Être un vieux Geek a du bon

Grégory Hénique — 03/07/2026

Je ne suis pas du genre à me lamenter sur la « vieille époque ». Parce que je suis d’un naturel optimiste :

Simplement aujourd’hui, j’ai envie de faire un constat sur la tendance actuelle. Et puis bon c’est un peu mon rôle aussi non ? De temps en temps il faut bien poser les choses à plat.

La tendance actuelle, selon moi, c’est le creusement d’un fossé entre les Geeks d’antan (il y a une vingtaine d’années, à l’époque où on téléchargeait des drivers sur des CD-Roms qu’on se prêtait entre potes) et les nouveaux Geeks d’aujourd’hui, ceux qui ont commencé à surfer avec les iPhone. Et je pèse mes mots, c’est pas une critique, c’est une observation.

Cette réflexion, je l’avais esquissée en 2011. Elle résonne encore plus fort aujourd’hui, à l’heure où l’IA et les services cloud nous éloignent encore un peu plus du « faire soi-même ». C’est marrant comme le temps donne raison à certaines intuitions. Source

La simplicité se paye. Nos fils et nos filles n’auront plus le goût du bidouillage. Ils n’auront plus envie d’aller sur Google pour chercher un logiciel à installer. Tout ce qu’ils auront à faire, c’est payer pour telle application.

vieux geek ringard

Et encore, avec les abonnements, c’est pire : ils paient tous les mois sans même posséder le logiciel. Une époque formidable.

Le fossé se creuse entre ces personnes-là et les anciens Geeks qui n’avaient pas peur des lignes de code ou des installations foireuses, limites légales, qui les dépannaient d’un crash général. Moi-même, j’ai passé des nuits à compiler des noyaux Linux pour gagner 3% de performance. Aujourd’hui, on clique sur « Mettre à jour » et on prie pour que ça marche.

Beaucoup de choses évoluent. Mais à l’instant présent, les anciens Geeks qui n’ont pas peur du compliqué ont un terrain d’avance sur les jeunes plus enclins à sortir leur carte bleue à chaque difficulté. C’est un peu comme en cuisine : ceux qui savent faire leur pain ne sont pas dépendants de la boulangerie.

Les atouts concrets du vieux geek aujourd’hui

Alors, concrètement, en quoi le fait d’être un « vieux geek » est-il un avantage aujourd’hui ? Voici quelques domaines où l’expérience fait la différence :

Domaine Atout du vieux geek Exemple concret
Dépannage informatique Capacité à résoudre des problèmes sans passer par des solutions payantes ou cloud Réparer un disque dur défaillant avec des outils en ligne de commande
Domotique Compréhension des protocoles et des réseaux, pas de dépendance aux assistants vocaux Configurer un serveur domotique maison avec Home Assistant
Jeux vidéo Connaissance des mécaniques de jeu classiques, capacité à émuler et à restaurer du matériel Organiser une LAN party avec des jeux rétro sur des machines reconditionnées
Souveraineté numérique Capacité à auto-héberger des services, à se passer des GAFAM Héberger son propre cloud avec Nextcloud

Un fossé qui se creuse, mais pas une fatalité

Bien sûr, tout n’est pas noir. Les jeunes geeks d’aujourd’hui ont d’autres compétences. Ils sont souvent plus à l’aise avec les réseaux sociaux, le montage vidéo, la culture numérique collaborative. Mais il y a quelque chose d’irremplaçable dans le fait d’avoir grandi à une époque où, si tu voulais faire fonctionner un truc, tu devais le comprendre en profondeur.

C’est comme apprendre à lire une carte papier avant d’utiliser Google Maps : ça change la perception du monde.

Ce n’est pas une question d’âge, ni de nostalgie. C’est une question de méthode. Le vieux geek a appris à tâtonner, à échouer, à recommencer. Il n’a pas peur de la ligne de commande, ni de lire un fichier de configuration.

Ces compétences, aujourd’hui, ont une vraie valeur. Dans un monde où tout est emballé dans une interface lissée et payante, savoir ce qui se cache derrière le rideau est un super-pouvoir. Et ça, personne ne pourra vous le vendre.

Est-ce que les jeunes geeks sont moins compétents que les anciens ?

