pour vérifier la faille, un test a été poussé plus loin : lire la déclaration officielle de Flock affirmant qu’aucune caméra n’avait jamais été piratée, puis télécharger cette déclaration via une caméra exposée et la publier. L’information a été reprise par des médias nationaux.

La réaction de l’entreprise valait son pesant d’aveu. Devant un conseil municipal, un représentant expliquait que le lanceur d’alerte n’était pas crédible. Ailleurs, un dirigeant redéfinissait le mot « piratage » : « Je qualifierais cela d’accès non autorisé, pas de piratage. »

Le PDG a envoyé des courriels en masse aux forces de l’ordre pour leur dire qu’elles subissaient une attaque coordonnée d’activistes. Avant de remercier publiquement, dans une interview, pour les recherches menées. Deux discours, une seule stratégie : brouiller les pistes.

Cette séquence ne relève pas d’un plan machiavélique. Elle ressemble à une startup en pleine croissance, débordée, qui tente de sauver sa réputation. Certains employés ont tenté de discréditer les critiques.

D’autres ont demandé à la police de les faire taire. Ce n’est pas de la malveillance. C’est le chaos d’une boîte qui n’avait jamais prévu qu’on regarde sous le capot.

Le chaos a débordé dans les deux sens. Des créateurs de contenu ont inventé de fausses lettres d’avocat prétendument envoyées par Flock. Sur les réseaux sociaux, certains affirment que les caméras espionnent les téléphones via Bluetooth, ou qu’un laser vert suffit à les détruire. La rhétorique anti-Flock est devenue un fonds de commerce à t-shirts.

Pendant ce temps, des villes ont tranché. Los Angeles, Denver, Austin, Santa Cruz, Cambridge, et plus de 150 municipalités ont retiré leurs caméras Flock. Plus de 65 l’ont fait en quelques semaines. Certaines sont passées à une solution sans lecture automatique de plaques, d’autres ont migré vers des fournisseurs concurrents comme Axon.

Un sondage commandé auprès de plus de 1 000 Américains a donné des chiffres sans ambiguïté. Sur 875 réponses exploitables, 65 % s’opposent à la surveillance assistée par intelligence artificielle. Seuls 12 % estiment que la police devrait pouvoir suivre un véhicule sans mandat. Et 63 % ne voteraient pas pour un candidat favorable à l’extension de ces programmes.

Deux tiers des personnes interrogées soutiennent la destruction illégale des caméras gouvernementales, ou disent comprendre celles et ceux qui s’y livrent. Ce n’est plus une controverse technique. C’est un sujet de société, au point de s’inviter dans la campagne des élections de mi-mandat.

Depuis, Flock a corrigé plusieurs failles. L’écoute audio a été désactivée. La conservation des données est passée de 30 à 7 jours par défaut.

La double authentification est désormais obligatoire, et la gestion des identifiants semble avoir migré vers Auth0. Autant de mesures qui répondent, point par point, aux problèmes soulevés.

Il reste beaucoup à faire. Mais ces reculs n’ont pas été obtenus par des menaces de mort ni par des caméras brisées. La voie de la documentation, de la preuve et de la publication a été plus efficace que les colères.

Questions fréquentes

Pourquoi les caméras Flock inquiètent-elles autant aux États-Unis ?

Parce qu’elles photographient chaque plaque d’immatriculation et enregistrent la géolocalisation du véhicule, sans mandat ni contrôle indépendant. Cette base nationale est consultable par des milliers d’agents, ce qui ouvre la porte à des usages détournés.

Les caméras Flock Safety, déployées dans des centaines de villes américaines, ne se contentent pas d’enregistrer les plaques d’immatriculation. Elles alimentent une base de données nationale que les services de police consultent librement, parfois sans lien avec une enquête criminelle.

dunwoody flock

Les dérives documentées depuis 2020 dessinent un tableau plus sombre que la « surveillance de masse » dénoncée par les défenseurs des libertés. Source : shareable.net

Dans ma région, 45 policiers ont été sanctionnés ou arrêtés pour avoir utilisé abusivement le système Flock. Ce chiffre ne sort pas d’un rapport d’activiste. Il provient des registres disciplinaires internes de plusieurs départements de police, croisés avec les journaux d’audit de Flock obtenus via des demandes de documents publics.

