Fin des jeux PlayStation physiques : le disque collector

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Écrit par Grégory Hénique

Ancien officier de police judiciaire. Dix-sept ans de gendarmerie, dont trois à Saint-Pierre-et-Miquelon.

 

Je décortique la surveillance et je vous donne les outils pour y échapper. Chaque dimanche, dans la newsletter.

 

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Le 1er juillet 2026, Sony a signé l’arrêt du jeu PlayStation sur support physique. À partir de janvier 2028, plus aucun nouveau titre ne sortira en disque. Les lecteurs Blu-ray 4K de la marque disparaissent des catalogues. Ce que l’entreprise a imposé comme standard pendant vingt ans devient un produit de luxe pour collectionneurs.

Chaque disque restant devient mécaniquement une pièce de collection.

J’ai suivi l’évolution du jeu PC, puis des consoles, avec ce réflexe de posséder l’objet. Voir Sony démonter le standard qu’il a lui-même imposé, c’est assister à la fin d’une logique qui a structuré 30 ans de jeu vidéo.

Le Blu-ray devient un objet de collection

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Sony ne vend plus seulement des jeux ou des films. La firme a aussi arrêté ses lecteurs Blu-ray, comme le rapportait Gizmodo.

La firme vend un accès temporaire à un environnement fermé. Le matériel devient un ticket d’entrée. Le catalogue numérique, un abonnement renouvelable.

Le jeu vidéo physique disparaît au profit d’une licence d’utilisation. Le film suit. La question n’est plus quel support acheter, mais quels droits vous gardez.

Le calendrier est confirmé par Figurine and Pop. Après cette date, distribution exclusivement numérique. Le verrou se referme.

Le consommateur face à un choix sans alternative

Reste une question : que faites-vous quand vous ne pouvez plus acheter ce que vous voulez posséder ?

  • Accepter l’abonnement et perdre le contrôle du catalogue.
  • Se tourner vers l’occasion tant qu’elle existe.
  • Basculer sur PC, où le contrôle de la machine reste plus large.

Sony parie sur la première. L’occasion s’érode. Le PC reste une porte ouverte pour ceux qui refusent le verrou.

Le lecteur Blu-ray disparaît. Pas pour une raison technique. Pour une raison commerciale.

Sony a tranché, le calendrier est posé. La question n’est plus de savoir si le physique va mourir, mais ce que l’entreprise compte vendre à la place.

Depuis l’annonce du retrait du lecteur optique sur les prochaines consoles PlayStation, une partie du public croit à un malentendu. Ce n’en est pas un. La stratégie est cohérente, documentée, et vise un objectif : transformer l’achat d’un jeu en location déguisée.

J’ai vu les jeux en boîte, puis les clés d’activation, puis les plateformes. Chaque étape a retiré un droit au joueur. Celle-ci retire le dernier : la revente.

Un catalogue, pas une bibliothèque

Quand vous achetez un jeu dématérialisé sur le PlayStation Store, vous n’achetez pas le jeu. C’est le même mécanisme que la fin de la propriété des jeux sur disque. Vous achetez une licence d’utilisation, révocable, liée à un compte, soumise à des conditions générales que Sony peut modifier. Le disque, lui, offrait une propriété : il se prête, se revend, se conserve hors ligne.

homme cherchant disques ps5

En 2024, Sony a discrètement renforcé les conditions de ses licences numériques : en cas de fermeture du compte ou de bannissement, l’accès aux jeux achetés peut être suspendu sans remboursement. Le joueur ne possède plus rien, même après avoir payé le prix fort.

Le discours officiel parle de modernité, de dématérialisation, d’écologie. Le marché du disque physique reste pourtant le seul où le joueur peut revendre. C’est aussi une forme de contrôle que dénoncent les défenseurs du jeu vidéo libre.

L’objectif est ailleurs : supprimer le marché de l’occasion, qui échappe à Sony. Chaque jeu d’occasion revendu est une vente neuve perdue. Le calcul est simple.

Le marché de l’occasion sacrifié

Sur une console à lecteur optique, un joueur achetait un jeu 80 euros, le terminait, le revendait 40. Le coût de sa session était divisé par deux. Sony encaissait 80 euros une fois, puis plus rien.

Les boutiques d’occasion le savent. Les enseignes spécialisées réduisent leurs rayons PlayStation. Les revendeurs indépendants suivront. Le marché qui se construit est celui d’une consommation captive, sans échappatoire.

L’abonnement comme nouveau modèle

Le lecteur optique disparu, Sony pousse vers le PlayStation Plus, son abonnement. Un catalogue accessible tant que vous payez. Plus de paiement, plus d’accès. Le joueur ne possède rien, il loue un flux.

