- La citation du jour
– L’idée de cet article m’est venue d’une citation de A. J. Liebling : « Les seuls à jouir de la liberté de la presse sont ceux qui possèdent un organe de presse ».
– Cette affirmation sied à merveille à quelqu’un comme moi, sensible à la liberté d’expression et méfiant au point de frôler la paranoïa.
- Pourquoi suis-je sensible à la liberté d’expression ?
– Tout simplement parce que j’ai le goût, depuis que je suis adolescent, de l’écriture que j’ai toujours comprise comme étant un moyen d’être lu, d’être reconnu, de faire passer des idées.
– Quoi de plus important pour l’homme censé être un animal sociable ? Société veut dire avant tout « possibilité d’être écouté ».
– Dans ces conditions, comment pourrais-je être heureux, aujourd’hui, de la tournure que prend notre société ? un virage autoritaire ôtant de plus en plus, à chacun d’entre nous, un peu de son droit à la parole.
- Pourquoi suis-je méfiant ?
– Se faire publier aujourd’hui relève du défi. Les maisons d’éditions contrôlent tout et opèrent leur propre censure. Difficile, sans argent et sans réputation, d’avoir l’opportunité d’être lu.
– Outre la liberté d’expression, la simple liberté de penser me semble également compromise. Les politiques veulent contrôler les médias. Même les journalistes ne peuvent exercer pleinement leur métier : ils sont soit empêchés, soit corrompus. Ceux qui ne rentrent pas dans le moule sont cassés. Comment les simples citoyens pourront-ils défendre leur liberté si les infractions à celles-ci ne leur sont plus dévoilées ?
– La justice elle-même éprouve des difficultés à se faire entendre. Les politiques veulent la suppression du juge d’instruction en faveur d’un procureur de la République lui-même aux ordres du Garde des Sceaux et donc du pouvoir politique. Qui dénoncera désormais les corruptions du pouvoir exécutif ? Qui contrebalancera les abus du pouvoir en place ?
– L’indépendance de la justice garantissait la séparation des pouvoirs. La presse représentait le « quatrième pouvoir ». On veut nous affaiblir ces deux organes aujourd’hui. On veut même nous retirer internet.
- Internet
… était à mes yeux le « cinquième pouvoir » même si l’expression n’existe pas. Encore plus fort que la presse, internet permet à tout un chacun d’exprimer ses opinions et de se faire entendre simultanément par des milliers de personnes en même temps, ceci SANS INVESTISSEMENT INITIAL.
– Autrement dit, internet permet au pauvre de s’exprimer aussi facilement que le riche, et de toucher autant de personnes.
– Cela, bien sûr, nuit aux ambitions de nos élites. Laisser parler le commun des mortels, qui-plus-est laisser le commun des mortels critiquer ses dirigeants : quelle infamie ! Quelle révolution ! Il faudrait arrêter ça !
– Du coup, certains opérateurs téléphoniques aimeraient bien faire payer internet au prix fort, ce qui réduirait du même coup la liberté d’expression. Ils imaginent volontiers différents forfaits : un forfait inabordable pour les moins favorisés permettrait d’avoir accès à tout internet. Les moins riches devraient se rabattre sur des forfaits limités : par exemple sans Youtube, sans Deezer, sans les échanges importants de bande passante. (cf. cet article consacré au sujet)
- Les seuls à jouir de la liberté de la presse sont ceux qui possèdent un organe de presse
– La phrase de A. J. Liebling me paraît visionnaire. En effet, internet permet à tout un chacun de posséder son propre organe de presse : son propre blog, son propre forum, sa propre fenêtre ouverte sur le web.
– Ne pas se battre pour conserver cette liberté, c’est abandonner sa liberté de parole.




Affichez votre portrait
{ 6 commentaires… à vous de vous exprimer ! }
vous avez attisé ma curiosité en passant. Le dernier livre de Ganascia devrait vous intéresser (Voir et pouvoir : qui nous surveille? ), la notion de sous veillance, qui surveille qui et qui est le plus puissant. Tout étant à nuancer puisque le contexte peut inverser la situation. Si la liberté d’expression est toujours menacée en effet, tant dans les pays démocratiques que dans les plus opprimés, la liberté de penser ne sera jamais compromise pour rebondir sur l’une de vos craintes. On aurait plus à craindre de la façon de penser qui peut évoluer, entre un conditionnement ou une pression insidieux, et un martelage de news communication qui lavent définitivement les cerveaux en lieu et place d’une information qui ouvre les yeux et invite à réfléchir et à agir.
