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Greg – Roman n° 1

 Article modifié dernièrement le 13 Fév 2017 @ 17 h 55 min

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CHAPITRE 1

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Lorsque j’ai obtenu cet emploi dans l’hôtel Escadron à Rouen, j’avais quarante ans depuis trois mois et rien ne me faisait penser qu’une nouvelle vie commençait pour moi. Pas la peine de chercher à me maquiller devant vous : vous êtes mes lecteurs et je vous dois la vérité. Parler de ce que je sais, de toute façon, c’est ce que je peux faire de mieux. Ne vous étonnez pas si dans ce « roman » j’ai l’impression de parler vrai. Parler vrai, sonner vrai, c’est selon moi la meilleure façon de vous faire ressentir quelque chose, et c’est bien sûr ce que vous êtes venus chercher en me lisant.

Je m’appelle Jean-Baptiste et cela fait dix-huit ans que je travaille dans la sécurité : un an d’Armée de Terre dans l’artillerie de marine, un an d’Education Nationale en tant qu’éducateur, seize ans de Gendarmerie en tant qu’enquêteur sur le terrain. Et après que faire ? Que faire quand vous quittez une vie de caserne et que vous avez envie de participer à nouveau à des activités sociales avec des gens qui vous sont totalement étrangers dans un univers que vous n’avez finalement que peu connu : l’univers des gens de tous les jours ? Vous qui me lisez, savez-vous un minimum de quoi je veux parler quand j’évoque la « vie de caserne » ? Cela veut dire travailler dix heures par jour avec des « camarades » en uniforme, derrière un bureau, dans une voiture, au bord de la route ou dans un tribunal. Cela veut dire intervenir quotidiennement chez des personnes civiles qui ont des difficultés et qui n’arrivent pas à régler leurs problèmes. Cela veut dire imaginer inconsciemment une barrière entre les forces de l’ordre et les autres. Cette barrière, bien entendu, elle n’existe pas puisqu’un personnel de la Défense fait partie de la société. Mais elle s’impose insidieusement au fur et à mesure que les années s’écoulent, vous séparant du reste du village que vous êtes chargé de sécuriser, vous séparant de votre famille qui ne comprend pas vos mutations à répétition, vous séparant d’une vie sociale puisque vos heures atypiques ne correspondent pas avec les heures du cours de danse. Être d’astreinte quand vous n’êtes pas prévu au service, cela veut dire rester chez soi, disponible, attendant que le téléphone sonne pour partir sur une intervention. Cette fois-ci ce sera peut-être un accident de la route ou une dispute de couple. Vous devrez faire les constatations des dégâts sur un véhicule suite à un délit de fuite. Vous devrez emmener aux urgences une femme de 25 ans, rouée de coups, hurlant à la mort qu’elle veut se marier avec son mec même s’il la frappe quand il a bu. Ce temps d’astreinte, lui aussi il est insidieux : chez vous devant votre télévision, vous prenez l’habitude de rester enfermé dans votre appartement au service de votre métier. Plus tard, même quand vous serez en vacances, vous garderez cette habitude casanière faisant de vous un ours asocial.

Quitter la vie de caserne, donc, il y a trois mois, cela n’a pas été un acte anodin. C’est un acte qui a voulu dire :

  • Désormais je reprends ma vie en main.
  • Désormais je quitte mon logement de caserne et je cherche un appartement dans le civil.
  • Je n’aurai plus à croiser mon supérieur hiérarchique lorsque je sors de chez moi en week-end ou en vacances.
  • J’en profite, au passage, pour reprendre une activité sportive digne de ce nom, un forfait illimité mensuel pour le cinéma, et je me fais la promesse de sortir prendre l’air au moins une fois par jour quand je ne travaille pas.

A moi les petites bierres au pub le soir quand j’en ai envie !

A moi la carte de transport en commun pour pouvoir prendre le métro quand j’en ai envie et faire les boutiques ou boire un thé !

Adieu les villages de campagne désertiques où mes affectations successives s’obstinaient à m’attacher comme on attache un pou à un crâne de chauve !

A moi les filles splendides qui croiseront mon chemin et qui pourront dormir chez moi sans que mon chef hiérarchique me convoque dans son bureau. Faîtes en sorte que vos relations ne nuisent pas à l’image de l’Institution, me disait-il. J’ai un droit de regard sur tous ceux qui passent le portail. 

Ah ! que je respire. Ah ! que c’est bon la vie tout court, la vie toute simple, celle qui rend les gens heureux simplement parce qu’ils se sentent libres. Ce sentiment, on ne le savoure que lorsqu’on a connu la prison. On ne le connaît que lorsqu’on a été enfermé durant des lustres, soit dans un carcan pyschologique, soit dans un lieu étroit et confiné. On en sort et la bouffée d’air vif qui pénètre vos poumons, elle vous enivre sans vous engourdir, elle vous saisit sans vous glacer le sang. La liberté, je vous assure, constitue le but ultime recherché par l’homme. Aucun bonheur, sans elle, ne peut exister. La liberté est ce qui a fait couper la tête à de nombreux rois. Elle pousse la majorité d’entre nous à vouloir devenir riche pour ne plus être assujetti. Elle a exigé de l’homme préhistorique qu’il conquiert des continents pour gagner sa liberté de mouvement. Et moi, fou que je suis, qu’ai-je fait à peine débouclé de mes chaînes ? Après ma démission, courant après une autre prison, j’ai cherché un nouvel emploi.

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CHAPITRE 2

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L’hôtel Escadron avait la volonté de se hisser à l’égal des palaces parisiens en respectant les critères LQA (Leading Quality Assurance). Profitant de la popularité croissante de la ville de Rouen, appelée à juste titre « le petit Paris », l’établissement visait clairement le monde du luxe et mettait en avant son chef Derien, cuisinier étoilé, pour s’imposer comme l’adresse incontournable des gourmets. Malgré cette ambition d’excellence, l’établissement avait à peine quinze ans d’âge et présentait sa jeunesse comme étant un gage de modernité. Il faut dire que le confort n’était pas un vain mot dans ce paradis

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