Dans l’Italie contemporaine, des fillettes arrachées à la mort deviennent des cyborgs. On les entraîne comme assassins d’État. Chacune est liée à un adulte : son maître, son protecteur, son unique repère.
Gunslinger Girl ne cherche pas à atténuer son propos. Il ausculte la fabrication d’armes humaines à partir d’enfants brisées. Vingt ans après sa diffusion, le malaise reste intact et le débat vif.
Yu Aida, né le 8 novembre 1977, a commencé Gunslinger Girl le 21 mai 2002. Le manga compte 15 volumes. L’adaptation animée, elle, est arrivée en 2003. Et depuis, ça débat sec.
Gunslinger Girl, l’anime qui divise encore
[dgedl]L’intrigue se déroule dans l’Italie contemporaine. Des gamines transformées en cyborgs servent d’assassins pour une organisation gouvernementale. Chacune est sous la coupe d’un homme adulte qui lui sert de "maître". Le postulat est déjà malaisant, et la série ne fait rien pour arrondir les angles.
Vous avez peut-être croisé ce titre sur une plateforme (Crunchyroll l’a récupéré en 2017, Netflix en 2016). Henrietta, rescapée d’un massacre familial, est "réparée" avec des composants cybernétiques par une agence de protection sociale privée. Derrière cette façade, on la conditionne pour devenir une tueuse au service du gouvernement italien. Elle n’est pas seule : quatre autres filles partagent ce quotidien où l’innocence et l’assassinat cohabitent sans pudeur.
Sur le papier, on croirait à un anime de gunfights de plus. La première saison prend un virage contemplatif. Pas de chorégraphies spectaculaires.
On observe la mécanique psychologique : le conditionnement, le traumatisme, et cette question éthique qui reste en travers de la gorge. Peut-on réparer un corps sans réparer l’esprit ?
Le format de 13 épisodes laisse le temps d’installer une ambiance. L’esthétique MADHOUSE est soignée. Le générique d’ouverture, The Light Before We Land des Delgados, donne ce ton doux-amer à part.
Treize épisodes, des gamines armées jusqu’aux dents, et une question qui revient : que reste-t-il d’humain quand on a tout effacé ? Gunslinger Girl n’est pas un divertissement confortable. La série vous regarde droit dans les yeux sans ciller.
Date de sortie
La première saison a été diffusée au Japon entre le 9 octobre 2003 et le 19 février 2004. Une suite, Gunslinger Girl -Il Teatrino-, a suivi entre le 8 janvier 2008 et le 1er avril 2008.
Deux épisodes supplémentaires sont sortis en DVD au Japon en octobre 2008.
La deuxième saison change d’équipe et d’approche. La différence saute aux yeux : traits plus ronds, ambiance plus conventionnelle, et l’arc Pinocchio tire vers l’action classique. Certains y voient une trahison de l’esprit original, d’autres une lecture plus accessible.
Comparer les deux saisons revient à comparer deux philosophies de mise en scène. Pour le spectateur français, c’est un cas d’école, et frustrant si vous êtes attaché à la première version.
Nombre d’épisodes
13 pour la première saison. 15 pour la deuxième.
La deuxième saison serait moins bonne selon les critiques. Je ne l’ai pas visionnée. Seul le scénario de la première saison a été écrit par Yu Aida.
Où regarder Gunslinger Girl en streaming
Où trouver la série en version légale aujourd’hui ? L’anime Gunslinger Girl est disponible sur Crunchyroll depuis 2017, avec la première saison complète en VOSTFR. Netflix l’a aussi proposée par le passé, mais les catalogues changent. Vérifiez sur JustWatch si le titre est encore actif dans votre région avant de vous abonner.
Pour la VF, c’est plus compliqué. L’édition DVD française de Kazé, sortie en 2006, reste la référence pour la version doublée. Les épisodes ne sont pas tous dispo en streaming en VF. Si vous tenez à la voix française d’Henrietta, le support physique reste le plus sûr.
- Screenshot
- Résumé.