Dunwoody, le laboratoire des dérives

DGEDL

Dunwoody, en Géorgie, est une banlieue d’Atlanta d’environ 50 000 habitants. Le taux de criminalité y reste inférieur à la moyenne nationale. La criminalité au sein de son propre service de police, elle, dépasse la moyenne.

En 2020, la ville et son lieutenant de police Fidel Espinosa ont été poursuivis. Espinosa exigeait des photos des parties génitales d’autres policiers. Un jury l’a jugé responsable d’agression et d’atteinte à la vie privée en 2024.

Dunwoody est pourtant l’un des clients les plus fidèles de Flock. La banlieue possède son propre centre de criminalité en temps réel, sponsorisé par l’entreprise. Flock y a filmé des épisodes de podcast, face à deux douzaines d’écrans qui surveillent ses citoyens.

Un an avant la publication de cette vidéo, le major Patrick Craig avait enfreint le code de conduite de son département. Il avait utilisé les caméras Flock de la ville pour suivre son ex-femme. Cet incident ne l’a pas empêché de prendre la tête du nouveau centre de criminalité en temps réel.

« Le major Craig a utilisé un outil financé par l’argent public pour surveiller une personne de son entourage privé. Il a ensuite été promu à la direction du centre qui centralise ces mêmes caméras. »

Les journaux d’audit qui s’évaporent

Jason Huniar, un résident de Dunwoody, s’est battu pour obtenir des documents publics. Il a examiné chaque cellule de chaque journal d’audit. Le centre communautaire privé disposait de ses propres caméras de sécurité, dont celles de Flock. La police de Dunwoody a facilité l’accès via le réseau de Flock, que l’entreprise affirme protéger par un chiffrement de bout en bout.

Flock explique : ces caméras auraient été consultées à des fins de démonstration de produit. L’entreprise affirme qu’un accord de partenariat de démonstration existait. Jason a cité leur blog dans une demande de documents publics à Dunwoody pour obtenir cet accord. La réponse de la ville tient en trois mots : il n’existe pas.

Quand le journalisme devient un crime

Tommy G est passé me voir pendant qu’il tournait sa vidéo YouTube sur Flock. Il a décrit une entreprise où les employés vont et viennent librement, comme si des centaines de personnes étaient confinées dans un espace restreint. Rien ne pouvait suggérer que lui, Tommy ou son caméraman portaient une arme à feu.

lecture automatisee plaques immatriculation

Un responsable de la chaîne d’approvisionnement de Flock a jeté son propre service de police local sous le bus devant des millions de spectateurs. Il a fait passer la police pour incompétente et a agi comme si elle lui devait une faveur. Ce n’est pas un incident isolé.

Brendan Keefe, journaliste d’investigation local, a vu un employé de Flock appeler la police avec des déclarations exagérées. Résultat : un contrôle routier avec une escalade injustifiée. Le journaliste a commis le même « crime » que nous : le journalisme.

Pourquoi les journaux d’audit de Flock sont-ils si importants ?

Les journaux d’audit enregistrent qui a consulté quelle plaque d’immatriculation, à quelle date et pour quelle raison. Ils constituent la seule preuve vérifiable d’un usage abusif du système. Sans eux, impossible de distinguer une enquête légitime d’une surveillance personnelle.

Des chiffres qui donnent le vertige

DGEDL

Le comté de Cobb loue 182 caméras de sécurité Flock pour près d’un demi-million de dollars par an. Ce chiffre n’inclut pas les 75 caméras de la ville de Smyrna intégrées dans un contrat Flock de 5,7 millions de dollars. Sur une route près de chez moi, cela fait sept caméras par mile.