Ce modèle, c’est celui de Spotify pour la musique, de Netflix pour les films. Appliqué au jeu vidéo, il a une conséquence : les jeux sont des produits à durée de vie longue, souvent rejoués des années après leur sortie. L’abonnement casse cette temporalité.

homme met un jeu playstation disque

Un jeu acheté en 2015 se relance en 2026. Un jeu loué disparaît du catalogue dès que Sony le retire. Le joueur perd la mémoire de sa ludothèque.

Et pour accéder aux catalogues internationaux, contourner les restrictions géographiques des plateformes, un VPN devient un réflexe de base.

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Le prix psychologique du dématérialisé

Le dématérialisé devrait coûter moins cher. C’est l’argument que Sony a martelé pendant des années : pas de boîte, pas de manuel, pas de coût de distribution, donc un prix plus bas. La réalité est inverse.

Les jeux neufs en version numérique sortent au même prix que les versions physiques. Parfois plus cher, car le PlayStation Store applique les tarifs éditeur sans la concurrence des enseignes. Le joueur paie le même prix pour moins de droits.

Un intervenant sur les forums résume : « Si le support disparaît, le prix du dématérialisé devrait tomber au niveau d’un abonnement type Spotify pour que la console reste attractive. Ce n’est pas acquis. »

Ce n’est pas acquis du tout

Sony n’a aucune raison de baisser ses prix tant que le public accepte de payer. Et le public accepte, parce qu’il n’a plus le choix.

Le paradoxe Microsoft

L’histoire réserve une ironie. En 2013, Microsoft avait tenté d’imposer une Xbox One sans marché de l’occasion, avec des restrictions sur le prêt de jeux. Sony avait joué la carte du support physique, avec une vidéo devenue culte où 2 employés expliquaient comment partager un jeu : il suffisait de tendre le disque.

Cette vidéo avait enterré la Xbox One avant sa sortie. Sony s’était posé en défenseur du joueur, du disque, de la propriété.

Certains observateurs notent que ce revirement pourrait profiter à Microsoft. Un constructeur qui maintiendrait le support physique au prochain cycle de consoles disposerait d’un argument massif auprès d’un public échaudé. Microsoft n’a pour l’instant donné aucun signal en ce sens.

Le coût des composants, l’autre frein

Un lecteur tempère l’enthousiasme : la hausse des prix des composants complique toute stratégie agressive. RAM, GPU, SSD, tout remonte. Un SSD SATA de 120 Go coûtait environ 100 dollars en 2012, quand un modèle NVMe de 1 To se trouvait au même prix quelques années plus tard. Cette parenthèse de baisse est terminée.

Pour un constructeur, chaque lecteur optique supprimé représente une économie immédiate. Le retrait du Blu-ray ne répond pas seulement à une stratégie de licence : il allège aussi la facture industrielle. Les deux logiques se renforcent.

Ce que vous perdez concrètement

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Le tout-numérique n’est pas qu’une question de confort. Il engage des pertes mesurables, que Sony ne mentionne pas dans ses communications.

  • La revente de vos jeux, qui finançait l’achat suivant.
  • Le prêt à un ami ou à un proche.
  • La conservation hors ligne, sans serveur d’authentification.
  • La transmission de votre bibliothèque à vos enfants.
  • La possibilité de jouer à un jeu retiré du catalogue.

Chacun de ces droits existait avec un disque. Chacun disparaît avec une licence. Le joueur ne s’en rend pas toujours compte à l’achat, parce que Sony ne le met pas en avant.

Mais le contrat est clair. C’est le même mécanisme que la fin de la propriété des jeux sur disque.

Le Steam Deck, lancé à 400 dollars et resté à ce tarif pendant des années, a montré qu’un autre modèle existe : une machine ouverte, où le joueur garde le contrôle de ses fichiers. Sony n’a pas choisi cette voie. Il a choisi l’enfermement.

Que faire si vous possédez déjà des jeux PlayStation en boîte ?

Conservez votre console actuelle aussi longtemps que possible. Les jeux physiques restent lisibles sur les machines équipées d’un lecteur. Si vous changez de console, vérifiez qu’elle propose encore une option avec lecteur optique avant d’acheter.