« Henrietta » était une petite fille quand sa famille a été massacrée, la laissant pour morte. Une organisation secrète, travaillant pour le compte du gouvernement italien, la récupère.
L’anime décrit la vie de ces filles pas encore adolescentes. L’organisation leur donne des corps cybernétiques et leur fait subir des lavages de cerveau. Entraînées chacune par un professeur particulier, elles travaillent comme tueuses à gages pour le gouvernement. Quatre de ces tueuses sont particulièrement décrites.
Les relations avec leur entraîneur, leurs états d’âme et leurs sentiments contrastent avec le boulot violent qu’elles exécutent sans sourciller.
Henrietta
La première saison s’attarde sur le personnage d’Henrietta.
Henrietta a été l’une des premières cyborgs de la première génération de l’Agence, avec son maître Jose Croce. Elle a la peau claire, les cheveux courts et bruns clairs avec une frange. Les yeux marrons.
Henrietta porte des robes la plupart du temps. Elle trimballe un étui de violon Amati dans lequel elle a stocké un P90.
Henrietta est troublée et timide, sauf quand elle est bouleversée et qu’elle a la force d’affirmer ses opinions. Comme les autres cyborgs, elle est protectrice à l’égard de son maître et s’occupe du moindre geste menaçant esquissé contre lui. Elle montre aussi des signes de jalousie quand elle sent qu’il prête attention à d’autres femmes.
Son passé lui est méconnu et oublié, ce qui l’angoisse. Ses armes préférées sont le SIG-Sauer P-239 bicolore (porté dans un petit étui), le FN P90 PDW (porté dans un étui Amati) et le FN FAL. Elle et son maître ont aussi utilisé le fusil de sniper Walther WA 2000 et l’Ingram MAC-10. Source : animenewsnetwork.com
Laissée pour morte après le meurtre de sa famille, au cours duquel elle a aussi été agressée, Henrietta a subi de graves traumatismes psychologiques, la rendant suicidaire. Comme les autres filles-cyborgs, on lui a fait un lavage de cerveau pour qu’elle oublie ces événements par une technique connue sous le nom de conditionnement.
Questions fréquentes
Combien d’épisodes compte Gunslinger Girl au total ?
La première saison compte 13 épisodes, la seconde 15. Ajoutez deux OAV sortis en DVD au Japon en octobre 2008, et vous obtenez 30 segments animés. C’est court, dense, et ça se regarde en un week-end. Pour ma part, je conseille de ne pas enchaîner les épisodes : chaque chapitre mérite qu’on le laisse décanter.
Questions inspirées de la série
J’ai trouvé cet anime excellent. Au fil du visionnage, plusieurs impressions se sont dégagées, que je retranscris ici. Quelques thèmes de la série reviennent dans les mangas, à la manière de traumatismes qu’auraient subi les Japonais (en gras les questions suscitées par l’anime).
- La relation maître / servant : d’où vient la fidélité de ce dernier ?
- Les sentiments des filles mis en opposition avec leurs actes horribles : jusqu’où ces sentiments peuvent-ils mener par amour ?
- La mémoire perdue / retrouvée : la mémoire d’un homme représente-t-elle toute son identité, ou peut-on se reconstruire à partir de rien ?
- La différence entre ce qu’on est / ce qu’on fait : quel est le plus important ? Peut-on faire la différence ? Peut-on admirer l’un et détester l’autre ?
- L’innocence et la souffrance : vaut-il mieux savoir et souffrir, ou ne rien savoir pour éviter de souffrir ?
- La communication / le manque de communication dans un couple.
- La différence homme / robot : n’est-on pas un être humain à partir du moment où l’on ressent des émotions ?
- L’éducation : deux façons de la donner, en inspirant l’admiration ou la peur.
Mon avis sur Gunslinger Girl
Cet anime bien dessiné m’a rappelé l’histoire de Nikita en 10 ans plus jeune. Dans cette variante, des assassins dominants possèdent chacun une jeune fille attirante transformée en cyborg pour devenir une machine de combat désintéressée et efficace.
Ces filles subissent un « conditionnement » qui les rend dévouées et obéissantes à leur maître, prêtes à les défendre à tout prix. Elles ne vieillissent jamais car leur espérance de vie est réduite à quelques années.