L’auto censure en est une des formes redoutables. Pendant que d’autres paient le prix fort l’acte d’informer. Se taire, s’auto censurer ne fera que renforcer ceux qui tendent à contrôler les canaux d’information et de diffusion ET les auteurs des informations ; ceux qui travaillent, par extension, à restreindre les libertés et droits individuels tout court. Parler c’est résister. Et essayer, au moins – au risque d’être très banale – restera toujours le seul moyen de réussir.
– Merci de réagir vde… ; j’essaierai de me renseigner sur le livre que vous me conseillez.
– Comme vous je me sens très préoccupé par les diverses formes de conditionnement susceptibles de laver les cerveaux… Mais contrairement à votre remarque ce n’est pas l’auto-censure qui m’inquiète mais la volonté politique de faire taire.
– Je comprends ce que vous voulez dire : se taire peut être considéré comme une forme d’auto-censure, mais je ne pense vraiment pas que l’homme soit fait pour se taire de lui-même s’il n’en est pas empêché. Comme je le dis dans mon article, l’homme me paraît sociable ; sa nature le pousse à communiquer, à critiquer, à se battre (la véritable apparence de la démocratie ? il n’y a pas, je pense, de démocratie sans dispute – le silence que l’on constate aujourd’hui fait peur). C’est cette volonté politique d’étouffer la communication qui me hérisse le poil.
– Et le nerf de la guerre, c’est l’éducation. Vous parlez d’une information qui ouvre les yeux. Certes. Il reste qu’informer des gens qui ne comprennent plus ne sert pas à grand chose. Abêtir la population demeure une solution radicale mais terriblement efficace pour gouverner en paix, dans un silence de mort.
Ecrire, c’est souffrir. Car souffrir nourrit l’inspiration et renforce l’audace. Le courage est alors sans limite. La souffrance est une source d’énergie insoupçonnable pour qui veut bien s’en faire l’interprète. Autant dire que pour écrire, au-delà du fait qu’il faille savoir tenir une plume, traduire un sentiment ou une idée dans des mots puisés dans le vocabulaire et respecter les règles de la grammaire…il faut surtout pouvoir être téméraire.
Ecrire en faisant bon ménage avec le conformisme ou en se soumettant aux limites imposées par la normalité vide l’exercice de son sens. Ecrire, ce devrait au contraire être prendre des risques … sortir des sentiers battus. Ecrire sans briser les tabous ni franchir ces lignes invisibles que l’on dit rouges, c’est tourner en rond. Ce n’est qu’un pis aller. C’est sans intérêt.
Ecrire dans l’adversité, c’est participer à l’effort qui réduit le chemin qui sépare des idéaux. Ecrire autrement, dans l’indifférence du sujet, équivaut au contraire à tourner le dos à l’avenir.
Il faut donc croire que dans une logique de recherche effrénée du lucre, écrire ne correspond plus à tout cela. L’écriture doit tout simplement se vendre, le reste important peu.
Votre commentaire, Jaouad, m’a fait terriblement penser à un article que j’ai écrit précédemment dans lequel je disais :
« Je pense qu’on peut difficilement écrire quelque chose de bon si on est contraint à le faire. Ecrire doit être un besoin, une nécessité, un acte presque vital comme le fait de se rendre aux toilettes régulièrement ou boire de l’eau. Dans leurs moments les plus beaux, l’écriture et toutes les créations artistiques (poésie, musique, peinture) doivent être issues d’une douleur. L’écrivain souffre et doit déverser ce qu’il ressent sur le papier pour se soulager. Dans ces conditions-là, il écrira souvent ce que personne d’autre n’aurait osé écrire dans d’autres circonstances. »
(—> « George RR Martin n’est pas votre pute : L’écrivain est-il au service de son lecteur ? »)
C’est tellement vrai : avec Internet, nous assistons à une généralisation des problèmes de « liberté de la presse »… Il faut la défendre, par tous les moyens ! A signaler : un concours de graphisme avec RSF : http://www.monsieurpoulet.com/blog/index.php/2010/04/08/834-un-nouveau-concours-dans-l-objectif
Merci de l’info et bonne continuation