ÉquipementCoût annuel ou totalZone concernée
182 caméras Flock louéesEnviron 500 000 $ par anComté de Cobb
75 caméras intégréesContrat de 5,7 millions $Ville de Smyrna
Densité relevée7 caméras par mileUne route du comté

Une base de données de 40 millions de requêtes

J’ai compilé une base de données SQL de 8 Go contenant environ 40 millions de requêtes. Dans les journaux de recherches de la police de Cobb, les données sont non masquées. Leur registre d’audit public étant masqué, je suppose que quelqu’un a fait une erreur en me l’envoyant.

J’ai engagé un détective privé pour vérifier les plaques d’immatriculation. L’analyste de support applicatif du comté a recherché la plaque d’un membre de sa famille 10 fois sur 9 mois avec des requêtes comme « test A » et « test David ». Un policier a recherché un membre de sa famille 4 fois sur 8 mois avec la requête « analyse de trafic ».

Un policier du comté de Cobb, que je vais appeler l’agent W, a effectué des requêtes Flock normales mais aussi beaucoup de requêtes problématiques comme « test ». Entre la mi-août et la fin août 2025, en une semaine, il a suivi quatre plaques différentes avec la requête « recherche ».

La dernière trace que j’ai trouvée : un avis sur un magasin de pneus à Miami il y a quelques mois. Aucune enquête criminelle ne justifie ce suivi. Le motif « recherche » n’est pas un motif. C’est un aveu d’absence de cadre.

Le silence des institutions est le constat le plus dérangeant de cette affaire. Un particulier repère une utilisation abusive du réseau de caméras de surveillance Flock, tente d’alerter les autorités, et se heurte à un mur. Pas de réponse du comté de Cobb.

Pas de réponse du comté de Cherokee. Le bureau du procureur reste muet, tout comme les enquêteurs du GBI.

Une seule personne a jugé utile de répondre. Le PDG de Flock lui-même.

Quand l’entreprise se fait juge et partie

Face aux critiques, Flock a annoncé son propre dispositif de prévention des abus. Traduction : c’est désormais l’entreprise qui décidera ce qui constitue une raison valable pour qu’un policier traque un citoyen.

Le problème est vertigineux. Le cadre légal qui définit les conditions d’une surveillance ciblée existe déjà. Il s’appelle le système judiciaire des mandats. Il a été pensé pour qu’une autorité indépendante valide ou refuse la demande d’un enquêteur.

Une entreprise privée à but lucratif consacre les heures de travail de ses employés à proposer une solution en mettant en lumière les abus policiers. Elle le fait parce que les forces de l’ordre et le système judiciaire ne le font pas. Si le constat est exact, la solution ne l’est pas.

Une transparence financée par des bénévoles

Il existe un site nommé Have I Been Flocked. Son principe : permettre à n’importe qui de rechercher dans une base de données qui ne représente qu’une fraction de l’ensemble des recherches Flock. Ces données ont été obtenues via des demandes d’accès à l’information.

Là encore, l’ironie est difficile à ignorer. La transparence sur un réseau de plusieurs milliers de caméras repose sur un projet bénévole, maintenu par des citoyens qui consacrent leur temps libre à documenter ce que les institutions refusent de rendre lisible.

Ces informations devraient être agrégées dans une base décentralisée, financée par les fournisseurs et les municipalités. Une infrastructure qui permettrait de stocker les journaux de recherche, de les auditer et de les valider en continu, sous le regard du public.

Les caméras de surveillance automatisées se multiplient aux États-Unis comme en Europe. Flock Safety, le leader américain des caméras LAPI (lecture automatique des plaques d’immatriculation), revendique des résultats spectaculaires. Mais quand on gratte le vernis marketing, les chiffres s’effritent. Et une question gênante émerge : qui vérifie l’efficacité de ces dispositifs ?

Je vais être direct avec vous. Après avoir analysé les données disponibles depuis un an, la réponse tient en une phrase : personne ne sait. Ni Flock, ni les municipalités, ni les chercheurs. Les études sérieuses se comptent sur les doigts d’une main, et les rares qui existent racontent une histoire très différente des plaquettes commerciales.