Aucune de ces filles-cyborgs, sauf Triela, n’a atteint la puberté. Les autres semblent avoir 10 ans ou moins. Quand Henrietta voit pour la première fois que Triela souffre de crampes menstruelles, elle explique sans état d’âme que son propre utérus a été enlevé pendant son conditionnement.
Le but de l’agence est de créer une force de combat urbaine composée de « fratellos » (couples maîtres/filles-cyborg) pour combattre le terrorisme.
Pour étayer le fondement moral du scénario, on suppose que toutes les filles altérées ont été des patientes en phase terminale : la technologie cyborg les aurait sauvées d’une mort probable.
Ce qui est intéressant à observer, ce sont les différences entre les maîtres et les filles-cyborgs, et l’évolution de leurs relations. Malgré la ligne officielle selon laquelle les filles sont modifiées à un point où elles ne sont plus vraiment humaines, certains maîtres refusent de les considérer comme une pièce d’équipement de combat (bien entretenue, précieuse, mais consommable).
D’un côté il y a José, qui adore sa Henrietta et la récompense quand elle n’est pas en mission. De l’autre, le maître de Helsa, qui ne fait que du business et qui dédaigne sa charge.
Il est agréable aussi de voir comment les filles se comportent lorsqu’elles sont ensemble, ce qui est généralement le cas dans leur chambre de dortoir. En plus de leurs tâches d’entretien des armes, elles font des choses plus humaines comme la lessive ou le bavardage.
Elles discutent d’elles-mêmes et de leur conditionnement en des termes sereins mais conscients. Elles peuvent souffrir, mais elles ne s’en offusquent pas. Elles peuvent ne pas être d’accord, mais obéissent quand même aux ordres. La situation est ambivalente.
L’une des raisons de regarder cet anime est qu’il illustre certains drames qu’aucun autre scénario n’aurait pu décrire si parfaitement.
Gunslinger, un désaccord créatif avec l’auteur
[dgedl]Le corpus révèle que Yu Aida a exprimé son mécontentement vis-à-vis de l’adaptation animée. Selon les sous-titres, l’auteur estime que l’anime « fait un mauvais travail » en adaptant son manga. Cette position du créateur original contraste avec l’opinion de certains fans, pour qui l’anime surpasse le manga.
La bande-son, un personnage à part entière
[dgedl]On parle peu de la musique de Gunslinger Girl. C’est une erreur. La première saison s’appuie sur des compositions de Toshihiko Sahashi, qui a travaillé sur Hunter x Hunter et Full Metal Panic.
Le générique de fin, Dopo il Sogno d’Opus, chante en italien. L’action se déroule en Italie, et la série multiplie les références à la culture transalpine, des noms de lieux aux marques d’armes. Cette cohérence sonore renforce l’ancrage géographique.
| Saison | Épisodes | Studio | Diffusion | Ouverture |
|---|---|---|---|---|
| Gunslinger Girl | 13 | MADHOUSE | 2003-2004 | The Light Before We Land |
| Il Teatrino | 15 | Artland | 2008 | Tatta Ichi-tsu no Omoi |
L’angle français que personne n’ose
Pourquoi comparer les deux saisons revient à juger deux œuvres différentes ?
La première saison (2003) assume un rythme contemplatif, presque documentaire sur la manipulation. La seconde (2008) accélère, ajoute des arcs plus spectaculaires et un character design plus lisse. Ce n’est pas une suite, c’est une réinterprétation. Le spectateur français qui découvre les deux d’affilée sur une plateforme de streaming peut avoir l’impression d’un reboot déguisé (et c’est exactement ce décalage qui explique les notes d’audience divergentes).
Ce que les utilisateurs racontent
Quand vous stockez une série sur un serveur multimédia, la notion de « saison » devient vite piégeuse avec les anime.