Le casse-tête juridique français

Situation en FranceCe que dit la loiCe qui se passe vraiment
Vous achetez un jeu dématérialisé sur le PS Store à 79,99 €Le Code de la consommation (article L. 221-1) reconnaît le contenu numérique comme un bienLes CGU Sony parlent de « licence d’utilisation », pas de propriété. Vous payez le prix d’un bien pour obtenir une permission révocable
Sony ferme un serveur ou retire un jeu de la venteLa garantie légale de conformité (2 ans) ne couvre pas la fermeture de services en ligneVotre « achat » disparaît sans recours. Aucune jurisprudence française n’a encore tranché sur la fermeture d’un store console
Vous voulez revendre votre jeu dématérialisé sur LeboncoinLa Cour de justice de l’UE (arrêt UsedSoft, 2012) a reconnu le droit de revente de logiciels d’occasionSony interdit la cession de compte dans ses CGU. Le marché de l’occasion numérique n’existe pas en pratique
Vous achetez un jeu en version physique chez MicromaniaVous êtes propriétaire du support. La revente est libre (droit de propriété classique)Le Blu-ray ne contient souvent qu’une clé d’installation. Sans le serveur Sony, le disque devient un presse-papier

Ce que les utilisateurs racontent

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Le débat ne se résume pas à une opposition binaire entre « tout dématérialisé » et « tout physique ». Un retour d’expérience souligne que l’intérêt pour les supports physiques repart à la hausse depuis un moment.

La décision de Sony est perçue par certains joueurs comme une opportunité historique pour un concurrent de se positionner en défenseur du jeu sur disque, un scénario qui rappelle le retournement de situation où Sony s’était moqué des restrictions envisagées par Microsoft avant la sortie de la Xbox One.

Conséquence directe de cette hausse : l’argument tarifaire qui poussait vers la console s’érode, et le PC redevient compétitif. Si les consoles perdent le support physique en prime, la balance penche davantage vers le PC pour ceux qui veulent garder le contrôle de leur machine.

Mais le frein le plus concret reste localisé : dans certaines régions, beaucoup de joueurs n’achètent des jeux console que parce qu’ils peuvent les revendre ou les acheter d’occasion. Sans cette possibilité, la console perd son intérêt économique. Pour qu’une console sans lecteur de disques reste attractive dans ces zones, il faudrait que les prix des jeux dématérialisés baissent jusqu’à ressembler à un abonnement mensuel type musique ou vidéo en streaming, ce qui n’est pas la trajectoire actuelle du marché.

Le jeu vidéo devient un service

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Un service se modifie. Il peut retirer des titres, augmenter ses tarifs, restreindre ses fonctionnalités. Un produit acheté reste ce qu’il est. Le glissement est progressif, et c’est ce qui le rend efficace : personne ne se révolte contre une commodité.

Regard OPJ · numéro du 15 octobre 2026

Ce que j'ai décortiqué il y a deux semaines

Des années de réquisitions. Deux faits, deux remèdes. Les abonnés les ont déjà lus. Vous, pas encore.

iOS 27 neutralise votre bloqueur de pubs DNS sans vous demander votre avis

La mise à jour iOS 27 embarque un réglage appelé Connectivity Assist. Activé par défaut, il contourne les bloqueurs de publicité basés sur le DNS comme NextDNS, AdGuard ou Pi-hole.

Ce que je fais : Je désactive Connectivity Assist sur tous mes appareils iOS dès la mise à jour installée. Ensuite, je vérifie que mon bloqueur DNS fonctionne encore.

Amazon équipe ses livreurs de lunettes qui photographient tout

Amazon a construit des lunettes connectées avec caméras intégrées pour ses livreurs. Elles prennent des photos de tout ce que le livreur voit, y compris les personnes et les propriétés.

Ce que je fais : Je n'achète plus rien sur Amazon quand je peux l'éviter. Et si un livreur arrive avec ces lunettes, je lui demande de les retirer avant d'ouvrir.

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En 1997, j’ai acheté Diablo dans un boîtier cartonné, avec un manuel papier. Je l’ai encore. Je peux l’installer aujourd’hui, sans compte, sans connexion, sans autorisation.

C’était un achat. Ce que Sony propose désormais n’en est plus un.

La question n’est pas de savoir si le physique va survivre comme objet de collection. Il survivra, porté par une minorité. La vraie question est ce que le grand public accepte de perdre en échange d’un bouton « télécharger ».

Et la réponse, pour l’instant, penche du mauvais côté.

Ce que Diablo m’a appris sur la possession d’un jeu

Grégory Hénique, auteur de desgeeksetdeslettres.com

J’ai acheté Diablo à sa sortie en 1997. La boîte, le CD, le manuel, tout ça trônait près du PC familial. Je suivais le jeu dans Joystick avant même de pouvoir me l’offrir.

Quand j’ai créé mon compte Path of Exile en juillet 2013, le jeu était encore en Open Beta. Rien à installer, rien à posséder physiquement. Juste un compte, un pseudo, et des centaines d’heures devant moi.

Le CD de Diablo est toujours dans un carton quelque part. Mon compte Path of Exile, lui, ne pèse rien et ne se range nulle part.

Grégory Hénique

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