Flock a construit son argumentaire en comparant les statistiques de criminalité avant et après l’installation de ses caméras. Mais cette comparaison ignore une tendance nationale majeure : la baisse générale de la criminalité aux États-Unis depuis le pic des années 1990. Attribuer cette baisse aux caméras, c’est confondre corrélation et causalité.

Ce que dit une analyse indépendante

Une analyse indépendante des systèmes ALPR (automatic license plate recognition) prend en compte les tendances macro-échelles de la criminalité. Elle examine aussi la gentrification et le déploiement massif de caméras Flock par des associations de copropriétaires privées. Résultat : un placement asymétrique, concentré dans les quartiers aisés.

La criminalité n’est pas un bloc homogène. Chaque ville a ses problèmes spécifiques, ses quartiers sensibles, ses dynamiques locales. Vouloir mesurer l’effet d’une caméra sur « la criminalité » en général, c’est comme vouloir mesurer l’effet d’un médicament sur « la maladie » sans distinguer un rhume d’un cancer.

Les chiffres disponibles sont clairs. Les caméras Flock n’ont aucun effet mesurable sur la prévention des crimes violents. Elles n’améliorent pas non plus les taux d’élucidation des affaires graves.

Le seul effet mesurable concerne le vol de véhicules : une baisse de 5,2 %. Un chiffre modeste, qu’il faut mettre en perspective. Cacher un AirTag dans le passage de roue coûte 30 euros et permet de récupérer son véhicule sans transformer chaque rue en fichier de plaques horodaté.

Je sais ce que c’est que de vivre avec la peur du crime. 17 ans en gendarmerie, des interventions de nuit, des victimes à écouter. Mais je crains davantage une société sans vie privée qu’une société avec de la criminalité résiduelle. La première est un choix politique, la seconde une réalité statistique qu’aucune caméra ne fera disparaître.

Axon et la relève discrète

Si Flock cessait d’exister demain, une autre entreprise prendrait sa place. C’est déjà en cours. Dans de nombreuses villes américaines, à mesure que les caméras Flock sont retirées, les caméras Axon prennent leur place. Axon, l’entreprise des tasers et des caméras-piétons, joue le rôle de l’acteur établi qui étend son territoire.

Leur catalogue donne le vertige : caméras-piétons, tasers, robots, drones, et un programme d’entraînement au taser en réalité virtuelle. Ils semblent improviser des produits à vendre aux forces de l’ordre, sans vision cohérente autre que l’expansion commerciale.

Pendant que les villes américaines annulent leurs contrats avec Flock, Axon déploie des fonctionnalités similaires. Motorola fait la même chose. La surveillance de masse est un marché lucratif, et les entreprises qui la vendent ne vont pas disparaître par magie.

Ce que cela change pour vous

Vous n’habitez peut-être pas en Géorgie, mais ce problème vous concerne. Les caméras LAPI se multiplient en France et en Europe, souvent sans débat public. Voici ce que vous pouvez faire :

L’architecture elle-même est conçue pour ça. Les caméras ne capturent pas seulement des plaques : elles capturent des habitudes, des trajets, des fréquentations. Et ces données dorment sur des serveurs privés, accessibles sur simple réquisition.

Ce que les données révèlent sur l’usage de Flock

L’EFF a obtenu des jeux de données représentant plus de 12 millions de recherches enregistrées par plus de 3 900 agences entre décembre 2024 et octobre 2025. 12 millions. Croisez ces recherches avec le calendrier des manifestations politiques aux États-Unis : les motifs apparaissent.

Des centaines de recherches liées à des rassemblements politiques ont été enregistrées. Les manifestations 50501 en février, les rassemblements Hands Off en avril, les mobilisations No Kings en juin et octobre. Dix-neuf agences ont effectué des dizaines de recherches liées aux seules manifestations No Kings.

Parfois, les recherches mentionnaient explicitement l’activité de protestation. D’autres fois, les agences utilisaient une terminologie volontairement vague pour masquer la surveillance d’une expression pourtant protégée par le Premier Amendement. C’est exactement le genre de comportement qu’on attend d’un système sans garde-fous : si vous pouvez chercher n’importe quoi sans laisser de trace claire, vous finirez par chercher n’importe qui.