Pas du tout. Ils ont simplement des compétences différentes, souvent plus orientées vers l’usage que vers la technique pure. Le vrai problème, c’est la dépendance aux solutions clé en main et payantes, qui les prive de la liberté de bidouiller. Mais beaucoup d’entre eux, avec un peu de curiosité, peuvent très bien rattraper ce « retard ». J’en connais qui ont appris Python tout seuls à 15 ans, alors bon.

joueur de pc geek

Un geek ne vieillit pas, il monte en expérience

Cette idée que les « vieux geeks » ont un atout, c’est aussi celle que partagent certains blogueurs. Frédéric Bezies, par exemple, emploie une formule que j’affectionne tout particulièrement :

Et ce n’est pas un cas isolé. Le blog Vieux Geek (vieuxgeek.fr), tenu par un autre passionné, regorge de tutoriels sur la restauration de vieux PC, la configuration de Windows XP pour des LAN parties rétro, ou encore la domotique. La preuve que le fameux « esprit geek » du bidouillage est toujours vivace chez ceux qui ont connu l’époque où tout était à faire soi-même. J’ai passé une heure à lire leurs articles sur la réparation d’alimentations ATX.

Passionnant.

La culture geek : une histoire de passion et de partage

Cette fracture n’est pas une fatalité. Comme le souligne un sociologue spécialiste de la question, la culture geek ne se résume pas à une simple étiquette marketing. Comprendre ce que signifie aujourd’hui être geek, c’est se placer du point de vue de ceux qui se sentent geeks. Ils donnent à ce mot un sens lié à leur propre parcours, à leurs goûts et à un collectif dans lequel ils se reconnaissent.

C’est presque philosophique, quand on y pense.

Être geek, ce serait donc avant tout une affaire de passion commune et de sentiment d’appartenance. Bien plus qu’une simple consommation de produits high-tech. Et ça, c’est rassurant. Parce que ça veut dire que l’esprit peut survivre aux modes.

La tech, des mondes imaginaires et un sentiment de rejet

Mais comment définir cette communauté aux contours flous ? Le chercheur identifie deux grands univers de pratiques :

homme essaye de coder

Pour simplifier, le geek serait donc un expert aux connaissances poussées dans un domaine, ou un créateur de mondes. Ce qui lie finalement les membres de cette communauté, au-delà de leurs centres d’intérêt, c’est aussi le sentiment de rejet qu’ils ont eu en commun. Un vécu partagé qui forge une identité forte, même si le terme a été depuis largement récupéré par la culture populaire. Vous vous souvenez de l’époque où « geek » était une insulte ?

Moi oui. Cette idée de communauté et de partage des connaissances est au cœur de nombreux blogs de « vieux geeks ». Sur le site de Frédéric Bezies, on trouve par exemple un récit semi-autobiographique intitulé Mémoire de vieux geek, publié dès 2013. Il y mêle ses passions pour l’informatique, la musique et les « trucs bizarres ». Une démarche qui illustre parfaitement cette volonté de transmettre une expérience brute.

C’est un peu le pendant geek des mémoires de grands-mères, en plus numérique.

Le blog Vieux Geek va encore plus loin dans le partage pratique. On y trouve des articles très techniques sur la configuration de serveurs, l’optimisation de réseaux domestiques, ou encore la souveraineté numérique. La preuve que l’expertise technique reste un pilier fondamental de cette culture. Et ça fait du bien de voir que des gens prennent le temps de documenter ça.


Est-ce vrai qu’un geek ne vieillit pas : il monte en expérience ?

Cette idée que les « vieux geeks » ont un atout, c’est aussi celle que partagent certains blogueurs. Les mains dans la bidouille : c’est tout un art pour eux.

Pour aller plus loin

Ce qu’il faut retenir

Le vieux geek a un atout :

Mais elle n’est pas réservée aux anciens. La curiosité et la volonté de comprendre restent les meilleurs moteurs pour apprendre, quel que soit votre âge.

Alors, que vous soyez un vieux de la vieille ou un jeune padawan, n’arrêtez jamais de bidouiller. Et si vous croisez un gamin qui croit que « rooter » c’est du jardinage, prenez le temps de lui expliquer. Ça vaut le coup.

Et si vous avez des anecdotes de bidouillage, pensez à les partager dans les commentaires. Ça fait toujours plaisir.

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