Jules Michelet au XIXème siècle : Censuré comme nous aujourd’hui sur internet

Grégory Hénique — 25/06/2025

1847 : Jules Michelet (1798-1874), professeur d’histoire au Collège de France, donne des cours sur ce qu’il appelle l’union sociale, une sorte d’histoire de la société et de la famille dans la France contemporaine (qu’il appelle « philosophie sociale »).

Il met en exergue, devant ses élèves studieux et admiratifs, le rôle de la femme  et de l’enfant dans la famille française, et le rôle du peuple dans le mouvement de l’histoire. Selon lui, les lettrés n’écrivent que pour les autres lettrés, oubliant la majeure partie de la population qui, pour une grande faction, n’a pas le temps de lire ou n’a pas l’éducation nécessaire. Toujours dans sa logique, les élites se sont coupées d’une grande partie de la réalité et du peuple qui doit s’unir pour faire perdurer les idées de la Révolution française.

Voilà une rapide introduction au cours de Jules Michelet (<— ici lien vers le fichier .pdf de son cours, téléchargeable légalement en raison de l’extinction du droit d’auteur).

02 janvier 1848

A cette date, Jules Michelet reçoit un courrier de l’administrateur du Collège de France lui apprenant sa suspension sur « décision du gouvernement ». Après Mickiewicz et Quinet (ici liens vers l’encyclopédie libre Wikipédia), Michelet est le 3ème professeur à être évincé sur décision ministérielle.

Lui-même connaît parfaitement les motifs de sa suspension : prodiguant des cours d’histoire, Michelet était amené à critiquer le clergé et la royauté (alors en place) en faveur de la République et d’une représentation du peuple.

Sa salle est fermée. Il n’enseignera plus. Censure. Il lui reste la voie de l’écriture.

Réponse de Jules Michelet

« Nous entrons, Messieurs, dans une époque difficile, époque d’étouffement,  de violence et de silence. La parole étouffée, nous nous réfugions dans la Presse ; là, nous tiendrons tant qu’il y aura une Presse. Ce que nous pouvons du moins promettre, c’est que vous y retrouverez le même homme, la même fermeté d’opinion, la même constance. »

La Presse du XIXème siècle

Nous voyons que même pour Michelet, la littérature est un art marginal ne touchant pas la plus grande partie de la population.

A partir du moment où le pouvoir politique le censure et l’empêche d’enseigner, il dit se réfugier dans la Presse qui représente un moyen d’expression libre même si, selon ses préceptes, elle ne touche pas non plus l’ensemble de la population.

Internet devenu corrompu

A notre époque, qu’aurait pensé Michelet d’internet, des sites, des blogs personnels? De X, dans la tourmente pour mettre la lumière sur des évènements que d’autres aimeraient voir cachés ? Certes Internet est une Presse démultipliée où  tout un chacun peut exprimer librement ses opinions sans censure et avec la possibilité de toucher un maximum de personnes. Cependant, si tout le monde publie ses opinions sur des blogs, la véritable information devient noyée, perdue au milieu d’articles tantôt ineptes, tantôt carrément faux. Le problème, avec internet, n’est plus la liberté d’expression mais la recherche de la bonne expression.

Si les gens se reposent sur Google pour rechercher des idées, comment réagissent-ils quand Google les oriente vers telle ou telle idée ? C’est le cas aujourd’hui puisque les résultats de recherche Google sont clairement en déclin. La plupart des sites web sont devenus trop peu fiables pour être dignes de confiance.

Je recherche mes informations sur les forums précisément parce que les résultats sur d’autres sites ne sont pas fiables : Les critiques sont en réalité des publicités payantes. La «meilleure» recette de crêpes est simplement celle qui est tendance sur Instagram à un moment donné. Les dernières conditions sur les pistes de VTT et les sentiers de randonnée sont partagées au sein de communautés, mais pas sur le Web. Il en va de même pour les outils de programmation tendance.

Il est évident que la diffusion de publicités crée des incitations inappropriées pour les moteurs de recherche… Ce qui me choque, c’est que Google ait réussi à maintenir un équilibre à ce sujet pendant si longtemps. En tout cas, un équilibre suffisamment bon pour que les gens continuent à l’utiliser principalement.

Google vous donne de moins en moins les résultats correspondant à ce que vous avez tapé. Il veut être « intelligent » et comprendre ce que vous « vouliez vraiment dire. Google a orchestré un monopole sur la distribution des moteurs de recherche qui lui permet de s’en tirer avec des résultats de recherche dominés par les publicités et le spam, sans perdre la plupart des consommateurs.

Soyons francs : presque aucun consommateur ne choisit plus consciemment d’utiliser la recherche Google. Google détient un monopole de distribution grâce à Android, à son accord avec Apple sur iOS et MacOS, et sur les ordinateurs de bureau grâce à Chrome.

Il est pratiquement impossible pour un utilisateur d’iPhone ou de Mac de changer de moteur de recherche sur Safari ou au niveau iOS. Et bien que cela soit techniquement possible sur ordinateur avec Chrome, cela dépasse largement les compétences d’un consommateur lambda. C’est leur monopole sur la distribution, et non la qualité des résultats de recherche, qui incite les consommateurs à continuer d’utiliser Google et de cliquer sur les publicités.