La surveillance ne s’arrête pas aux grandes manifestations

Trois agences ont utilisé Flock pour cibler des militants de Direct Action Everywhere, une organisation de défense des droits des animaux qui pratique la désobéissance civile pour exposer les conditions des élevages industriels.

La police d’État du Delaware a interrogé le réseau Flock 9 fois en mars 2025 pour des actions liées à ce groupe. 9 fois en un mois, pour un collectif qui documente des maltraitances animales. Le discours officiel parle de lutte contre le crime violent.

Le profilage racial, industrialisé

L’analyse de novembre 2025 de l’EFF a révélé un autre motif : plus de 80 agences de police ont utilisé un langage perpétuant des stéréotypes contre les Roms dans leurs recherches sur le réseau national Flock. Entre juin 2024 et octobre 2025, la police a effectué des centaines de recherches avec des termes comme « roma » et des insultes raciales, souvent sans mentionner un crime suspecté.

Les journaux d’audit montrent des recherches comme « roma traveler », « possible g*psy » et « g*psy ruse ». Le département de police de Grand Prairie au Texas a cherché cette insulte 6 fois avec la fonctionnalité « Convoy » de Flock, qui identifie les véhicules circulant ensemble. 6 fois, pour cibler une communauté itinérante sans spécifier de délit.

Selon une enquête Harvard de 2020, quatre Américains roms sur dix déclarent avoir subi un profilage racial par la police. Flock ne fait que rendre cette discrimination plus rapide et plus facile à exécuter à grande échelle. C’est le profilage racial, mais avec une interface propre et un logo sympa.

Quand la surveillance devient une arme contre l’avortement

En octobre 2025, l’EFF a obtenu des documents montrant que des adjoints du shérif au Texas ont interrogé les données Flock dans ce que la police qualifiait d’enquête sur une personne disparue, mais qui était une affaire d’avortement.

Les adjoints ont lancé une « enquête sur un décès » concernant un « fœtus non viable », ont consigné comme preuve l’avortement autogéré d’une femme, et ont consulté des procureurs au sujet de poursuites. Un fonctionnaire du comté de Johnson a effectué deux recherches avec la note « a avorté, rechercher une femme ».

La seconde recherche a sondé 6 809 réseaux, accédant à 83 345 caméras à travers presque tout le pays. Laissez ce chiffre s’imprimer une seconde : une seule requête, 83 000 caméras, presque tout le territoire national. Avec une supervision minimale et un potentiel d’abus maximal, particulièrement quand c’est utilisé contre des personnes cherchant des soins de santé reproductive.

Les mises à jour ne résoudront rien

Les abus documentés en 2025 ne viennent pas de l’usage d’une agence isolée. Ils découlent de l’architecture elle-même.

Les études qui comptent

EFF's Investigations Expose Flock Safety's Surveillance Abuses: 2025 in Review ↗
lemmy.world ↗

Ce que la vidéosurveillance m’a appris sur la mémoire des machines

Grégory Hénique, auteur de desgeeksetdeslettres.com

Quand j’étais planton en brigade, on m’a appris un truc tout bête : une caméra, ça ne ment pas, mais ça ne dit pas tout non plus. Le problème, c’est que les gens croient le contraire.

J’ai vu des collègues passer des heures à éplucher des bandes de vidéosurveillance de supermarché pour retrouver un type qui avait volé un portefeuille. On gelait l’image, on zoomait, on comparait avec les photos d’identité. Parfois, on tenait notre homme.

Parfois, l’image était trop floue, trop sombre, trop lointaine. Et le type passait entre les mailles.

Sur une image de vidéosurveillance, je regarde d’abord les mains. C’est là qu’on voit si la personne est stressée, si elle cache quelque chose. Une caméra qui lit les plaques, elle, ne regarde jamais les mains.

Grégory Hénique

Pour aller plus loin, NordVPN reste l'option que je recommande pour ce genre de situation.