Un utilisateur explique que Gunslinger Girl et sa suite. Il Teatrino sont deux productions distinctes, mais que sa bibliothèque les traite comme une seule entité dès qu’il les range dans deux dossiers différents. Le logiciel ne comprend pas qu’il s’agit d’une série originale puis d’une continuation, pas d’une saison 1 et d’une saison 2 classiques.
Le problème ne vient pas du nommage des fichiers, mais de la façon dont la base de données interprète les métadonnées. L’utilisateur a beau renommer les dossiers, l’outil continue de fusionner les deux œuvres ou d’afficher des épisodes dans le désordre. La solution demandée n’est pas cosmétique : il veut que l’original et Il Teatrino apparaissent comme deux entrées séparées, avec leurs jaquettes et leurs résumés respectifs.
Ce cas illustre une difficulté récurrente pour les collectionneurs d’anime. Contrairement aux séries occidentales où les saisons s’enchaînent naturellement, les continuations japonaises portent souvent des titres modifiés (sous-titres, changement de studio, nouvelle appellation). Les scrapers de métadonnées calent sur ces variations et imposent des regroupements arbitraires, obligeant à bidouiller des fichiers NFO ou à scinder manuellement les bibliothèques.
L’héritage de Gunslinger Girl dans l’animation
[dgedl]20 ans après sa diffusion, la série reste une référence pour les récits qui mêlent enfance et violence d’État. Des titres comme Madoka Magica ou Yuki Yuna is a Hero reprennent ce motif de la jeune fille sacrifiée. Aucun n’atteint la retenue clinique de Gunslinger Girl.
Le manga de Yu Aida, publié en 15 volumes, est épuisé en France. Les occasions se négocient cher sur les marketplaces. Pour découvrir l'œuvre originale, préparez-vous à chasser les tomes un par un.
Un détail me frappe à chaque revisionnage : l’anime ne juge jamais. Il montre des gamines qui nettoient des P90 en papotant, et vous laisse seul avec votre malaise. C’est d’une honnêteté rare.
Gunslinger Girl est-il adapté à un public adolescent ?
Non. Malgré ses héroïnes prépubères, la série aborde frontalement le conditionnement mental, la prostitution d’État et la mutilation. La violence n’est pas graphique au sens gore du terme, mais l’atmosphère est lourde. Je le déconseille avant 16 ans, et encore, avec un accompagnement. Ce n’est pas un anime pour se détendre le soir.
Regarder Gunslinger Girl en streaming sécurisé avec ProtonVPN
Gunslinger Girl fonctionne comme un miroir de nos sociétés sécuritaires. L’Agence efface méthodiquement l’individualité des filles et les transforme en instruments dociles par un lavage de cerveau chimique. La tension entre l’innocence résiduelle des héroïnes et la froideur de leurs missions rend l'œuvre dérangeante. On n’y trouve ni gloire ni rédemption, seulement une érosion de l’humanité au nom de la raison d’État.
La série de Morio Asaka tient de la tragédie feutrée, portée par une bande-son éthérée et des silences. Elle ne provoque pas par le sang, mais installe un malaise durable : un monde où l’amour filial est simulé pour mieux contrôler. Si vous affrontez cette mélancolie, Gunslinger Girl vous hantera après le générique de fin. Ce n’est pas un divertissement anodin.
Les études qui comptent
| Gunslinger Girl Il Teatrino Anime ↗ |
Ce que j'ai déjà écrit là-dessus
| Liste d'Animés Magical Girl |
Écrire une fiction qui dérange, je connais
Quand j’ai commencé « Le méchant gagne à la fin », je savais que le titre seul allait crisper. Un éditeur de Fleuve Noir s’y est intéressé en 1999, à condition que j’en rédige une suite. J’ai passé 7 ans à remanier l’ensemble, qui est devenu LINTULINDA.
Ce que je retiens de cette période, c’est qu’un récit qui refuse la facilité se paie cash. Mes personnages ne sont jamais là pour rassurer. Ils portent des contradictions, des angles morts, parfois une cruauté que je n’édulcore pas.
Un créateur n’a pas à consoler son public, il a à lui montrer ce qu’il refuse de voir.
Pour aller plus loin, NordVPN reste l'option que je recommande pour ce genre de situation.